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La petite veilleuse

Il y a quelques années, je cherchais un objet promotionnel à remettre aux participantes de notre Colloque des coopératrices. Comme le thème de l’évènement était La démocratie… parlons-en!, j’avais opté pour une petite veilleuse, sur laquelle étaient inscrits les mots « La Coop ». C’était un clin d’œil pour rappeler qu’une coopérative, ça vaut ce que valent ses membres!

Sans des membres actifs, vigilants, qui jouent bien leur rôle, la coopérative s’affaiblit. Elle perd peu à peu sa pertinence et est mise en péril. 

J’ai repensé à cette petite veilleuse lors de la récente déconfiture de la coopérative MEC (autrefois Mountain Equipment Co-op), dont j’étais si fièrement membre. En fait, je pense que tous les membres de MEC étaient fiers d’être associés à cette belle coopérative chouchoute, qui se positionnait toujours parmi les entreprises les plus responsables, les plus éthiques, les plus écolos… 

Manifestement, la fierté n’a pas suffi. 

Personnellement, je ne suis pas très sportive, et mes besoins des produits de MEC se trouvaient donc assez limités. À vrai dire, mon adhésion à MEC était bien davantage motivée par une envie de faire partie de cette belle coopérative et de la préférer lorsque j’avais besoin d’un sac à dos ou d’un pantalon confortable. Mais je le confesse : je n’ai jamais participé à l’assemblée générale annuelle de MEC ni même examiné ses résultats financiers. 

C’est ainsi qu’en octobre dernier, j’ai assisté, impuissante, à la vente des actifs de cette grande coopérative canadienne. Un véritable choc pour tout le mouvement coopératif, qui, d’un océan à l’autre, s’est vite ressaisi pour protester. « Quoi? Ils ont vendu nos magasins sans nous en parler? Mais c’est impossible : nous sommes une coopérative! »

J’ai l’impression que personne n’avait laissé sa veilleuse allumée.

On sera tenté de blâmer le conseil d’administration, qui n’a pas su maintenir un environnement propice au questionnement et à la participation active des membres. Car en effet, c’est une responsabilité du conseil de mettre en place des outils ou des structures permettant une vie associative digne de ce nom. Mais on ne saurait ignorer totalement la part de responsabilité des membres, qui ont – démocratiquement, faut-il le préciser – accepté des changements majeurs à la gouvernance, sans sourciller.

Rappelons-le : ce qui rend l’entreprise coopérative si solide, c’est l’équilibre des pouvoirs qui s’y expriment. Des élus pour donner la direction, des dirigeants pour mener les choses à bon port, et des membres usagers pour questionner, exprimer leurs points de vue et participer aux activités proposées.

Chacun de ces trois pouvoirs contribue à maintenir une diversité d’apport, une dynamique permanente et une saine tension au sein de la coopérative. Or, cet équilibre est précaire. Il faut y veiller constamment.

MEC était notre plus grande coopérative de consommateurs. La professionnalisation des administrateurs nous donnait à penser que, avec toute l’expertise autour de la table du conseil, on n’avait plus besoin de s’en occuper. On faisait confiance. Les observateurs soulignent pourtant qu’il y a eu des signes précurseurs au cours de la dernière décennie : le mot « Co-op » a disparu du nom de l’entreprise, la croissance s’est accompagnée d’une complexité rebutante pour les membres, alors que le ratio d’endettement grimpait en flèche… 

Est-ce qu’on a trop fait confiance?

J’ai toujours cru qu’il fallait faire confiance, dans la vie, et qu’il fallait à priori croire aux meilleurs scénarios. C’est ce que j’appelle le devoir d’optimisme. Parce que rien de beau et de grand ne peut s’accomplir sur une base pessimiste. Cela dit, on ne peut faire l’économie d’une certaine vigilance, sous peine de sombrer dans une confiance aveugle et d’ainsi manquer les premiers signes de dérive. Voilà toute l’importance du rôle des membres dans une coopérative : rester en contact, s’informer, participer. Et toujours, toujours laisser une petite veilleuse allumée.

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives chez Sollio Groupe Coopératif. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives chez Sollio Groupe Coopératif. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop