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Chroniques / L'effet boeuf

Production bovine et 2020 (suite et fin)

La santé de la planète vous préoccupe? Moi aussi! À lire ce qui circule sur le sujet, on se penserait quelquefois revenu au temps des croisades ou même de l’Inquisition. Trouvons rapidement des coupables et réduisons-les à néant! Parmi ceux-ci, bien évidemment, les bovins de boucherie, grands producteurs de GES!

Comment un producteur bovin peut-il ne pas se sentir coupable, surtout quand il sait qu’en plus la consommation mondiale totale de viande bovine devrait augmenter de 35 % d’ici 2050, selon la FAO? Ce qui devrait être une excellente nouvelle devient plutôt un lourd fardeau à porter.

Pour faire suite à mon dernier billet (juillet 2019), voici d’autres éléments de réflexion sur le sujet. 

 

Défis 2020-2050

La population humaine mondiale augmentera, peu importe le scénario démographique envisagé, d’environ 1 % annuellement au cours des 20 prochaines années (réf. : Nations unies). Le défi numéro un ne sera pas seulement de produire assez de nourriture, mais de parvenir à nourrir décemment et quotidiennement chaque être humain pendant toute cette période.  

Le deuxième défi est qu’il faudra y parvenir en améliorant en même temps le bilan de santé de l’écosystème terrestre. Comme tous les moyens de transport utilisant les énergies fossiles produisent beaucoup de GES, il faudra limiter les déplacements inutiles de denrées alimentaires.

Le troisième est que, à quelques exceptions près, le produit final de presque toutes les productions végétales (ex. : le maïs) nécessite une récolte mécanique ponctuelle et suppose des structures d’entreposages efficaces partout, afin d’étaler la disponibilité du produit pendant toute l’année.

Si l’on tient compte de ces trois défis, l’élevage bovin fait fort probablement partie, non pas des problèmes, mais bien des solutions. Voici quelques raisons.

 

Banque alimentaire et compagnie…

 

Tout d’abord, contrairement à certaines productions végétales, qu’on ne peut faire pousser que sous certaines latitudes, il est possible d’élever des bovins presque partout sur la planète. De plus, la production bovine nécessite peu de carburants fossiles, d’équipements et d’eau puisée du sol par kilo de viande produite et finissant dans l’assiette du consommateur.

Ensuite, pendant la dernière phase de son élevage, chaque bouvillon valorise environ une tonne (base matière sèche) de sous-produits de transformation alimentaire ou industrielle, qui trouveraient difficilement preneurs ailleurs : drêches de brasserie, gros gluten de maïs, drêches d’éthanol, pommes de terre, légumes-racines déclassés (trop gros, trop petits, trop tordus!), etc.

Troisièmement, les bovins récoltent très efficacement l’herbe des pâturages, ces terres souvent peu propices aux autres cultures et qui sont aussi des écosystèmes stables et d’excellents puits de carbone. Bien gérés, ces grands herbivores participent au cycle de l’azote et du CO2 : 70 à 80 % de l’azote consommé est immédiatement réappliqué au sol, et la paissance redémarre un cycle de croissance des plantes (reprise de la photosynthèse et utilisation du CO2).

Et finalement (aïe… sujet tabou?), les bovins sont une banque alimentaire sur quatre pattes dont les qualités sont indéniables : structures d’entreposage mobiles nécessitant peu d’entretien, aucune récolte massive ponctuelle nécessaire, permettent de pallier très rapidement les aléas météorologiques (dont les grandes sècheresses) qui surviennent régulièrement, sans possibilité de les prévenir. Une seule carcasse de bouvillon nord-américain représente en effet l’équivalent de plus de 800 repas – sans parler du recyclage des produits non consommés dans l’alimentation animale, principalement dans les aliments pour animaux de compagnie.  

Est-ce que le « Grand Inquisiteur » réussira à obtenir un verdict final de culpabilité contre les bovins? Espérons que non. Cependant, la meilleure défense consiste probablement… à se défendre! Non pas par un discours chargé d’émotion. Non pas en tentant de le convaincre du contraire. Mais peut-être simplement en ajoutant, chaque fois que l’occasion s’y prête, quelques éléments présentant « l’autre côté de la médaille » et en le laissant se faire une meilleure idée de la situation.

Pour ma part, c’est ce que j’essaie de faire le plus souvent possible.

Bonnes discussions!

Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

bruno.langlois@lacoop.coop

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop