Fleurs du Brésil
Simone van Oene a parcouru le Brésil pour rencontrer ceux et celles qui achètent les huit millions de pots de fleurs que son entreprise produit chaque année.
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La jeune directrice des ventes et du marketing de Joost Kalanchoe, l’entreprise serricole de 8 ha, située à Holambra, la capitale de la floriculture brésilienne, dans l’état de Sao Paulo, en est la copropriétaire avec son frère et leurs parents.
« Quand j’ai commencé mon travail dans l’entreprise il y a 6 ans, nous n’avions aucun marketing. Notre seul branding était la qualité, lance l’entrepreneure de 32 ans. Maintenant, le relationnel est primordial. Dans ma tournée partout au pays, j’ai rencontré des clients qui achètent nos produits depuis 30 ans et que nous n’avions jamais même vus. Aller à leur rencontre permet de connaître leurs besoins, leurs marchés et de les aider à faire la promotion de nos produits auprès de leur clientèle. »
Après six ans d’études en génie agricole et un séjour de plus de deux ans aux Pays-Bas dans une entreprise de reproduction de fleurs auprès de laquelle son père, Joost, s’approvisionne, Simone entreprend une formation en marketing. Grâce en plus à son expérience de travail, Simone réalise qu’elle possède de fortes aptitudes en vente, en commercialisation et en relations d’affaires avec la clientèle.
Ses parents lui ont toujours laissé la place qu’elle voulait dans la ferme familiale, tout comme à son frère. Fille ou garçon, il n’y avait aucune différence à leurs yeux. « Ce n’est pas toujours le cas dans d’autres entreprises de notre secteur d’activité où je dois faire ma place dans un milieu d’hommes », dit-elle
De 2000 m2 à 11 ha
Dans sa jeunesse, son père, originaire des Pays-Bas, parcourt le monde en sac à dos. Son périple l’amène en Amérique du Sud au début des années 1980 où il passera plus de deux ans. Il rencontre sa conjointe de vie au Brésil et décide de s’établir là-bas.
En 1986, le couple lance une entreprise de production de légumes (tomates, concombres, aubergines, citrouilles, kale). Quatre plus tard, en 1989, il démarre dans une petite serre de 2000 m2, le commerce de violettes et de kalanchoés puis abandonne la production maraîchère. « Mes parents ne possédaient pas assez de terres pour effectuer les rotations nécessaires à la lutte aux maladies et ravageurs, explique Simone. En outre, des étés caniculaires et des gels hâtifs ont eu raison de nos cultures. »
Les producteurs de légumes doivent posséder des terres dans diverses parties du Brésil et se déplacer en fonction des saisons et conditions climatiques, ajoute Simone. C’est possible pour eux de le faire en raison du prix relativement peu élevé des terres.
En floriculture, c’est l’inverse, ajoute la productrice. Il faut créer des conditions propices à la culture, car la majorité des plants que produits dans l’entreprise ne proviennent pas du Brésil. Le kalanchoé provient par exemple de l’Afrique!
En 1999, Joost Kalanchoe se spécialise donc dans la production de kalanchoés. Une fleur, affirme Simone, aux multiples coloris, facile d’entretien et qui peut soutenir trois jours de transport par camion à travers tout le pays. Après l’orchidée papillon, c’est la fleur la plus cultivée au Brésil, qui en est le troisième producteur au monde.
Par l’entremise de leur coopérative, Veiling – qui mets en marché 60 % de toutes les fleurs en pot au pays –, fleuristes, jardineries, supermarchés de toutes dimensions achètent leurs kalanchoés. « Nous avons des clients qui achètent 48 pots par semaine et d’autres jusqu’à 10 000, décrit Simone. Tous paient le même prix à la coopérative et bénéficient des mêmes conditions. C’est à eux de faire leur propre mise en marché. Nos prix sont bas. On mise sur le volume. Tout est vendu au Brésil. Nous n’exportons pas. »
Une expansion en cours de réalisation portera à 11 hectares la superficie de production. « Mon frère et moi ne cherchons pas à être la plus importante entreprise, précise Simon. Ce n’est pas comme ça que nous avons été élevés. Nous voulons être reconnus pour notre innovation, la qualité de nos produits et notre façon de traiter nos employés et notre clientèle. Nous investissons dans des technologies qui réduisent nos besoins en main-d’œuvre et qui améliorent les conditions de travail de la centaine de personnes qui travaillent pour nous. »
Production durable
Ici, dans l’entreprise, forte de 2000 panneaux solaires, tout fonctionne grâce au soleil, hiver comme été. Le climat du Brésil est particulièrement propice au développement de ce type d’énergie, confirme Simone.
Des vaporisateurs humidifient les plantes pour maintenir le niveau d’humidité dont elles ont besoin. Des ventilateurs conservent une température optimale. « Nos fleurs grandissent bien à 24-26 degrés et entre 80 et 85 % d’humidité », dit-elle
Le toit en plastique anti-UV permet de travailler sans écran solaire ni vêtement de protection. En cas de fortes canicules ou d’ensoleillement intense, un système d’ombrage s’active pour imiter un couvert nuageux.
Des rideaux obscurcissant et des programmes d’éclairage intermittents favorisent la floraison des kalanchoés au moment propice, ce qui assure une production annuelle, explique Simone.
L’irrigation provient en bonne part de l’eau de pluie, stockée en réservoirs et recyclée. La nappe phréatique, sévèrement régie par le gouvernement, est mise à contribution en l’absence de pluie.
Maladies et insectes sont traités, tant que faire se peut, de façon biologique.
Quels sont les défis de l’entreprise? « Les gens, répond Simone. Mes parents vivaient pour leur travail. Mon frère et moi, nous travaillons pour vivre. Comme plusieurs de nos employés aussi. On adore ce qu’on fait, mais la perspective est différente... »
Lire le dossier « Brésil, l'autre visage de la puissance agricole ».