Des œufs dans les yeux chez Poulettes Paquet

Elle a souhaité son projet. Elle a conçu son projet. Elle a réalisé son projet. Ça y est, les cocos : Andréane Paquet vient de démarrer dans les œufs!

Publié le
Reportage de ferme
Femme
Andréanne Paquet est productrice avicole
Andréanne Paquet est productrice avicole de son entreprise Poulettes Paquet.

Auteurs de contenu

Image de Étienne Gosselin

Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Logo de IEL

Ce dossier avicole vous est présenté par IEL Technologie Agricole

Partenaire principal

Logo de ESA

Ce dossier avicole vous est présenté par ESA

Partenaire or

Lu sur Facebook : « 14 janvier 2026, une date dont nous nous souviendrons longtemps! Après plus de cinq ans de réflexion, de préparation et énormément de travail, Les Poulettes Paquet accueillent enfin leurs premières poules. Un moment rempli de fierté, d’émotion et de gratitude. Le début officiel d’une grande aventure. »

Depuis janvier, ça volette, ça piaille, ça pond à Sainte-Croix. Andréane Paquet est la première lauréate d’un quota à la relève de 6000 poules à avoir présenté un projet de poules logées en volière. Il y a un an, nous l’avions visitée ainsi que son expert stratégie d’affaires de Sollio Agriculture, Daniel Blais. Au menu des discussions : comment dresser les plans d’un pondoir, comment devenir avicultrice et comment affronter les petits vertiges associés à une volière à deux rangées qui accueille 14 500 pondeuses?

On y retourne, 12 mois plus tard!

Daniel Blais, Andréane Paquet et Benoit Cayer
L'expert stratégie d’affaires de Sollio Agriculture Daniel Blais a accompagné Andréane Paquet à démarrer son projet avicole Les Poulettes Paquet réalisé avec l'aide du conjoint d'Andréane, Benoit Cayer, qui est menuisier et soudeur-monteur.

Délai et budget

Agronome et consultante en gestion à son compte, Andréane voulait respecter son budget établi entre 1,8 et 2 M$. Résultat : aucun dépassement de coût! Les corps de métier, rémunérés à l’heure, ont été gérés par le conjoint d’Andréane, Benoit Cayer, menuisier et soudeur-monteur, qui a mis la main à la pâte pour différents travaux – du béton ici, de l’isolation là.

Ensuite, on a respecté l’idée de miser sur certains équipements usagés tels une chaîne et une montée d’écureur, un silo et une empaqueteuse à œufs. « Pour certains équipements comme une empaqueteuse usagée, l’entretien fait foi de tout », rappelle Daniel. Aussi, Andréane, frileuse des pieds, avait émis l’idée de se les réchauffer avec de simples pantoufles dans l’aire de collecte, mais elle a succombé au plancher chauffant électrique!

Ponte contre la montre

Mais assez tergiversé, passons de l’autre côté de la porte! Deux longues rangées se déploient avec un espace mitoyen qui sera occupé, selon la disponibilité du quota et des allocations, par une troisième rangée. Malgré une arrivée des poules en deux camions-remorques durant un temps doux suivi de semaines de froid intense, la pire séquence de froid des dix dernières années, les cocottes pondent déjà plus que ce qu’on attendrait d’elles, un taux de ponte de 94 % à 21 semaines d’âge, mentionne Daniel.

Sur place, le conseiller s’est assuré du bon démarrage des programmes alimentaire, lumineux et de ventilation. Et puis, la première nuit, 1500 poules – 10 % du troupeau! – sont restées au sol, une petite frayeur pour Andréane qui ne veut certainement pas encourager la ponte au sol quand il existe de confortables nids qui offrent de l’obscurité dans le système d’élevage. « J’ai pris une chaise et je me suis assise pour observer le comportement des oiseaux », révèle l’agronome. Heureusement, en adaptant la séquence de fermeture des luminaires, les poules sont allées se percher au « coucher du soleil » la deuxième nuit.

Autre tracasserie : à trois semaines, on remarque un taux de mortalité de 0,1 %, ce qui vaut une investigation. « Péritonite ou salpingite? » se demande Daniel, qui soupçonne une cause, la colibacillose aviaire, une infection à E. coli qui passe du système digestif aux systèmes reproducteur ou respiratoire. Quelques autopsies permettent de confirmer les soupçons et d’agir. Pour l’avicultrice, c’est un nouveau langage à assimiler.

Au poste d’empaquetage, le technologue collecte des œufs ici et là pour se composer une douzaine qu’il enverra à la Faculté de médecine vétérinaire pour doser les niveaux d’anticorps qui renseigneront sur l’efficacité de la vaccination contre d’autres « maux » payants au Scrabble : bronchite, encéphalomyélite, bursite, maladie de Newcastle.

Équipements en équipe

Le montage des volières de marque Hellmann Poultry, arrivées dans trois conteneurs maritimes, a été une tâche titanesque – et multiculturelle – étalée sur trois semaines. Une équipe de retraités lotbiniérois et d’immigrants colombiens, sous la supervision d’un contremaître d’origine roumaine, néo-brunswickois d’adoption, a pris les choses en main. Elle a aussi prêté main-forte pour l’entrée des poulettes Babcock âgées de 17 semaines, élevées en volière dans une ferme estrienne.

Andréane a opté pour des luminaires ajustables pour leurs longueurs d’onde, jaune chaud au plafond à blanc froid éclatant sous la volière, pour décourager les poules d’y pondre. « Je ne regrette pas mon choix de logement, même si c’est plus de travail », mentionne-t-elle, à l’aube de recevoir sa première paie d’œufs de son acheteur Burnbrae.

Côté ventilation, six échangeurs-récupérateurs de chaleur font ce pour quoi ils sont conçus. En outre, l’avicultrice a installé au plafond des ventilateurs qui homogénéisent l’air. Pas de bol, ceux-ci ne sont pas à vitesse variable… Voilà une information à communiquer aux aspirants détenteurs de quota de la relève qui visiteront Andréane au cours des prochaines années.

Pareillement, ventiler un nouveau poulailler, dont le béton n’a pas nécessairement curé au complet ou le bois, séché suffisamment, est difficile.

Nous avons eu des problèmes d’humidité en début de lot en raison du froid et des fientes plus humides. Nous avons donc dû chauffer et surventiler le poulailler pour évacuer ce trop-plein d’humidité, cet air qui contenait trop d’ammoniac et qui favorisait la prolifération bactérienne.

— Andréane Paquet

Les conduites d’eau ont aussi causé du souci à Andréane, qui suspectait un manque de pression – tout juste après les avoir flushées toutes en même temps! Elle a alors haussé la pression, beaucoup trop, provoquant un dégât d’eau qui, avec le froid, a fait geler le dalot pour évacuer le fumier, ce qui l’a obligée à sortir le marteau-piqueur… « L’expérience est la somme de nos erreurs! » philosophe Daniel.

Accompagnement gagnant

C’est dans un tournoi de golf qu’Andréane a rencontré Daniel. Elle lui a demandé comment elle pourrait concrétiser son projet de démarrer dans les œufs, rêve en apparence inatteignable. Durant son premier congé de maternité, l’agronome a recontacté le technologue, qui porte aussi le titre d’expert en stratégies d’affaires – on comprend mieux pourquoi.

Le fait d’être bien entourée est une condition de succès, selon Andréane. Benoit corrobore : « J’ai apprécié la grande ouverture de nos fournisseurs qui répondaient même la fin de semaine quand on avait des questions ou des pépins. » C’est donc plus l’inconnu qui a pris le dessus sur l’insécurité ou, pire, l’anxiété.

« La première semaine, tu ne fais pas trop confiance aux équipements, tu n’arrêtes pas de regarder ton téléphone, à l’affût des alarmes! Il faut pouvoir compter sur des experts pour se rassurer », manifeste Andréane, qui a décidé de tenir une journée portes ouvertes pour remercier ses fournisseurs et accueillir la communauté dans cette nouvelle infrastructure.

Parlant d’infrastructure, un nouveau projet s’annonce déjà : bâtir un nouveau poulailler, un parquet d’élevage pour autoproduire ses poulettes. Après tout, c’est le nom de l’entreprise, « Poulettes Paquet »! On se redonne rendez-vous dans un an?

Lire le Dossier relève avicole

Cet article est paru dans le Coopérateur de mai-juin 2026.

Merci de votre participation!

Pensez à votre dernière grande décision d'affaires et posez-vous une seule question.

Vrai ou faux : j'ai tenu compte de ce que ça demande humainement, pour moi, pour mon couple, pour mon équipe, pour ma famille. Pas financièrement. Humainement.

 

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture

Reportage de ferme
Gestion
Relève

De 100 à 300 000 poulets pour les Maltais

Les frères Maltais sont passés de la basse-cour à la cour des grands avec leur production avicole en contexte nordique.
Nouvelle
Coopérative
La coopération

Changement de culture en aviculture

L'engouement pour l'aviculture vole de pair avec la collaboration dans le réseau coopératif. Les coopératives misent sur la cohésion provinciale.