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Terre d’accueil, terre de culture

Des gens issus de nombreuses communautés culturelles viennent s’établir au pays. Et de plus en plus en régions rurales. Portraits de nouveaux arrivants qui ont choisi de cultiver leur terre d’accueil.

 

LE CENTRE POUR L’IMMIGRATION EN RÉGION : S’INTÉGRER GRÂCE À L’AGRICULTURE

Si l’agriculture québécoise prend un nouveau visage, c’est en partie grâce à des organismes comme le Centre pour l’immigration en région (CIR), que dirige Gabriel Garcia.

« C’est très intéressant de retrouver cette diversité, ce métissage, qui se multiplie avec la mondialisation, croit Gabriel, d’origine mexicaine. Ça enrichit la culture d’ici et le choix des produits offerts. »

Quand Congolais, Bulgares, Colombiens, Espagnols ou Boliviens s’établissent chez nous, c’est le bagage d’une vie qu’ils amènent avec eux et qu’ils partagent avec leurs nouveaux concitoyens.

Le CIR a été fondé il y a deux ans pour favoriser l’établissement en région des familles immigrantes et, notamment, encourager la relève agricole. Des options vers lesquelles les membres des communautés culturelles n’ont pas tendance à se tourner lors de leur choix de carrière ou de projet de vie, indique Gabriel.

« Lorsqu’on mentionne immigration et agriculture, on pense tout de suite à ouvrier agricole », dit le directeur du CIR. Toutefois, il veut encourager les nouveaux arrivants qui choisissent ce secteur d’activité à penser comme des entrepreneurs et à fonder des entreprises de production et de transformation, ou encore à reprendre celles n’ayant pas de relève. Les possibilités sont nombreuses, assure-t-il.

Un des objectifs est de développer la production au Québec de nouveaux produits aux influences internationales, afin d’en diminuer l’importation. Mais pas que ça, car le CIR se donne aussi comme mandat de promouvoir les produits agroalimentaires du Québec auprès des nouveaux arrivants, dans le but de les conscientiser à l’importance de l’achat local. Il fait notamment la promotion de l’achat de produits locaux par l’entremise de la boutique en ligne Fait au Québec. « Nous faisons affaires avec des producteurs et transformateurs, dont quelques-uns sont des immigrants, précise Gabriel. Ils deviennent membres de notre organisation, et nous distribuons leurs produits auprès de nos consommateurs membres, qui, par leurs commandes hebdomadaires, nous soutiennent financièrement. Nous conservons 20 % du produit des ventes. Nous avons également deux boutiques, une à Grenville-sur-la-Rouge et l’autre à Saint-Jérôme, au Dépanneur africain et exotique. »

Passionné par le rôle qu’il joue dans le développement de la ruralité et de l’agriculture québécoise, Gabriel est toujours activement à la recherche, avec les modestes moyens et ressources de l’organisme qu’il dirige, de gens tout aussi motivés que lui à s’intégrer au Québec et à partager leur savoir et leur culture.

 

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GLORIA CORTES : POUR L’AIL EST POUR L’AMOUR

La Colombienne Gloria Cortes a trouvé l’amour à trois reprises. Avec Luc Ménard, avec le Québec et… avec l’ail.

Le couple produit de l’ail noir sur une terre de Saint-André-d’Argenteuil, dans la région des Laurentides. Rien d’obscur là-dedans. Plutôt un parcours lumineux.

C’est grâce à Internet que les chemins de Luc et Gloria se sont croisés, il y a 11 ans.

Ils se rencontrent en ligne, se découvrent des atomes crochus, tombent amoureux, se visitent fréquemment, se marient en Colombie, puis s’établissent au Québec, sur une terre que Luc possède et qu’il a cultivée en asperges pendant 20 ans.

Mûr pour un autre défi, le couple décide, il y a deux ans, de produire de l’ail. De l’ail noir, d’où émanent des étincelles qui illuminent nos belles journées, dit Luc. C’est Gloria qui le lui fait connaître. Inquiet au début, puis curieux et enfin déterminé, Luc se lance dans l’aventure avec sa belle Sud-Américaine. L’entreprise Argent’Ail voit le jour.

L’ail noir, c’est de l’ail ordinaire (récolté à la mi-août, puis séché) que l’on fait cuire à basse température et à humidité contrôlée pendant deux semaines, explique Gloria.

La cuisson de l’ail amplifie ses propriétés antioxydantes, élimine sa forte odeur caractéristique et, en vertu de la réaction de Maillard (réaction chimique qui se produit lors de la cuisson d’un aliment), lui procure sa couleur noire. Il se transforme en un condiment sucré, goûteux et tartinable, aux saveurs balsamiques, de mélasse et de réglisse.

Un produit complètement différent. Le procédé de cuisson prolongée lui ferait toutefois perdre un peu de son contenu en allicine, composé aux propriétés antibactériennes et antifongiques, notamment.

La demande d’ail québécois est en forte hausse, mais l’offre n’y répond pas. Ça n’a donc pas été difficile de démarrer cette production, qui passionne les deux entrepreneurs.

Voilà deux ans qu’ils vendent leur ail localement, après une année d’essais. « Nous sommes encore une PME – pour Père, Mère, Enfant –, mais sans enfant », précise Luc en blaguant.

Gloria est née dans une ferme colombienne qui pratique une agriculture tropicale, complètement différente de celle du Québec. On y cultive, en montagne et sur de petites surfaces, le café, la canne à sucre, le maïs et de nombreux fruits, et on y élève quelques vaches. Le travail se fait à la main à l’aide de petits outils. Les nombreux chevaux n’ont pas encore fait place aux tracteurs. Les denrées produites servent à nourrir la famille et les habitants du village.

Argent’Ail grossit d’une année à l’autre, mais ses propriétaires ne cherchent pas à en faire un géant. Au contraire, ils ont même aidé d’autres producteurs de leur région à lancer leur propre production d’ail.

L’engouement pour l’ail noir est palpable. Les médias en parlent, des chefs en font la promotion. Un restaurant à tendance locavore, le Pub Sir John Abbott*, s’installera à Saint-André-d’Argenteuil et s’approvisionnera en produits régionaux dans un rayon de 30 km. L’ail noir de Gloria Cortes et Luc Ménard sera au menu.

 

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PATERNE MIRINDI : SAVEURS ET PARFUMS D’AFRIQUE EN TERRE QUÉBÉCOISE

Militant pour la société civile en République démocratique du Congo pendant que la guerre y sévissait, Paterne Mirindi est forcé de trouver un asile provisoire en Ouganda, en tant que réfugié. En 2003, le Canada l’accepte comme immigrant en vertu de la convention de Genève. Il s’installe à Trois-Rivières le 11 décembre de la même année.

Faute de trouver du travail dans sa nouvelle terre d’accueil, il commence simultanément, en 2007, un baccalauréat et une maîtrise en développement régional à l’Université du Québec en Outaouais. Son mémoire, terminé en 2010, porte sur les politiques publiques de la ruralité au Québec. Puis, il se lance dans deux programmes de doctorat, à l’Université Laval et à l’Université du Québec à Trois-Rivières, qu’il ne peut achever pour des raisons personnelles.

Dans son pays d’origine, Paterne travaillait en collaboration avec le mouvement paysan de son village. Il y élaborait des projets agricoles et communautaires.

Passionné par la ruralité, il crée ici, avec des amis, le Groupement volontaire pour le développement rural durable Nord-Sud (GVDRD Nord-Sud), dont la mission consiste à soutenir le développement social, économique et culturel des communautés rurales.

En quête d’une nourriture typiquement africaine, il démarre, en 2013, un projet de productions de légumes exotiques tropicaux à Louiseville (une initiative du GVDRD Nord-Sud), sur des terres que lui prête Pierre Ricard, propriétaire des Jardins Ricard. « Un homme très ouvert et d’une grande aide », souligne Paterne. Un deuxième site voit le jour à Sainte-Brigitte-des-Saults, en 2017.

Les supermarchés des grands centres commercialisent des légumes exotiques, mais en région, il n’y en a pratiquement pas, alors que le besoin est là. Et pour le satisfaire, « les communautés locales se sentent contraintes d’importer, depuis des milliers de kilomètres, des légumes qui ne sont pas produits ici », note Paterne. Accroître la disponibilité de ces légumes « donne l’occasion aux communautés de manger des produits locaux, frais, sains, naturels et à coûts très abordables ».

Lire l’article complet dans l’édition d'avril 2019 du Coopérateur

 

* Originaire de Saint-André-d’Argenteuil, John Abbott a été le troisième premier ministre du Canada, de 1891 à 1892.

Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

patrick.dupuis@lacoop.coop

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

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