La nouvelle étable de la Ferme Amantière pour une croissance exceptionnelle
Donnez aux St-Amant une étable à stabulation entravée et ils produiront du lait à foison. Et dans une étable à stabulation libre? Ils continueront!
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C’est la traite du midi. Marie St-Amant, 26 ans, voltige entre les vaches. Ici, de premiers jets dans une tasse-filtre pour observer des signes de mammite. Là, un bain de trayon de couleur verte – on jugerait qu’il est du même vert que le logo de Sollio!
Qui se douterait que se cachent dans cette modeste étable de Deschambault-Grondines des olympiens du lait? Avec seulement 63 vaches en lactation, dont 41 % en troisième lactation et plus, la ferme livre un quota de 120 kg/j de matière grasse. Le troupeau ne compte aucune vache excellente, 16 sont classées très bonnes, 34 bonnes plus et 11 bonnes. « Nous choisissons les taureaux selon la production de lait, de gras et de protéine, les caractères de santé et le caractère Robot Ready », révèle Marie.
La croissance des performances est linéaire – et croissante! Alors que l’entreprise livrait une moyenne quotidienne par vache de 2,75 kg de protéines et de matières grasses en 2021, la Ferme Amantière a atteint en 2025 une mirobolante production de 3,47 kg, ce qui la classait en tête du concours Performances laitières des fermes membres de Novago Coopérative, et en troisième position des fermes du réseau Sollio. « On est toujours dans l’étable, justifie Marie. J’ai l’impression de toujours travailler et de ne pas travailler en même temps! »
Qu’est-ce qui explique ces records? Oui, les trois traites quotidiennes, avec l’aide d’un travailleur étranger, contribuent au succès. Sinon, Marie balbutie quelques idées. « Petits détails », résumerait-on. À côté d’elle, l’agronome Annabelle Beaupré hésite aussi à pointer un facteur plus qu’un autre. L’experte-conseil de Novago sait que des éleveurs comme les St-Amant possèdent un sixième sens. Ils passent en revue – consciemment ou inconsciemment – une foule de paramètres pour s’assurer d’une production optimale.
Mais ils sortent aussi des sentiers battus : pour des vaches dont la texture « viandeuse » du pis les rend difficiles à vider, des vaches mammiteuses qui ne sont pas sous traitement antibiotique ou des vaches à hauts comptes de cellules somatiques, Marie utilise une technique inusitée du temps de son grand-père, celle des « veaux thérapeutiques » destinés à la vente (Holstein et croisés Angus). Comme le meilleur traitement contre la mammite est la vidange fréquente des quartiers, ces veaux sont excellents pour extirper le lait. Attachés sous la mère, ils tètent à satiété, une pratique facile en stabulation entravée. « À la fin de chaque traite, une à trois vaches reçoivent ce traitement spécial par des veaux qui rapporteraient un moins bon prix à l’encan, femelles, petits jumeaux ou veaux avec une hernie ombilicale », explique Marie.
Transfert en gestation
La diplômée de l’ITAQ au campus de La Pocatière en 2021 n’est pas encore coactionnaire de la ferme de ses parents : Claude St-Amant, diplômé du même institut en 1985, et Hélène Saint-Pierre, orthopédagogue, qui a pratiqué sa profession avant de joindre la ferme. La passation des pouvoirs sera ordonnée. La preuve : on a commencé par le commencement, des tests psychométriques, question de mieux se connaître.
Il y a donc les compétences et les aptitudes, mais aussi les aspirations. « Longtemps, mon père a axé ses efforts sur la qualité du lait, raconte Marie, postée dans la laiterie à côté des distinctions de qualité du lait amassées au fil des ans. Et puis, en 2021, on ne faisait pas notre quota. On s’est alors mis à travailler sur la quantité de lait et les composantes. »
Sans faiblir, la ferme a amélioré sa moyenne. « Coincés entre quatre murs, ces producteurs réussissent à maximiser l’espace et la productivité des animaux avec une régie assidue, se réjouit Annabelle Beaupré. Ils incarnent l’excellence d’hier à aujourd’hui. »
Stabulation mixte
Même si les vaches en lactation sont enchaînées, la barre d’attache est très haute et les chaînes, très longues. Mieux encore : depuis 2024, les bêtes profitent d’une stabulation mixte. On a érigé un dôme pour élever sur litière accumulée les taures gestantes et les vaches taries, envoyées auparavant en pension. Dans ce bâtiment multifonctionnel, on entrepose aussi de la paille et des machineries.
Cette infrastructure permet de jouer plus facilement sur la durée de la lactation. Chez Amantière, on ne se formalise pas de la moyenne actuelle d’intervalle entre les vêlages de 413 jours. « Avant, nous avions un intervalle d’environ 385 jours. On vise maintenant 410 jours. » Les St-Amant essaient aussi d’éviter les vêlages en période caniculaire, même si on a installé à toutes les quatre vaches un ventilateur au-dessus d’elles. « Le vêlage est un stress », rappelle Marie.
Le nombre de jours à la première saillie va croissant selon la parité – 88, 125 et 144 jours pour les troisièmes parités et plus. Les vaches ont donc le temps de traverser leur pic de lactation avant d’être inséminées. Marie trace la ligne à 55 kg : seules les vaches qui produisent plus que cette quantité quotidienne verront leurs chaleurs notées. Même le tarissement est plus long que les deux mois réglementaires – il est en moyenne de 70 jours.
« Avant, on jouait à Tetris parce qu’on manquait d’espace pour les taries. On attendait d’en tarir quelques-unes pour faire un seul voyage vers l’élevage en pension, expose Marie. Maintenant, on peut tarir à la dernière minute ou trois mois d’avance selon l’état de la vache et l’espace dans la vacherie. » Un espace qui devrait croître ostensiblement dans un horizon de deux ans : une nouvelle étable s’annonce!
Faciliter la transition
C’est un secret ébruité ici : Jean-François Lemay partage son temps entre les coopératives Novago et Covris. L’une des fonctions de ce coordonnateur technique et stratégie d’affaires en appui aux experts-conseils est de faciliter la transition entre la production laitière conventionnelle et les modèles plus modernes. « C’est une phase névralgique, car les fermes dans le quintile supérieur (les 20 % meilleurs) retrouvent les mêmes performances financières trois mois après la transition, mais il faut plus de 12 mois aux fermes du quintile inférieur pour y arriver (les 20 % inférieurs) – et certaines ne reviennent jamais au même niveau de revenu », illustre celui qui a conseillé une vingtaine de transitions depuis 2012.
Récemment, Jean-François Lemay a réuni deux fermes de Portneuf, dont la Ferme Amantière, pour former une petite cohorte. En présence des experts-conseils de chaque ferme, il a présenté, photos à l’appui, des réflexions issues de l’intelligence collective du réseau Sollio. Au menu : capacités et fréquentation des robots, régie de la mangeoire, types de litière, revêtement caoutchouté de plancher, disposition des abreuvoirs, routines hebdomadaires et journalières, etc. L’agronome d’expérience a aussi évoqué des coûts de construction et d’équipements. « Je souligne des pièges dans lesquels ne pas tomber, comme couper sur les brosses pour les vaches, réduire des largeurs de passage ou retrancher des luminaires », précise-t-il.
« Deux ans avant un tel changement, c’est important de réfléchir aux équipements, mais aussi de préparer le troupeau en favorisant les pieds et les membres, la vitesse de traite et la bonne conformation et disposition des trayons », rappelle Annabelle Beaupré.
La suite pour ces agronomes consistera à analyser les premiers plans de la nouvelle étable de la Ferme Amantière. « Il y a toujours un petit vertige à s’en aller en stabulation libre, constate Marie, qui a fait un stage à la fameuse Ferme Pittet qui opère un carrousel de traite et est reconnue pour ses pratiques de bientraitance animale. On l’a vécu en 2024 avec le dôme. »
Et rebelote!
| Ferme Amantière |
|---|
| Quota : 120 kg M.G./j |
| 63 vaches en lactation |
| Moyenne annuelle par vache : 13 855 kg de lait |
| Préfixe : AMANTIERE |
| MCR : 303-360-345 |
| Classification : 0 EX, 16 TB, 34 BP, 11 B |
| Score moyen de la classification : 80 points |
| Composition moyenne : 4,38 % gras, 3,43 % protéine |