Ce n’est jamais assez pour la Ferme Beljacar
Mais qu’est-ce qui pousse la Ferme Beljacar vers de nouveaux sommets? Ce n’est pas le péril sur la gestion de l’offre comme le simple désir de progresser.
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En 2022, la ferme produisait un combiné quotidien gras-protéine par vache de 3,05 kg. En 2025, le cinq est passé des centièmes aux dixièmes pour devenir 3,5! « S’améliorer, on ne pense qu’à ça, mentionne Dominic Vincent, en affaires avec ses parents Jacques Vincent et Carmen Champagne. Ce n’est jamais assez! C’est agréable de se pousser à se dépasser. »
L’experte-conseil Noémie F. L’Étoile comprend bien la mentalité qui anime le gérant du troupeau Beljacar. « Dominic est toujours prêt à essayer de nouvelles stratégies pour atteindre d’autres niveaux de performance », lance la technologue d’Agiska Coopérative qui, si elle n’a pas réponse à une question, sollicite des conseillers laitiers spécialisés du réseau Sollio. Actuellement, la ferme remplit un quota de 170 kg détenu avec 86 vaches en lactation, bon pour deux kilogrammes de gras par animal quotidiens. Dominic affirme que ce résultat ahurissant est explicable à 80-90 % par sa régie du troupeau et que le reste vient du progrès génétique.
Mais que fait-il donc de si spécial?
« Rien de spécial »
Bonne chance pour découvrir les raisons derrière ces hautes performances! En 2019, l’auteur de ces lignes avait visité la ferme pour trouver les raisons derrière le meilleur indice de performance pour un troupeau (IPT) en traite robotisée au Canada, parmi 669 troupeaux canadiens. La ferme venait d’installer des robots trois ans plus tôt. Il avait fallu tirer les vers du nez des Vincent-Champagne. « On ne fait rien de spécial », affirme encore aujourd’hui laconiquement Dominic. Ah non, c’est un peu court jeune homme, aurait-on envie de lui lancer tel un Cyrano de Bergerac dans la tirade du nez!
En creusant, on déterre des pratiques terre à terre. Par exemple, Dominic se dévoue à l’étable. La mécanique, la construction ou les travaux aratoires ne sont pas dans ses priorités. Son attention est tournée à 90 % de son temps vers les animaux, leurs besoins, les anomalies. « On est très réactifs et on résout les problèmes tout de suite », illustre-t-il. Comme pour lui donner raison, un camion de la coopérative de télécommunication Cooptel est à la ferme pour remplacer un fil qui relaye les alarmes du robot de traite.
Dominic calcule qu’il foule l’étable six à huit heures par jour et il ne s’en excuse pas auprès des ruminantes! De 2,85 traites par jour en 2019, ce nombre est aujourd’hui passé à 3,1.
Si le vacher exprime une sorte de sixième sens – forme des pis, démarches chaloupées, faciès des animaux, etc. –, les outils technologiques sont tout aussi importants et il les consulte dès son trajet entre la maison et l’étable, à six heures. Les caméras lui indiquent par exemple la consommation des vaches à la mangeoire – aura-t-il à utiliser la pelle ou la mini-chargeuse pour pousser les refus, dont on vise un niveau de cinq pour cent? Les données générées par le robot de traite et les colliers (moniteurs d’activité et de rumination des vaches) sont consultées plusieurs fois dans la journée, mais Dominic se limite à quelques données clés. Quand la production va, tout va!
C’est surtout Jacques qui s’active au champ et au garage. Comme les Vincent ne font pas de cultures commerciales, leur attention est tournée vers les plantes fourragères. Avec les voisins qui sont apparentés (les fermes Belgo et Belgarde), il leur arrive même de faire des chantiers conjoints pour faucher les cultures au bon stade et gagner en efficacité.
Sortir des ornières
Pour performer, il faut innover. À la mangeoire, on utilise de l’acide propionique les jours de canicule pour nuire aux bactéries qui refermentent l’ensilage et nuisent à son appétence. Depuis 2018 pour l’ensilage d’herbe et 2022 pour l’ensilage de maïs, ces aliments sont servis entièrement fermentés à longueur d’année. La soupe est servie trois fois par jour, en trois passages du distributeur sur rail, avec l’aide d’un robot repousse-fourrage pour s’assurer que les aliments sont accessibles en tout temps, 24 heures par jour, sept jours par semaine.
On teste aussi de nouveaux ingrédients avec Noémie, qui insiste pour évaluer aussi bien les résultats techniques qu’économiques. Le chrome? Il favorise le métabolisme des sucres et des gras. Le piment fort? Il active la salivation et l’effet tampon de la salive sur l’acidose ruminale. Le supplément de protéine non dégradable au rumen? Il stimule la production de la protéine laitière.
Pour contrer le stress thermique, mesuré par la température et l’humidité, on a continué d’améliorer l’étable, même si elle ne date que de 2016. La ventilation a été optimisée selon la règle d’au moins un pouce de diamètre de ventilateur par pied linéaire. De gros ventilateurs de 52 pouces agitent donc l’air sur 40 pieds. Évidemment, leur disposition dans l’étable et le positionnement en angle importent tout autant. En 2025, on a installé des douches pour rafraîchir les animaux par contact.
Sous les vaches, on trouve du sable inerte et modelable à souhait. Il doit être choisi avec soin, notamment pour sa granulométrie et son contenu en matière organique, pour ne pas favoriser les mammites aiguës à Klebsiella.
Si les taures sont élevées en stabulation libre depuis 2002, les veaux, alimentés à la distributrice automatisée depuis 2017, sont en liberté dans des enclos d’un petit bâtiment à quelques mètres de l’étable. Sans murs, cette structure est très aérée. L’hiver, on déploie des toiles protectrices transparentes qui coupent les grands vents, mais laissent passer les rayons solaires.
Au tarissement, les moulées au robot sont réduites graduellement sur une période de deux semaines, jusqu’à ne verser plus aucun aliment cinq jours avant le tarissement. La ration d’ensilage est ensuite amenuisée sur trois jours. Les hautes productrices sont taries à 60 jours avant leur prochain vêlage, mais les vaches qui font moins de 30 kg de lait sont taries avant ce minimum de jours. Pareillement, on fera sauter quelques œstrus aux hautes productrices pour les inséminer plus tardivement.
Depuis quelques années, la moyenne d’âge du troupeau est passée de trois ans et demi à quatre ans et 10 mois, et 55 % des vaches sont de troisième lactation et plus. Mieux encore : en conséquence des bonnes performances, Dominic doit vendre une quinzaine de vaches par année.
À qui la chance?!
Ce reportage est paru dans le Coopérateur d'octobre 2026.