Pourquoi augmenter sa marge alimentaire par vache

Les résultats de trois fermes laitières performantes nous en apprennent plus sur un facteur de rendement clé : la marge alimentaire par vache.

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Article technique
Production et rendement
Vaches recevant de la nourriture en regardant la caméra

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Nicolas Marquis

Expert en Stratégie d'affaires agricoles en production laitière chez Sollio Agriculture

Nicolas est membre de l'Ordre des technologues.

Dans ce cahier spécial laitier, nous vous présentons trois fermes très performantes qui ont une caractéristique commune, au-delà de leur forte productivité par vache : une marge alimentaire par vache très élevée.

Dans le rapport mensuel Lactascan, on peut comparer leur marge par vache moyenne des 12 derniers mois avec celles de l’ensemble des producteurs et du groupe des 25 % supérieurs (ce groupe est constitué des fermes avec la marge par vache la plus élevée) et ainsi constater qu’elle est de beaucoup supérieure.

Comment se calcule la marche alimentaire par vache?

Le critère de la marge par vache des 25 % supérieurs a été choisi afin de valoriser au maximum les actifs précieux et dispendieux que sont les bâtiments et la terre, sans oublier la main-d’œuvre. En multipliant la marge/kg par les kilogrammes livrés/vache, on obtient la marge alimentaire par vache par jour, et, en la multipliant par 365 jours, la marge alimentaire/vache annuelle. Reste à la multiplier par le nombre de vaches. C’est avec celle-ci qu’on peut attaquer les charges de l’entreprise, les frais, les salaires et les remboursements de prêt.

Dans un système de quota, à productivité égale en kilogrammes de gras livré, on souhaite avoir la meilleure marge/kg pour maximiser le revenu. De plus, si on a la place et la main-d’œuvre pour livrer le même quota avec plus de vaches dans le contexte actuel du prix des veaux et des réformes beaucoup plus élevées que par le passé, ça peut aussi être une option si on ne pénalise pas l’espace pour les vaches taries et les vaches en phase de transition ou l’accès au robot, par exemple. En revanche, l’espace est de plus en plus un enjeu majeur pour plusieurs des fermes. Mais lorsque le quota livré est différent, l’interprétation de la marge/kg a vraiment ses limites, si elle est prise seule.

Graphique 1 : Marge/vache/année

Analysons les résultats de nos trois fermes

Si on fait la moyenne Lactascan des trois entreprises du présent reportage, nous obtenons 76 vaches en lactation, avec une marge alimentaire supérieure de 2000 $ par vache par année par rapport à la moyenne des fermes qui produisent 1,47 kg/vache, une différence de marges alimentaire de 152 000 $ par année. Cet écart s’explique principalement par les kilogrammes de gras moyens livrés par vache de 1,88 kg pour ces fermes, par rapport au 1,47 kg, pour au final, leur permettre de livrer 31 kg de gras supplémentaire/jour.

Pour livrer ce même quota moyen avec la performance moyenne du groupe de 1,47 kg/vache, 21 vaches en lactation supplémentaires seraient nécessaires (soit 28 % de plus), sans oublier les vaches taries, les vaches en phase de transition et les sujets de remplacements. Juste en fourrage supplémentaire, ce serait un besoin additionnel d’environ 180 tonnes de matière sèche par année, évalué à environ 63 000 $. C’est sans parler de l’impact de cet inventaire supplémentaire sur le besoin en main-d’œuvre. Vouloir générer ce 2000 $ de marge par vache supplémentaire par année en diminuant leurs coûts d’alimentation, c’est 5,48$/vache/jour ou 3,73$/kg de gras qu’il faudrait réussir à diminuer, ce qui est énorme, pour ne pas dire impossible.

D’autres facteurs à considérer, sauf que...

Il est vrai qu’à lui seul, le niveau de production ne garantira jamais le succès économique d’une ferme. Cette dernière peut être très rentable indépendamment de son niveau de production, car la rentabilité dépend de l’endettement, des charges et de la masse salariale. Il y a autant de variabilité entre les résultats économiques de fermes qui ont le même niveau de production qu’il peut y en avoir entre des fermes de productivité différente. Plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur la productivité et même, à production égale, avoir un impact majeur sur la marge alimentaire. On n’a qu’à penser à la qualité des fourrages, les jours en lait (reproduction), la santé en transition, la régie de mangeoire, la ventilation, l’état des pieds et des membres, le nombre de groupes, etc.

Mais toute chose étant égale, travailler sur l’amélioration de la marge alimentaire par vache ou par stalle en travaillant en priorité sur les facteurs limitants permettra, en définitive, de livrer plus de quotas avec les mêmes actifs. La tendance des fermes, avec suivi économique sur le Lactascan, est très linéaire. C’est plus de 500 $ de marge par vache par année par tranche supplémentaire de 0,1 kg de gras livré.

Votre marge par vache par année est indéniablement un élément influant au niveau de la marge alimentaire annuelle de votre ferme à vaches égale, en prenant en compte les infrastructures et la main-d’œuvre disponible. Quels sont vos résultats et vos cibles en matière de marge alimentaire? N’oubliez pas que la marge/kg, c’est comme un salaire de l’heure qui ne dit pas tout, si on ne connaît pas le nombre d’heures travaillées. Votre marge/kg et les kilogrammes livrés doivent faire équipe afin de mesurer votre marge alimentaire annuelle.

Parlez-en avec votre expert-conseil. Il est là pour vous accompagner dans l’atteinte de vos objectifs.

Ce reportage est paru dans le Coopérateur d'octobre 2026.

Lire le dossier « Se pousser à se dépasser… à qui meuh meuh! » :

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