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Tous dans le même bateau

La crise financière de 2008 nous avait donné un avertissement : comme dans un immense jeu de dominos, les diverses composantes de la grande plateforme mondiale sont désormais si étroitement liées les unes aux autres qu’il suffit d’une pièce défaillante pour que tout le système, dans une réaction en chaîne, s’en trouve déstabilisé. Aujourd’hui, c’est par une crise sanitaire que nous prenons conscience de notre vulnérabilité commune. 

La bonne nouvelle, c’est que les crises font très souvent émerger des élans de solidarité. Soudainement, nous devenons tous frères et sœurs, prêts à nous entraider. Notre humanité profonde se révèle, dans une touchante authenticité. Hélas, il semble que nous oubliions tout une fois la crise terminée… Le monde revient vite au business as usual. Y reviendra-t-on cette fois encore? Et si nous la changions, cette formule habituelle, pour aller plutôt vers : business as we like it ?

Quelques jours avant que le monde ne chavire par suite de l’éclosion de la COVID-19, la société Abacus Data révélait les résultats d’une vaste enquête conduite l’hiver dernier auprès de quelque 5 000 Canadiens et Canadiennes d’âge adulte. On y sondait leur point de vue sur le système économique en place et sur diverses questions d’intérêt public. Par la même occasion, on cherchait à vérifier le rôle des coopératives dans la conjoncture politicoéconomique de la fin d’année 2019.

Dans son rapport d’enquête, David Coletto, chef de la direction d’Abacus Data et docteur en sciences politiques, affirmait d’entrée de jeu que tous les partenaires de Coopératives et mutuelles Canada, de même que tous les décideurs publics, devraient se sentir interpellés par les résultats présentés. Car malgré l’humeur morose dont semblaient affligés, fin 2019, nombre de Canadiens et Canadiennes, le modèle coopératif se révélait comme un véritable tremplin vers un monde meilleur. Voyons ensemble quelques chiffres.

Tout d’abord, selon l’enquête, 58 % des répondants ne se sentaient pas maîtres de leur propre vie et 60 % étaient d’avis que le système économique était manipulé, truqué en leur défaveur. Cela se répercute évidemment sur tout le capital social de nos collectivités : 60 % des répondants disaient qu’on ne peut plus faire confiance aux gens de nos jours.

Pourquoi tant de désillusion? Les répondants semblaient croire « que ceux et celles qui ont le pouvoir et l’argent ont trop d’influence politique, qu’un petit nombre de personnes profitent de la richesse générée par l’économie actuelle et que, même si les entreprises privées font de bons bénéfices, elles ne les partagent qu’avec quelques actionnaires ». En somme, les répondants se trouvaient impuissants et injustement traités.

Tout cela est bien triste, car au-delà du stress personnel que procure l’impression de ne pas être maître de sa vie, un autre risque – non moins inquiétant – se dresse sur le plan national : la montée du populisme. En effet, quand les citoyens se sentent exclus de l’exercice du pouvoir, quand ils ont l’impression que la maîtrise de leur propre destin leur échappe, ils deviennent vulnérables aux beaux parleurs, qui usent de charisme et de démagogie pour promouvoir des solutions simplistes à des problèmes pourtant complexes. 

Cette enquête, il n’y a pas de doute, rend encore plus évident l’immense potentiel du mouvement coopératif. Non pas comme un « mouvement antisystème », qui viserait à mobiliser un « nous » prêt à partir en guerre contre un « eux ». Mais comme un mouvement qui fait partie du système et qui a la capacité de le transformer de l’intérieur, en offrant à tous la possibilité d’exercer du pouvoir et d’accéder au partage équitable de la richesse générée. Voilà qui est bon pour le moral des individus, bon pour la résilience des collectivités et, assurément, bon pour l’économie. 

Quand on est tous dans le même bateau, la meilleure stratégie consiste à coopérer.

Puissions-nous nous en souvenir une fois la crise résorbée.
 

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop