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Pénurie de fertilisants dans l’est du Canada : un enjeu d’autonomie alimentaire

Au moment où j’écris ces lignes, la période des semis s'apprête à battre son plein, et tout n’est malheureusement pas réglé en matière d’approvisionnement. Soyez assurés que votre réseau met tout en œuvre pour trouver et vous acheminer les fertilisants dont vous avez encore besoin.

À la tombée des sanctions canadiennes envers la Russie, le 2 mars dernier, les trois quarts des quantités de fertilisants requises pour les semis étaient déjà dans nos entrepôts. Le quart manquant devait provenir de ce pays au cours des semaines suivantes. Ces matières fertilisantes elles-mêmes étaient toujours permises d’entrée au Canada, mais assujetties à un tarif de 35 %, et les origines des différents maillons de la chaîne d’approvisionnement de ces matières allaient dorénavant compliquer leur livraison à bon port. Cela dit, il était impensable de remplacer nos livraisons, compte tenu des volumes importants représentés et des délais d’environ 60 jours entre l’achat et la réception.

Puisqu’une des missions premières de notre réseau est d’assurer votre approvisionnement, nous devions surmonter ces obstacles et faire tout en notre pouvoir afin que les navires et leur chargement arrivent à temps pour les semis. Cela a été notre priorité, malgré toutes les embûches qui se dressaient devant nous. 

Sur les huit navires prévus initialement, quatre sont ici et deux font encore l’objet de démarches pour permettre leur arrivée à temps. Les deux chargements restants, attendus plus tard ce printemps, proviendront finalement d’autres marchés, une décision incontournable malgré un coût nettement plus élevé, en raison de l’inaccessibilité des fertilisants. En résumé, le dilemme revenait à maintenir coûte que coûte les commandes conclues avant la tombée des sanctions, le 2 mars, et la hausse des prix conséquente, mais dorénavant tarifées, ou bien à les annuler pour peut-être les remplacer à des prix supérieurs dans un contexte de rareté sur les marchés et de délais inconnus, une avenue que nous avons jugée comme hautement périlleuse.

Bien que le tarif apparût initialement comme un moindre mal, il n’en demeure pas moins que nous avons entrepris de multiples efforts pour qu’il soit aboli. De nombreux décideurs politiques ont été sensibilisés à cet enjeu, soit par nos nombreux alliés ou par nous-mêmes. J’ai abordé directement la question avec les ministres Freeland et Bibeau lors de discussions, en soulignant le principe selon lequel les sanctions devraient toujours avoir un effet beaucoup plus important sur le côté russe que sur le nôtre. J’ai de même souligné l’inconvenance de taxer un produit aussi essentiel pour nos producteurs, alors que le gouvernement fédéral affirme que « le Canada est prêt à aider à combler le déficit de la production [alimentaire] mondiale ».

En l’absence d’un message clair du gouvernement, les signaux que nous parvenons à décoder à ce stade-ci tendent à démontrer une certaine compréhension de la nécessité d’indemniser les producteurs. Cela dit, ce tarif que nous devons payer au déchargement doit s’ajouter aux coûts des fertilisants dans l’est du pays. Il s’agit d’une injustice que nous allons continuer de dénoncer tant et aussi longtemps que des indemnisations ne seront pas versées par le gouvernement.

Ghislain Gervais - président

ghislain.gervais@sollio.coop