Les administratrices avec Sophie Gendron et Marie-Pier Béliveau

Dans cet épisode de balado, on discute des initiatives prises par Sollio pour promouvoir la place des agricultrices avec Sophie Gendron et Marie-Pier Béliveau.

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Visuel pour l'épisode du Coopérateur audio sur les agricultrices dans les conseils d'administration

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Stéphanie McDuff: L'Année internationale des agricultrices, qu'on célèbre en 2026, nous permet de réfléchir collectivement à la place des femmes dans les systèmes agroalimentaires. Présentes à toutes les étapes de la chaîne, de la production à la transformation en passant par la commercialisation, elles représentent 41 % de la main-d'œuvre mondiale du secteur. Pourtant, leur contribution demeure largement sous-valorisée et leur place dans les instances décisionnelles et souvent sous-représentés. Pour en discuter et nous parler de ce qu'on fait dans le réseau, j'ai avec moi Sophie Gendron et Marie-Pier Béliveau, qui sont toutes les deux membres du CA de Sollio Groupe Coopératif. Bonjour mesdames.

Sophie Gendron et Marie-Pier Béliveau: Bonjour, Stéphanie.

Stéphanie McDuff: Sophie Gendron, je vais commencer avec toi. J'aimerais que vous vous présentiez un instant. Qui est-tu, Sophie Gendron, et qu'est-ce que tu fais dans le CA?

Sophie Gendron: Moi, je suis issue du milieu agricole, d'une famille agricole. J'ai été élevée sur une ferme laitière familiale, puis je suis passionnée d'agriculture et particulièrement d'élevage depuis mon enfance. J'ai toujours aimé ça. C'est ce qui m'a amené à étudier en agriculture. J'ai été à l'ITA de Saint-Hyacinthe en zootechnologie. Ensuite, j'ai changé de région, donc je me suis dirigée vers le Bas-Saint-Laurent pour occuper un emploi à la Coopérative Dynaco. J'ai rencontré mon mari et je suis maintenant copropriétaire avec lui et mon beau-frère de notre ferme laitière. Ensuite, pendant mon parcours, toute l'évolution de ma vie, j'ai eu à quelques périodes des emplois à la coopérative en parallèle avec mon travail sur la ferme. Quand j'ai laissé mon dernier emploi, il y a un autre administrateur de ma coopérative qui m'a proposé d'embarquer sur le CA de la coop, qui était la Coop Dynaco à cette époque-là. J'ai accepté l'invitation. La coopérative a ensuite fusionné pour devenir Avantis. Je suis rendue à ma 10e année d'implication au conseil d'administration d'Avantis. Du côté de Sollio, ça fait cinq ans. Je commence ma sixième année comme administratrice chez Sollio Groupe Coopératif.

Stéphanie McDuff: Marie-Pier?

Marie-Pier Béliveau: Je suis productrice acéricole au Centre-du-Québec avec mon conjoint. On détient maintenant 17 000 entailles. Moi, je suis la septième génération sur la ferme familiale. Puis, historiquement, on était en production laitière et acéricole. De base, c'était vraiment la production laitière qui était la production principale. En 2021, on a fait on a pris une grande décision stratégique qui a été de délaisser la production laitière pour augmenter le nombre d'entailles. On a maintenant quatre sites de production. Ça m'a permis aussi d'intégrer mon conjoint à l'entreprise. Moi, je suis impliquée dans les coopératives depuis vraiment très longtemps, honnêtement. Malgré que j'ai seulement 40 ans maintenant, ça fait déjà une vingtaine d'années que je m'implique au niveau des coops. Chez nous, on a le vert tatoué sur le cœur, comme on dit. Donc on était membre de plusieurs coopératives, on est coopérateurs de génération en génération. Ça fait très longtemps que j'ai fait les programmes de relève dans les différentes coopératives, au niveau de La Coop des Appalaches, chez Agropur, chez Citadelle. On est membre de plusieurs coops. En 2015, un administrateur m'a encouragée à m'impliquer dans le conseil d'administration. C'est aussi l'année où on a fait la fusion de VIVACO groupe coopératif. Donc ça fait maintenant dix ans que je siège chez VIVACO et j'en suis à ma deuxième année chez Sollio Groupe Coopératif.

Stéphanie McDuff: Puis vous êtes tous les deux passés par le siège Équité chez Sollio. Marie-Pier, tu l'occupes actuellement. À quoi sert le poste d'Équité?

Sophie Gendron: Bien, en fait, théoriquement, c'est un outil pour augmenter le nombre de femmes qui siègent au conseil d'administration. Mais dans les faits, c'est une opportunité qui est donnée à une administratrice d'une coopérative d'accéder au conseil d'administration de Sollio de façon plus accessible que de passer par les postes territoriaux. Ça permet à des femmes d'accéder plus facilement au conseil d'administration de Sollio.

Marie-Pier Béliveau: Ça sert aussi comme un tremplin. Le but, c'est de prendre confiance, de se décider, puis ensuite ça nous permet justement de changer de poste en cas de besoin.

Stéphanie McDuff: Est-ce que ça marche?

Marie-Pier Béliveau: Oui, ça marche! Justement. On peut le voir même visuellement. J'étais à l'AGA du CQCM la semaine passée et on pouvait constater justement à la table où on était assis au niveau de Sollio ou d'Agropur, on voyait à quel point le travail qu'on a fait quant à l'implication des femmes donnait des résultats. Il y avait beaucoup de jeunes femmes. On l'a vu aussi récemment au Forum des présidents, beaucoup de femmes. On le voyait au niveau des rassemblements du réseau, on voyait le nombre de femmes qui augmentaient. Mais là, c'est quand même flagrant de voir les femmes qui sont maintenant dans les exécutifs, de plus en plus, même à la présidence de leur coopérative, on en voit de plus en plus. On voit vraiment que le travail qui a été fait porte ses fruits aujourd'hui.

Stéphanie McDuff: Parce que là, ce n'est pas seulement le poste Équité qui a un effet, c'est tout le plan d'action de Sollio qui permet justement une avancée ou un progrès.

Marie-Pier Béliveau: Exactement. Donc oui, le poste Équité, c'est une chose, mais il y a quand même tout un travail, là, dont on parlera plus tard, qui est fait avant d'arriver à ce poste-là, pour attirer plus de femmes au niveau des instances décisionnelles.

Stéphanie McDuff: Pour le poste Équité, j'ai ouï dire qu'il y a une question de limite de temps aussi qui a favorisé l'effet de levier pour amener plus de femmes dans le CA. Qu'est-ce qu'on veut dire par une limite de temps pour ce poste-là?

Sophie Gendron: En fait, depuis six ans maintenant, il y a une nouvelle réglementation qui fait que la personne qui occupe le siège d'Équité peut l'occuper pendant un maximum de deux mandats de trois ans, donc pour un maximum de six ans. Ensuite, elle peut poursuivre son implication dans un autre poste territorial si elle le désire. Ça, ça permet, dans le fond, qu'au moment où une femme va changer de poste, ça donne la place à une autre. Puis c'est ce qui fait que ça augmente le nombre de femmes au CA. En l'occurrence, nous sommes maintenant trois administratrices actuellement, qui sommes passées par le poste Équité ou qui, comme Marie-Pier, l'occupe encore.

Stéphanie McDuff: Qu'est-ce qui t'a amené à poser ta candidature au poste Équité à l'origine, avant de passer par un poste territorial?

Sophie Gendron: En fait, je ne pense pas que j'aurais eu l'audace de me présenter sur un poste territorial en élection contre un autre administrateur de ma coopérative qui l'occupait déjà. C'est l'opportunité qui m'a été présentée à l'époque par Cathy Fraser, quand elle-même a changé de poste pour occuper un poste territorial. C'est ça qui m'a encouragée. Puis l'encouragement que j'ai eu de mes pairs et des autres personnes du conseil d'administration de ma coopérative, ça a pesé beaucoup aussi pour me motiver à y aller.

Stéphanie McDuff: Depuis, tu es passée du poste Équité à maintenant celui de vice-présidente chez Sollio Groupe Coopératif. On ne devient pas vice-présidente dans son CA sans que notre CA nous fasse vraiment confiance. Parce que c'est quand même eux qui t'ont choisie. Donc, on peut quand même se demander : si ça n'avait pas été du poste Équité, est-ce que tu penses que tu en serais rendue là maintenant, dans ton parcours?

Sophie Gendron: C'est une bonne question. En fait, j'ai occupé pendant quatre ans le poste Équité. Ensuite, j'ai changé pour un poste territorial et Marie-Pier m'a succédé. Si je n'avais pas commencé par le poste Équité, probablement que je n'en serais pas à ma sixième année au CA. Donc, aujourd'hui, je ne serais pas à la vice-présidence. Mais dans les faits, le siège que j'occupe autour de la table du conseil, ça ne change rien. C'est les mêmes responsabilités, la même implication, à l'exception que la personne qui occupe le siège Équité a la responsabilité du plan d'action pour la représentation des femmes. Je ne sais pas, peut-être que oui, peut-être que non je serais à la vice-présidence de toute façon.

Stéphanie McDuff: Marie-Pier, j'en reviens à toi. Ce mandat-là de la promotion de la place des femmes, c'est donc ta responsabilité principale au poste que tu occupes. Puis, pour t'avoir vu dans certains événements, notamment le Colloque des Coopératrices, t'as vraiment l'air d'avoir du fun à faire ça. Est-ce que je me trompe?

Marie-Pier Béliveau: Pas du tout. J'adore ça. Honnêtement, ce que je trouve le fun de ce poste-là, c'est que, comme Sophie l'a mentionné, en tant qu'administratrice sur le poste Équité, on a les mêmes responsabilités que les autres membres du conseil d'administration. Donc, on n'a pas moins de responsabilités, mais on a cette petite touche de plus. Oui, c'est une responsabilité de plus. Mais, par contre, c'est vraiment intéressant parce que ça me permet d'avoir un plus grand contact avec les femmes du réseau. Donc moi, j'ai l'occasion d'aller me promener, de les rencontrer au Colloque des Coopératrices, de les rencontrer dans les Journées Femmes et Coopération. Ça me permet d'échanger beaucoup avec le réseau. C'est comme un peu un petit plus provincial qui me donne une opportunité d'aller influencer les femmes à travers le réseau. Puis ça, je trouve que c'est vraiment une des choses qui me motive le plus au niveau du poste Équité.

Stéphanie McDuff: Tu m'as déjà mentionné dans une autre discussion que tu avais même eu un commentaire d'une jeune agricultrice qui te trouvait toi-même inspirante et ça t'avait touchée. De quelle manière?

Marie-Pier Béliveau: C'est le fun de savoir qu'on inspire les autres. Toutes ces jeunes femmes-là... Parce que moi-même, quand j'étais une jeune femme qui commençait dans le réseau, j'ai été influencée et inspirée par d'autres femmes que je voyais justement. Sophie en fait partie. Cathy, Sophie Bédard avant. Ce sont toutes des femmes qui m'ont beaucoup inspirée. Puis de savoir que maintenant je peux retransmettre tout ça à des jeunes femmes qui me disent : « Wow, mais c'est impressionnant, tu fais tout ça, tu te promènes. » Ça leur donne une image, puis ça leur démontre que, oui, vous pouvez le faire, oui, vous avez les compétences pour le faire, vous venez vous former, vous avez les compétences. Ça fait que moi, je trouve ça très, très gratifiant de voir que je peux aider, justement, ces jeunes femmes-là à s'impliquer plus au niveau de leurs réseaux.

Stéphanie McDuff: Malgré le fait qu'on a des beaux chiffres puis que ça s'améliore et qu'il y a des choses qui vont bien, on en a aussi d'autres qui démontrent qu'on n'est pas encore tout à fait à un niveau optimal, disons, de ce qui pourrait être fait. Je vous donne quelques chiffres qui sont tirés d'un article qui a été rédigé par Andrea Renaud, directrice des affaires coopératives chez Sollio. Elle écrit qu'au Canada, d'après les statistiques les plus récentes qu'on a, bien sûr, qui datent de 2021, les femmes représentent 30 % de l'ensemble des exploitants agricoles et elles seraient au Québec, 28 %. Dans les CA, elles seraient environ 20 %, ce qui est en deçà du pourcentage qu'on retrouve dans les exploitations. Qu'est-ce qui explique le décalage?

Sophie Gendron: Je dirais d'abord la diversité des responsabilités des jeunes femmes qui s'impliquent dans des fermes. En plus des responsabilités de la ferme, c'est souvent les femmes qui ont aussi la responsabilité de la maisonnée, de la famille, des activités, des enfants, de l'école. Tout ça fait que ça demande quand même beaucoup. Ça, c'est la charge mentale en fait, d'avoir toutes ces occupations-là, ces responsabilités-là. Ça ne laisse pas beaucoup de place pour avoir le goût de se présenter à un conseil d'administration.

Marie-Pier Béliveau: Puis je pense aussi, et c'est très maternel, mais souvent on a quand même, en tant que femme, ce grand désir d'être très présente avec les enfants. Ce n'est pas juste le fait de se mettre une pression, mais c'est aussi ce désir d'accompagner nos enfants plus ils grandissent. Je pense qu'il y a ça aussi des fois qui nous empêche un petit peu de nous impliquer. On trouve ça peut-être un peu plus lourd. Et ça nous amène un sentiment de culpabilité. Moi, savoir que je dois partir quand même quelques jours, mes enfants grandissent, c'est rendu des adolescents, mais quand même, je suis la maman qui est très présente. C'est moi qui les accompagne à leurs activités, puis c'est moi qui coache les équipes sportives. C'est quelque chose que j'aime beaucoup faire. Donc ça m'amène des fois un sentiment de culpabilité. Pour certaines, ça peut être difficile aussi de devoir... Quand on dit oui à certaines activités, on renonce à d'autres. Il y a un sentiment de culpabilité. C'est ça. Je pense que ça fait partie justement de notre charge mentale qui peut être un petit peu plus difficile aussi pour les femmes, des fois, dans l'implication.

Sophie Gendron: J'ajouterais qu'on a aussi, en général, les femmes, on a un souci de perfectionnisme. J'ai souvent entendu des femmes me répondre ceci, quand on leur demande pourquoi elles ne prendraient pas un poste d'administratrice : « Je vais en prendre un quand je vais être capable de le faire comme il faut. » En pensant qu'elles n'ont pas assez de temps, elles ont l'impression qu'elles ne feront pas de la bonne façon, qu'elles ne le feront pas au bon niveau. Donc ça, c'est quelque chose qui est peut-être un peu particulier pour les femmes. Ce besoin-là de faire les choses vraiment à la perfection ou du mieux qu'elles peuvent.

Stéphanie McDuff: Aurais-tu envie de leur dire de lâcher prise puis d'essayer quand même?

Sophie Gendron: Bien, dans certains cas, oui, c'est sûr que ça dépend de la situation de chacune, mais dans certains cas, oui. Il faut commencer, puis il ne faut pas nécessairement se demander d'être parfaite tout de suite, dès le début. Même les hommes qui commencent dans un nouveau rôle, ils font ce qu'ils peuvent, ils ne connaissent pas tout. Puis, on apprend avec le temps, on développe nos compétences et notre expertise avec les années.

Stéphanie McDuff: Du côté de Sollio, ça fait maintenant plus de 20 ans que l'organisation a mis en place son premier plan d'action pour augmenter la représentation féminine dans la gouvernance du réseau. Marie-Pier, peux-tu me parler, toi qui représentes ce plan d'action, peux-tu me parler des trois piliers qui l'inspirent?

Marie-Pier Béliveau: Bien sûr! Donc le premier pilier, c'est la gouvernance. L'objectif de tout ça, c'est d'encourager l'équité sur les instances décisionnelles de Sollio, mais aussi du réseau des coopératives affiliées. Parmi les moyens, on vise une représentation de 30 % de femmes, donc de promouvoir cette cible-là. On présente aussi les résultats du plan d'action Équité au réseau. C'est important que les gens du réseau puissent suivre ces statistiques-là, puissent suivre l'avancement des travaux du plan. Donc très important.

Marie-Pier Béliveau: Ensuite, le deuxième pilier, c'est la sensibilisation et la communication. L'objectif, c'est de sensibiliser les membres des conseils d'administration aux bonnes pratiques de la gouvernance inclusive. Je pense qu'aujourd'hui, dans les conseils d'administration, c'est de plus en plus discuté. Je pense que ce n'est plus vraiment une option dont on entendrait parler lointainement. C'est quand même très, très présent. Parmi les moyens qu'on utilise pour ça, on a entre autres déployé la Table Évolution dans le réseau. C'est pour réseauter quant aux moyens pour aller chercher plus de femmes. Tenir une rencontre annuelle pour les déléguées substitut lors de l'assemblée générale annuelle de Sollio. Ça permet de réseauter, de souligner les bons coups faits dans le réseau. C'est toujours une belle opportunité de se regrouper et de réseauter. Puis, aussi, promouvoir les modèles féminins inspirants. Le Coopérateur, c'est un excellent exemple.

Stéphanie McDuff: Hourra!

Marie-Pier Béliveau: Exactement. Tu les connais bien! Les modèles dans le Coopérateur, c'est vraiment inspirant pour les femmes. Juste de lire ça puis de voir qu'il y a des femmes qui sont impliquées puis de voir qu'il y a des femmes qui sont capables de le faire, c'est sûr que ça inspire des femmes à s'impliquer.

Marie-Pier Béliveau: Puis, le dernier pilier, c'est celui de la formation et de l'accompagnement. L'objectif, évidemment, c'est d'offrir des opportunités d'apprentissage à toutes les femmes dans le réseau et surtout d'approfondir les connaissances sur la gouvernance inclusive. Parmis les moyens, on retrouve le Colloque annuel des coopératrices du réseau. C'est un excellent moyen d'aller former les femmes. On a aussi « promouvoir et participer aux Journées Femmes et coopération dans le réseau ». Il y a plusieurs coopératives qui se regroupent pour faire des journées. J'ai eu l'occasion de participer à plusieurs journées Femmes et Coopération. Et puis honnêtement, je suis vraiment à chaque année épatée de la participation et de l'engouement que suscite ces activités-là pour les femmes. Elles se font un devoir d'y aller à chaque année. C'est incroyable. Puis aussi, c'est important de maximiser les synergies avec d'autres organisations. On parle en ce moment de l'Année des agricultrices, donc on peut essayer d'aller profiter de cet événement et de ce réseautage-là avec les Agricultrices du Québec. Ça peut être avec le CQCM, SOCODEVI, la FRAQ. On a un beau bassin de femmes. Je pense que tous les moyens sont bons pour aller rejoindre ces femmes-là.

Stéphanie McDuff: Et ce sont des efforts qui portent fruit. La représentation féminine, si on regarde sur 25 ans, est passée de 7,5 % à 35 % dans le CA de Sollio.

Marie-Pier Béliveau: Exactement, On a dépassé les objectifs. Par contre, ce qu'il faut se rappeler, c'est que c'est fragile. On l'a atteint. C'est fragile parce qu'il suffit d'un seul membre de conseil d'administration qui quitte ses fonctions pour une raison X, parce que c'est terminé ou elle n'est pas réélue, on vient de baisser notre pourcentage. Donc, c'est un travail quand même qui est de longue, longue haleine. Il faut continuer quand même à promouvoir ça parce que c'est encore très fragile. Puis au niveau du réseau aussi, c'est la même chose.

Stéphanie McDuff: Parce que, là, on parle du CA de Sollio Groupe Coopératif qui a un objectif de 30 %, et qui, là, est à 35 %, mais on s'entend que vous êtes moins d'une vingtaine de membres dans le CA. Donc, une personne de moins fait une grosse différence dans le pourcentage. Puis on a aussi le pourcentage de l'objectif pour les délégations à l'AGA de Sollio Groupe Coopératif, qui est aussi de 30 %, mais qui oscille.

Marie-Pier Béliveau: On oscille, exactement, ça peut être 29-31 % de femmes dans les délégations, mais on oscille.

Stéphanie McDuff: Entre 2025 et 2026?

Marie-Pier Béliveau: Exactement. Donc c'est quand même très fragile aussi à ce niveau dans le réseau. Il y a eu beaucoup de regroupements de coopératives, il y a moins de conseils d'administration. Donc oui, les gens se replacent, mais parfois on peut perdre des femmes dans le processus. Donc, ça va être important de poursuivre les efforts au niveau autant du conseil d'administration de Sollio, mais aussi au niveau du réseau. C'est très important.

Stéphanie McDuff: Souvent, on entend des gens qui nous disent : les femmes, pourquoi est-ce qu'on en parle encore? C'est gagné, on n'a plus besoin de se battre. Mais là, tu me dis justement c'est fragile. Donc pourquoi est-ce qu'on doit encore faire des efforts, en fait?

Marie-Pier Béliveau: Moi je pense que non seulement c'est fragile, mais aussi ceux qui ont vu là les jeunes femmes qui sortent des écoles d'agriculture aujourd'hui, le nombre de femmes qui s'impliquent. Moi, j'ai la chance, des fois, je suis près du Cégep de Victoriaville, j'ai la chance de recevoir des groupes en visite. Il y a de plus en plus de femmes. J'ai l'impression que tranquillement, les jeunes femmes vont prendre plus leur place et probablement que, dans nos entreprises agricoles, il y aura de plus en plus de femmes. Donc, j'ai l'impression que tranquillement, le pourcentage de femmes qui sont représentées dans dans nos entreprises agricoles va probablement augmenter. Donc, peut-être que nos cibles, éventuellement seront à ajuster à la hausse un peu. Parce que si on veut être représentatif de notre réseau, de notre base, et bien peut-être qu'on devra viser éventuellement le 35, le 40 %. On suivra l'évolution, mais j'ai l'impression qu'il y aura de plus en plus de femmes qui vont être représentées. Donc c'est pour ça que c'est pas terminé, c'est encore en progression, je pense.

Sophie Gendron: J'aimerais ça ajouter là-dessus qu'on ne vise pas juste à avoir des femmes qui s'impliquent parce que ça prend des femmes. Les femmes qui s'impliquent, qui ont des forces, elles ont des talents qui sont parfois différents de celui des hommes qui sont autour de la table. Mais ce qui fait la force d'un conseil d'administration, c'est la complémentarité de ces talents-là, de ces expertises-là, qui fait qu'on est capable de voir des perspectives et des angles différents dans nos décisions. Donc c'est important d'avoir cette représentativité-là dans nos instances.

Stéphanie McDuff: Pour conclure, j'aurais aimé ça revenir un instant juste sur l'Année internationale des agricultrices, parce que, Sophie, tu aurais eu un souhait à partager à ce sujet.

Sophie Gendron: Je considère que c'est un honneur que l'ONU ait décrété l'année 2026, Année des agricultrices. Moi, j'aimerais ça le partager, cet honneur-là avec d'autres femmes qui gravitent autour de nous en agriculture. Qu'on parle des expertes-conseil, des agronomes, des vétérinaires, des techniciennes, des gérantes de fermes, des employées. Je pense que toutes ces femmes-là, qui travaillent avec nous dans nos entreprises, méritent d'être reconnues pour le travail qu'elles font, alors qu'elles n'auront pas leur Année internationale à elles. Donc, moi, je partagerais cet honneur-là avec toutes ces femmes-là.

Marie-Pier Béliveau: Et pour les femmes, justement, des inspirations? Oui, il y a les administratrices qu'on rencontre qui sont des inspirations, Mais toutes ces femmes-là, que tu viens de nommer Sophie, ce sont des inspirations quotidiennes dans nos entreprises. Alors, effectivement, tu as bien raison, on doit partager cet honneur-là avec elles et ne pas sous-estimer l'apport qu'elles ont pour pour le réseau.

Stéphanie McDuff: Merci beaucoup mesdames. Sur ce, je vais reprendre la conclusion d'Andréa Renaud. Dans son article, elle écrivait : « L'Année internationale des agricultrices nous rappelle que l'égalité ne se décrète pas, elle se construit pas à pas, grâce à des engagements concrets et à une volonté collective de transformer les pratiques. » C'est dans son article « Quand l'inclusion prend racine dans nos terres », qui est paru dans le Coopérateur de mai-juin 2026, que je vous invite bien sûr à lire dans votre magazine ou sur le site web du Coopérateur. Sur ce, je vous dis à bientôt. C'était Stéphanie McDuff, en compagnie de Sophie Gendron et de Marie-Pier Béliveau, respectivement vice-présidente et administratrice au conseil d'administration de Sollio Groupe Coopératif. Merci beaucoup.

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