Les petits gestes de la Ferme Marico

En Beauce, une ferme laitière croit que son succès repose sur la constance, les bons soins aux animaux et les petits gestes à grandes répercussions.

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Reportage de ferme
Gestion
Marie-Claude Marcoux et Marco Rodrigue de la Ferme Marico

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

L’extraordinaire est dans l’ordinaire. Plus qu’un lieu commun, cette phrase résume la vision de la Ferme Marico : les petits gestes ont des retombées importantes.

Au bord de l’entrée de la vacherie des étables à stabulation entravée, il n’est pas rare de voir, attachées, les meilleures vaches en production et en conformation. Certains justifient cette pratique par le risque d’incendie : on sortirait plus rapidement son meilleur bétail du brasier. Aussi, quelques éleveurs avoueraient-ils qu’ils placent leurs vaches classées excellentes près des yeux – les leurs et ceux des visiteurs?

Chez Marico, ni l’un ni l’autre. Des vaches taries sont placées dans les logettes VIP, suivies des vaches en préparation au vêlage et des vaches « fraîches vêlées ». « La dernière chose qu’on veut, ce sont des mammites au tarissement, s’exclame Marco Rodrigue, copropriétaire avec sa conjointe Marie-Claude Marcoux. Comme l’entrée est l’endroit où l’on passe le plus souvent, en entrant le matin à l’étable et en sortant le soir, on a ces vaches sous les yeux, tout le temps. »

L’observation est une des clés de leur succès. Marco, qui s’occupe de la mangeoire, repère facilement les têtes qui tanguent, les oreilles qui baissent pavillon. « Mais Marie-Claude me surpasse, avec son instinct maternel », dit Marco. C’est elle qui s’occupe de la santé du troupeau en général et de celle des veaux en particulier, car des génisses bien parties dans la vie deviendront des vaches robustes, fertiles et capables d’affronter des stress thermiques, par exemple.

 La santé des jeunes animaux est facilitée avec du lait entier et un probiotique qui améliore la santé intestinale des veaux. Poids au sevrage ou hauteurs au garrot? On ne met pas en place de protocoles stricts pour l’élevage des animaux de remplacement. « C’est du cas par cas, pas besoin de tout standardiser comme dans une ferme qui compterait plusieurs employés », justifie le conseiller en stratégies d’affaires d’Avantis Coopérative, Jean-Nicolas Guérard.

Exceptionnellement ordinaire

La ferme commence à collectionner les honneurs. Une plaque de Performance laitière souligne une production quotidienne par vache de 3,08 kg de gras-protéine. Marco et Marie-Claude tirent aussi fierté de leur quatrième rang au concours du Trophée équilibre Holstein Québec (2025), qui récompense les troupeaux à l’équilibre production-conformation. « On aime les vaches bien balancées », assure Marco.

À la recherche des causes profondes qui étayent le succès de la Ferme Marico, il faut gratter. « Il n’y a rien d’exceptionnel ici », lance Marco. Comme pour compliquer davantage la tâche du rédacteur, Jean-Nicolas Guérard en ajoute. « Ici, on fait du lait simplement, mais efficacement. » Comment l’ordinaire des gestes quotidiens devient-il extraordinaire quand on vide le réservoir de lait aux deux jours?

Avec un couple aux commandes en Marco et Marie-Claude, quatre enfants engagés qui participent aux travaux (Jayden, Joey, Leyla et Lexy), un duo de travailleurs guatémaltèques, qui assurent les trois traites quotidiennes, et 80 vaches en lactation, dont 10 Jersey, la ferme de Saint-Simon-les-Mines, bien accrochée sur sa colline beauceronne, performe grâce à ses ressources humaines… et animales, évidemment!

Tous deux issus de parents actifs en production laitière, la Lanaudoise Marie-Claude et le Beauceron Marco ont un parcours riche, éclectique. Ceux qui se sont rencontrés lors d’un encan ont tout fait : élevage, production commerciale, exportation de sujets, préparation d’animaux dans des expositions internationales. Ils ont aussi et surtout produit à leur compte dans une étable louée à Saint-Valérien-de-Milton (2012-2019) avant d’arriver sur leur rang, en 2019. C’est là que le couple et leurs enfants ont déposé leurs valises, en relève de la Ferme Rodveil.

Une question de routine

À les écouter, la bonne marche de la Ferme Marico repose sur la routine. Des travailleurs guatémaltèques mettent en branle les 10 trayeuses à 4 h 30, à 12 h 30 et à 20 h. Ces bourreaux de travail assurent la propreté de l’étable et des animaux – queues lavées et flancs et jarrets passés à l’étrille une fois par semaine pour décoller la saleté et faire office de massage d’activation sanguine. Les abreuvoirs sont nettoyés toutes les semaines et les enclos des veaux lavés et désinfectés aux deux semaines. La propreté importe pour les copropriétaires, qui y voient un gage de succès. « On préfère faire du ménage plus souvent que de devoir gérer des lieux croûtés, mentionne Marco. Ce faisant, nous n’avons pas eu à laver l’étable à grande eau depuis trois ans. »

Il y a plus qu’assurer une routine infaillible. En 2022, deux éléments ont propulsé les performances. On a acheté un mélangeur fixe pour composer une ration homogène, issue du meilleur foin, parfois coupée du moins bon, selon les aléas. La ferme se fait néanmoins un devoir de faucher au bon moment et rapidement avec une faucheuse frontale et une faucheuse latérale, sur une largeur de 25 pieds. Conséquence : quand il faut faucher quelques-unes des 20 prairies qui totalisent 111 hectares, on fauche bien souvent et prématurément quelques parcelles de trop! À la clé, des fourrages plus homogènes.

Voilà un point de régie essentiel pour produire beaucoup de lait et de composantes, selon Marco : faucher des plantes fourragères jeunes, en fin d’après-midi, si possible, pour un meilleur taux de sucre et une meilleure digestibilité. « On n’est pas encore assez fou pour faucher la nuit! » rigole le producteur, qui ne fane ou ne racle jamais dans la rosée. Les analyses de foin – une analyse par parcelle, on est aussi précis que ça – sont scrutées à la loupe avec l’aide de Jean-Nicolas pour en comprendre la teneur en protéine brute et la digestibilité de la fibre (NDF). Quand on change de foin, le cuisinier de la ferme (Marco) ajuste au pif la ration et le supplément servi par le distributeur automatisé. Le chef cuisinier (Jean-Nicolas) apporte ensuite des ajustements selon les besoins nutritionnels (un seul groupe).

Persistance des performances

Chez Marico, on ne vise pas absolument des vêlages en moins de 400 jours. On y va selon la persistance en lait. Les vaches à leur troisième lactation et plus, si elles produisent beaucoup de lait, seront inséminées plus tardivement. « Ça nous permet d’aller chercher des productions de 30 000 kg et plus sur la durée totale de la lactation, illustre Marco. Certaines vaches peuvent donc vêler aux 18 mois. »

La ferme a une obligation de performance : les 109 logettes doivent être gérées serré. « Comme on a démarré, la rentabilité par stalle est super importante », exprime Marco. Le couple tente de dégager des économies pour prévoir de futurs investissements – le prochain sera une étable à stabulation libre pour les vaches au tarissement, le printemps prochain. Il sera donc de plus en plus motivant d’élever des vaches et produire du lait. mais au rayon des motivations, le couple n’en manque pas : quatre enfants!

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