Défis et opportunités d’une planète déréglée
Alain Bourque, d’Ouranos, croit que le secteur agricole québécois peut tirer son épingle du jeu dans un climat déréglé en misant sur l’adaptation.
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« Les GES sont en hausse exponentielle et les activités humaines en sont la cause sans équivoque », affirme Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, un consortium québécois d’experts scientifiques sur la climatologie régionale et les changements climatiques.
Le scientifique citait en exemple les feux de forêt dévastateurs en Colombie-Britannique qui ont rasé la ville de Layton en 2021. Chaque année qui passe chasse le record de chaleur de l’année précédente, a dit celui qui prévoit que la planète dépassera la limite de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels ciblés par l’Accord de Paris d’ici la fin du siècle.
Les phénomènes météorologiques extrêmes provoqués par le réchauffement climatique coûtent déjà très cher au pays. L’année 2024 est la plus coûteuse du Canada en pertes assurées liées à des phénomènes météorologiques extrêmes, soit 9,2 milliards $. Alain Bourque envisage toutefois qu’il soit possible de limiter le réchauffement climatique d’ici 2100 en prenant le taureau par les cornes.
Appel à la science
Le consortium scientifique québécois s’appuie sur les travaux et les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la référence mondiale dans le domaine. Les États-Unis s’en sont retirés tout comme de l’Accord de Paris sous la présidence de Donald Trump qui nie les changements climatiques et mise son va-tout sur le pétrole.
Citant les travaux du GIEC, M. Bourque a indiqué que le réchauffement climatique affecte négativement les rendements agricoles et la productivité partout sur la planète. Toutefois, en Amérique du Nord, notamment au Québec, la chaleur et l’augmentation de la saison de croissance pourraient profiter aux cultures de maïs et de soya avec un déplacement vers le nord de la province, mais pas à la culture du blé, et les résultats sont mixtes pour les céréales, les légumes et les légumes racines.
Il y a cependant une panoplie de risques avec la « tropicalisation du Québec », selon M. Bourque. Parmi ceux-ci, « les invasions barbares » soient de nouveaux insectes, de virus ou de champignons dans les cultures. À cela s’ajoute le stress hydrique et thermique, une mortalité hivernale potentiellement accrue des plantes fourragères et des plantes d’automne, de monstrueux coups d’eau ou des canicules prolongées, sans compter le ruissellement des sols.
Le mot d’ordre : adaptation
M. Bourque a référé au travail d’Ouranos de concert avec le projet Agriclimat, financé par Ottawa et Québec. Cette collaboration permet un éventail d’information régionale sur les changements climatiques, tout en accompagnant un réseau actuel de 350 producteurs et productrices disséminés dans la province.
Le but est de mettre en place un plan d’action pour lutter contre le réchauffement climatique sur la ferme en adoptant de bonnes pratiques, tant dans la production végétale qu’animale. L’objectif ultime est d’atteindre la neutralité en carbone.
Le spécialiste a également mis en évidence l’utilité de l’outil Estimeau, développé par l’IRDA (Institut de recherche et de développement en agroenvironnement), qui permet d’évaluer les besoins en eau des exploitations agricoles de toutes sortes.
Du coup, M. Bourque déplore les importantes coupures par Ottawa dans la recherche publique, dont la fermeture de sept centres de recherches et de fermes expérimentales partout au pays, une décision « qui revient à se tirer dans le pied ».
Selon le scientifique, les coûts de la « maladaptation » au dérèglement climatique guettent tous les pans de la société québécoise — habitation, transport, infrastructure, énergie — incluant le monde agricole. Ce dernier indique que pour chaque dollar investi en adaptation, celui-ci génère quinze dollars de bénéfices économiques généralisés et directs.