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Et si on déconfinait aussi… la pensée?

Il y a de ces livres phares qui vous touchent au point de demeurer, à jamais, une référence. Dans ma bibliothèque, le livre The Web of Life, de Fritjof Capra, figure parmi ceux-là. L’auteur, un physicien américain, y présente une théorie des systèmes vivants absolument fascinante, qui intègre les connaissances issues de la science, mais aussi des sphères sociales et culturelles. Il en résulte une extraordinaire synthèse de pensée multidisciplinaire qui déconstruit la vision mécaniste du monde pour offrir à la place une vision globale, qui tient compte de l’interdépendance entre les multiples dimensions de l’activité humaine.

Ainsi, pour Capra, les gestes que nous accomplissons s’inscrivent dans un réseau d’évènements qui interagissent les uns avec les autres. Et pour résoudre nos problèmes – car, certes, il y a des solutions –, il nous faut impérativement changer notre façon d’appréhender la réalité en morceaux séparés, pour prendre en compte les liens invisibles qui unissent tout. À partir de là, il devient possible d’agir intelligemment et d’améliorer le sort du monde.

Mais il n’est pas facile de changer nos paradigmes. Capra rappelle que nous avons été formés à voir l’Univers comme un système mécanique de particules élémentaires, le corps humain comme une machine, la vie en société comme une compétition existentielle. Il faut changer nos perceptions, dit-il, et même aller plus loin, car un changement de paradigmes requiert également un changement de valeurs. 
Pour Capra, il existe deux grandes familles de valeurs. L’une est au service de l’indépendance et s’appuie sur les notions d’expansion, de domination, de quantité et de compétition. L’autre, à l’inverse, accueille l’interdépendance et valorise les liens; elle s’appuie sur la préservation, le partenariat, la qualité et la coopération. 

Dans la nature, observe-t-il, il y a toujours un va-et-vient incessant entre les deux modes; cela permet aux écosystèmes de maintenir un équilibre. Il devrait en être de même dans l’organisation de nos sociétés. Pourtant, dans la culture occidentale, et surtout depuis la révolution industrielle, nous n’en avons que pour l’indépendance, au service d’un individualisme érigé en idéal. Nous semblons totalement ignorer l’interdépendance et les valeurs collectives.

Bien que Capra ait écrit son livre en 1996, ne demeure-t-il pas d’une étonnante actualité? Aujourd’hui, nous savons tous que notre course à la croissance indéfinie n’est pas soutenable. Nous aurions besoin de cinq planètes Terre pour offrir à chacun le mode de vie américain. Mais le virage nécessaire semble hors de portée : comment s’assurer qu’il se ferait de façon ordonnée, négociée et équitable? On se demande bien, d’ailleurs, de quelle autorité mondiale pourrait émaner un tel chantier...

Pourtant, à l’heure où on s’interroge sur la fin de la pandémie de COVID-19, des voix se font entendre pour que, cette fois-ci, on relance l’économie de façon différente.

Même Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, estime qu’il est temps de passer à une économie plus durable, plus équitable, plus résiliente.

Les propos de Fritjof Capra sonnent juste. Et si le monde de l’après-COVID-19 s’imprégnait davantage des valeurs d’interdépendance et de coopération? Si on déconfinait la pensée pour y laisser pénétrer des valeurs collectives, et ce, jusque dans nos économies? 

Retrouver le sens de la coopération. Recoudre le tissu social. Relancer l’économie en misant sur l’action collective pour ramener l’équilibre, le « juste milieu » d’Aristote, cet état optimal entre l’excès et le défaut. Quel beau projet de société! Et quelle bonne occasion pour les entreprises coopératives! Car ne sont-elles pas, à ce jour, le meilleur véhicule de coopération économique que nous ayons trouvé? 

Voilà pourquoi j’aime tant les coopératives. C’est pour ce qu’elles ont dans le ventre : la coopération. La coopérative, elle-même, n’est qu’un véhicule. L’important, c’est ce qu’il y a à l’intérieur. Non pas une coopération aveugle, sans discernement, mais une coopération éclairée, réfléchie. Une coopération mise en œuvre par des gens engagés qui reconnaissent que leur propre bien-être dépend toujours, quelque part, de celui des autres. 

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop