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Prix relève Sollio : La Ferme Karibel, une ferme au féminin singulier

Novago Coopérative

Pour une ferme au féminin singulier, le futur est simple : grandir de manière organique, sans impératifs. 

Isabelle Lasalle, 34 ans, a choisi librement de reprendre la ferme dont le nom est un condensé de son prénom et de celui de sa sœur Karine, travailleuse sociale et trop heureuse que sa sœur perpétue le mode de vie agricole pour une septième génération. Mais Isabelle exploite aussi la ferme selon ses propres conditions. Elle a voulu une traite robotisée, c’est chose faite depuis 2013. Elle a voulu une ferme à échelle humaine, sans la pression de devoir remplir le robot avec des vaches, des numéros. Pourquoi multiplier les heures sur plus d’animaux moins productifs? À 1,8 kilo de matière grasse par jour, la production de chaque animal est stratosphérique. L’indice de performance du troupeau (IPT) pointe au 17e rang canadien en 2021, et au 1er rang en 2022! « On tire quelques vaches de plus que du temps de mon père, mais le quota est passé de 20 à 70 kilos! », s’enthousiasme Luc Lasalle.

Reprendre l’exploitation familiale, c’était naturel pour Isabelle, qui suivait son père Luc partout à la ferme. En 2004, l’accident de motoneige de Luc le prive de l’usage de son bras droit. Pour les années qui suivent, c’est sa conjointe et coactionnaire, Jacinthe Breault, qui redouble d’efforts à l’étable pour assurer l’intérim, malgré sa carrière d’infirmière et ses fonctions d’administratrice à la coopérative Profid’Or. Isabelle est alors en 4e secondaire. Son intérêt manifeste pour la ferme rassure ses parents qui y trouvent la motivation pour traverser ce moment difficile. « Ça m’a donné une raison de surmonter l’épreuve », avoue Luc. Un an plus tard, Isabelle choisit son programme d’études : l’agriculture, au Cégep de Joliette.

Cet événement dramatique soude la famille et relativiserait n’importe quelle difficulté dans un transfert. Car le transfert, bien qu’initié par la force des choses, s’est bouclé, légalement parlant, en six mois, sans besoin de consulter des ressources spécialisées dans le transfert ou les relations humaines. « On forme une belle équipe aux mêmes valeurs, aux mêmes objectifs », lance Jacinthe, elle-même native d’une ferme laitière et qui assure la comptabilité et le train deux matins par semaine, laissant à Isabelle des notes dignes d’une note médicale! On peut être sûr que la comptabilité est bien tenue. D’ailleurs, la ferme établit et révise annuellement sa liste d’investissements tout en maintenant un faible niveau d’endettement.

« Ce que j’aime de mes parents, c’est leur ouverture d’esprit autant que leur sagesse », mentionne Isabelle. Un exemple anodin : le quota. « Le quota, ce n’est pas un fonds de retraite ni un héritage, c’est un droit de produire, affirme Jacinthe. Il a une valeur, mais nous n’avons pas voulu capitaliser sur celle-ci. Ça reste un document dans la filière! »

Isabelle est aussi reconnaissante envers ceux et celles qui ont offert du temps ou des conseils — Jacques Bérard, son expert-conseil lui-même producteur laitier, l’agronome spécialisé en robotique Philippe Couture, Caroline Gascon, productrice de lait qui lui a montré qu’une fille pouvait aimer la génétique et la mécanique. Des relations humaines plurielles qui se conjuguent à tous les temps!

Photo par Christophe Champion


 

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Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.

etiennegosselin@hotmail.com

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.