Entretien avec Daniel Rivest, nouveau chef de la direction d’Olymel
Le nouveau chef de la direction d’Olymel Daniel Rivest partage ses objectifs pour les prochaines années où il sera à la barre de ce fleuron québécois.
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Daniel Rivest est à la barre d’Olymel depuis le 22 juin dernier. Quels objectifs a-t-il en tête pour donner une nouvelle impulsion à ce fleuron de la transformation et de l’alimentation québécois et au plus important transformateur de porc et de volaille au pays?
Poignée de main ferme, regard franc, carrure imposante, Daniel Rivest respire la confiance. Son entrée en poste, à titre de chef de la direction d’Olymel, annonce un vent de renouveau. « De nouveaux projets de développement, oui, mais aussi une continuité », tempère celui qui œuvre chez le plus important transformateur de porc et de volaille au pays depuis 2016.
Voilà 30 ans que Daniel Rivest évolue dans le monde agroalimentaire. Les Kraft, Parmalat, Agropur et Molson Coors de ce monde ont bénéficié de son expertise.
Chez Olymel, il entre en fonction à titre de vice-président aux ventes internationales. Les secteurs Porc et Volaille sont alors sous son aile, ici comme ailleurs sur la planète. L’entreprise, en posture solide à travers le monde, exporte ses produits dans cinquante pays. Daniel occupera le poste pendant six ans.
Une promotion le place aux commandes des ventes, du marketing et des stratégies commerciales pendant un peu plus de deux ans. Puis, en 2025, la direction d’Olymel lui propose de devenir chef de l’exploitation. Les opérations, les usines, les réseaux de distribution, les fermes d’élevage, l’ingénierie relèvent alors de celui qui carbure aux défis.
C’est le chemin qui le mènera, l’année suivante, à prendre le relais de Yanick Gervais.
Travail d’équipe
« Ce qui est le plus important, chez Olymel, ce sont les gens, les talents, la culture du travail d’équipe, insiste Daniel Rivest. Comprendre l’écosystème dans lequel Olymel fonctionne demande du temps. La logistique des chaînes de transformation et d’approvisionnement, les politiques monétaires et internationales, l’économie, les tarifs, tout ça est complexe, mais à la fois tellement stimulant et valorisant. »
En plus de gérer les nouvelles fonctions qui lui incombent, Daniel Rivest arrive en pleine vague de successions au sein du transformateur. De grosses pointures au comité de direction ont aussi décidé de passer le flambeau. Des postes cruciaux en ressources humaines, en logistique et en production porcine, notamment.
Solide positionnement
Élément majeur du développement de l’entreprise, la modernisation de l’usine d’Olymel à Trois-Rivières, où 142 millions $ ont récemment été investis, propulsera les produits d’Olymel dans le reste du Canada et aux États-Unis.
« Nous allons créer de la valeur, de nouveaux produits, encore plus de qualité, de nouveaux emballages, et ce, de façon toujours plus compétitive, décrit le chef de la direction. L’objectif de cette usine, c’est de nous permettre de prendre de l’expansion dans le reste du Canada et aux États-Unis, grâce à une capacité de production supplémentaire que nous ne pouvions atteindre dans l’ancienne infrastructure. »
« C’est un projet mobilisateur pour nos équipes et nous serons à plein rendement de production d’ici octobre », informe Daniel Rivest, soulignant du même souffle qu’il s’agit de l’un des plus importants investissements jamais réalisés par Olymel. « C’est ce type d’initiative ciblée, à fort impact, qui guidera nos choix dans les mois à venir. »
La prochaine planification stratégique, pour 2027-2030, donnera en effet le ton aux prochains investissements.
Dans cette foulée, Olymel a récemment lancé une gamme de produits prêts à manger qui suit une tendance forte : l’engouement pour les aliments protéinés.
« Les produits à haute teneur en protéines se multiplient, les produits frais et transformés de porc et de volaille, notamment, font l’objet d’une demande soutenue et en croissance depuis les cinq dernières années, et ce, partout sur la planète. C’est une tendance de fond, commente Daniel Rivest. La consommation de volaille affiche une croissance particulièrement forte. Au Canada, on prévoit une augmentation annuelle de deux à quatre pour cent au cours des cinq prochaines années. »
Olymel, dont 70 % des revenus sont générés par le porc et 30 % par la volaille, veut profiter de cette croissance en mettant dans l’assiette des Canadiens des produits nutritifs, appétissants, pratiques et à prix compétitifs.
Les relations économiques avec la Chine
Les différends avec la Chine demeurent. « C’est un marché vital pour nous, et pour le secteur du porc, expose Daniel Rivest. On y vend ce qu’on appelle le cinquième quartier, soit les sous-produits (têtes, pieds, cœurs, rognons, etc.). À l’heure actuelle, il n’y a pas d’autres marchés, sinon très peu ici et là, en Afrique de l’Ouest et au Mexique. Les tarifs de 25 % imposés par la Chine depuis mars 2025 nous ont fait subir, en une année, des pertes de revenus de près de 30 millions $. Puisque Olymel représente le tiers de toute l’industrie porcine canadienne, on estime que les pertes totales au pays représentent entre 90 et 100 millions $. C’est colossal. Nous avons besoin de ce marché. Ces produits qu’Olymel exporte vers la Chine représentent 65 millions de kilos par année. Aucun autre marché n’a la capacité d’absorber ce volume à un prix décent. Le dialogue entre les autorités chinoises et canadiennes se poursuit. »
Sinon, les exportations d’Olymel progressent dans ses principaux marchés, au Japon et en Corée tout particulièrement. Taïwan aussi se développe. Des produits à valeur ajoutée pourraient y trouver preneurs.
« Les États-Unis demeurent un partenaire. L’Amérique du Nord est un écosystème, estime le chef de la direction d’Olymel. Oui, il y a l’histoire des tarifs, mais, en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui a été renouvelé, et pour lequel les négociations se poursuivent, il y a, pour les produits frais et transformés, une libre circulation et une fluidité entre le nord et le sud. On espère que ça va demeurer ainsi. Le Mexique, de son côté, achète massivement nos fesses de porc. »
Construire sur des bases solides
Comment s’annoncent les cinq prochaines années chez Olymel? « Il y aura continuité, expose à nouveau Daniel Rivest. Mon prédécesseur, Yanick Gervais, a lancé une phase de consolidation qui était nécessaire. Des décisions difficiles ont été prises. Je l’ai toujours appuyé. Nous éviterons les virages brusques. Nous allons continuer à optimiser notre modèle opérationnel. À investir dans nos usines pour les rendre plus compétitives. Je ne vous cacherai pas qu’il y a un appétit pour le développement. »
Produits à valeur ajoutée, création de valeur pour les consommateurs, notamment avec ses deux marques nationales, Olymel et Pinty’s, l’entreprise, dont le siège social est situé à Boucherville, vise une approche globale de portefeuille d’ici 2030. Daniel Rivest explique : « On souhaite que dans les trois à cinq prochaines années, l’ensemble de nos gammes de produits soient présentes d’un océan à l’autre. On a des ambitions et on ne s’en cache pas. Nous allons investir pour développer de nouvelles gammes de produits, innover et adopter des technologies afin d’être plus compétitifs. »
Le porc se porte bien
« Nous sommes dans une séquence positive, à l’échelle mondiale, depuis deux ans et demi, mentionne le chef de la direction de la division Alimentation de Sollio Groupe Coopératif. Les producteurs et productrices investissent dans leur ferme pour améliorer leur productivité. Nous sommes dans une bonne position, mais on sait que le secteur du porc est cyclique. Il faut être prévoyant. Être moins dépendant des produits de base et plus présent dans les produits de valeur ajoutée, qui passent mieux au travers des cycles baissiers. »
L’attrait pour le bœuf est en chute, notamment en raison de son prix en forte hausse. C’est la volaille qui récupère l’engouement des consommateurs pour la protéine. Le porc, quant à lui, demeure stable dans les habitudes de consommation.
« Le consommateur est au centre de nos décisions, insiste Daniel Rivest. Il est tout en haut de notre plan stratégique. Nous voulons être perçus comme une entreprise innovante, ici et à l’échelle de la planète. En plus des marques Olymel et Pinty’s, nous allons aussi mousser les marques Lafleur, La Fernandière et Flamingo. Nos gens, notre capital humain, nous permettent de nous démarquer. Ce sont eux qui assurent notre prospérité. On veut contribuer à leur avancement, les faire progresser dans des projets stimulants et novateurs. On veut être un employeur de choix. »
Cet article est paru dans le Coopérateur de septembre 2026.