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Retour à l’essentiel

Ce printemps, la crise de la COVID-19 a sonné l’arrêt de nombreuses activités sociales et économiques. Prudence oblige : il fallait rapidement circonscrire les foyers d’infection et empêcher la progression du virus en limitant les contacts non nécessaires. Mais la vie ne s’arrête pas pour autant; certaines activités de base doivent être maintenues, peu importe les circonstances. Aussi, les gouvernements ont pris soin de définir précisément ce qui fait partie des services essentiels, afin d’en permettre la continuité et d’assurer la bonne marche de la société. 

Dans son livre à succès En as-tu vraiment besoin?, Pierre-Yves McSween invitait déjà les Québécois à examiner leurs habitudes de consommation : tel produit ou tel service répond-il à un réel besoin ou relève-t-il de l’accessoire – agréable, certes, mais superflu? C’est le genre de question à laquelle nos gouvernements, en début de pandémie, ont dû répondre afin de déterminer quelles organisations allaient maintenir leurs activités. Et leur réponse a permis de mettre en lumière la grande pertinence des coopératives dans l’économie mondiale. Car nos coopératives financières, agroalimentaires, funéraires, de santé, etc., ont toutes été du lot des services désignés essentiels.

Or, ce n’est pas un hasard : les coopératives ne font pas dans le superflu.

Rappelons-nous que la mission des coopératives est de répondre à un besoin. En effet, elles naissent de la volonté de leurs utilisateurs de satisfaire un besoin qu’ils ont en commun. C’est aussi simple que cela. D’autres entreprises s’affairent à développer, à grands coups de marketing, une irrésistible envie de consommer. Ces entreprises tentent de créer un besoin, afin de stimuler la demande d’un produit qui, finalement, n’améliore pas vraiment notre qualité de vie.

Répondre à un besoin. Et créer un besoin. La différence est colossale. Car c’est la création de nouveaux besoins qui conduit insidieusement à la surconsommation, dont les impacts négatifs sont aujourd’hui bien connus et documentés. On peut donc se féliciter de la contribution essentielle et justifiée des entreprises coopératives. 

Mais il y a plus encore. La situation critique dont on peine à sortir nous permet de repositionner solidement le modèle coopératif, en mettant en avant sa grande fiabilité. À la manière d’une police d’assurance, les coopératives sont là beau temps, mauvais temps. Pérennes, résilientes et bien ancrées dans leurs collectivités, elles sont au premier plan de cette souveraineté d’action et de production que nous appelons tous de nos vœux en temps de crise. 

Dans Le Devoir du 29 mars dernier, Simon Langlois, professeur retraité de l’Université Laval, écrivait : « La crise sanitaire mondiale va rappeler aux nations l’importance de conserver une emprise sur leur propre destinée. » Or, c’est précisément dans cette visée d’autonomie que s’est concrétisée, au plus fort de la révolution industrielle, l’idée d’une entreprise démocratique contrôlée par ses usagers. 

C’était alors une époque troublée en Angleterre, et il devenait de plus en plus difficile, pour de nombreuses personnes, de se nourrir convenablement. Les aliments, souvent de qualité douteuse, étaient offerts à des prix prohibitifs et dans des conditions de marché peu transparentes. C’est en s’auto-organisant au sein de coopératives que les collectivités ont réussi à se donner, ensemble, un peu plus de contrôle sur leur destin. Il n’est donc pas étonnant que la première coopérative, fondée en 1844, soit née d’un besoin de base essentiel : l’alimentation. Aujourd’hui, les coopératives du secteur agroalimentaire sont présentes dans pratiquement tous les pays du monde. Elles apportent sécurité et stabilité à des milliards de personnes. 

Vincent Bontems, philosophe et chercheur au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (France), disait récemment : « La pause actuelle donne l’impression d’une rupture dans un cycle et l’occasion de mettre à plat ce qui est utile dans la société et ce qui ne l’est pas. » Manifestement, les coopératives passent avec succès le test de l’utilité et, avec la volonté renouvelée de leurs membres, elles seront là longtemps encore. 

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop