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S'arrêter et faire le plein d'énergie

Les sapins sont décorés, les guirlandes illuminées sont accrochées aux maisons et les projets de congés se précisent… mais peut-être pas pour vous?

On le sait, prendre congé quand on est producteur agricole, ce n’est pas une mince affaire. Pire, ça paraît impossible pour beaucoup. Pourtant, que ce soit pour protéger sa santé mentale ou physique, conserver sa motivation au travail ou préserver son équilibre travail-vie personnelle, il faut bien s’arrêter de temps en temps. Entretien avec Pierrette Desrosiers, psychologue auprès d’entrepreneurs agricoles.

Pourquoi devrait-on prendre du temps pour se reposer?

Parce que si on n’en prend pas, on est plus à risque d’accidents ou d’erreurs de jugement, on est moins efficient, plus irritable et plus insatisfait, et ça rend malheureuses les personnes autour de nous. En fin de compte, il n’y a que des effets négatifs à accumuler des heures.

Les vacances sont-elles efficaces pour se sentir mieux?

Des vacances, c’est quand on part et qu’on va quelque part pour décrocher. C’est souvent associé à une durée, d’environ une ou deux semaines. Bien que nécessaires, les vacances ne sont toutefois pas suffisantes pour conserver sa santé mentale et son efficacité. Leur effet ne dure que de quelques jours à quelques semaines. Qui plus est, c’est parfois difficile, voire impossible, de partir. Il faut que ça s’ajoute à autre chose : les congés (des absences de quelques heures ou jours) et les pauses (de quelques minutes). 

Quelle est la recette des pauses, des congés ou des vacances réussis?

On peut dire qu’il y a quatre caractéristiques ou expériences qu’on doit vivre quand on prend des congés, des pauses ou des vacances. Deux d’entre elles servent à faire le vide, alors que les deux autres aident à faire le plein… d’énergie!


Faire le vide

1. Détachement psychologique (physique et virtuel)

Pour certains producteurs, il est très difficile de se détacher en restant sur les lieux du travail et ils doivent s’en aller physiquement. En effet, comment voulez-vous qu’ils décrochent s’ils voient l’employé ou la relève arriver en retard, et qu’ils ont toujours le travail sous les yeux? 

Le détachement psychologique est également virtuel. Même s’il est à Cuba, les deux pieds dans le sable, un producteur qui continue à regarder son cellulaire 12 fois par jour pour suivre ses résultats ne peut pas se reposer. Son état d’esprit est encore submergé par l’entreprise. 

2. Relaxation physique et mentale

Il faut compléter l’arrêt en ayant une sensation de relaxation. On peut penser à faire des activités calmes : lire, regarder la télévision, faire la cuisine, faire une sieste, marcher, prendre un bain, etc. 


Faire le plein d’énergie

3. Sentiment de maîtrise

Toute activité en dehors de la zone de travail qui nous amène à nous dépasser et à maîtriser quelque chose de nouveau, même s’il y a un effort à accomplir, est très stimulante et valorisante. Ce peut être n’importe quoi où on sent qu’on s’accomplit et qui nous amène à nous dire : wow, j’ai réussi, je m’améliore! Jouer au piano, faire de petites rénovations, fabriquer une cabane à oiseaux, faire des sudokus ou encore pratiquer un sport. Et bien sûr, on doit se connaître pour savoir ce qui nous plaît, puisque ce qui est bon pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. 

4. Sentiment de contrôle sur le temps libre

Si, durant un arrêt, l’horaire est établi par d’autres personnes, le sentiment de congé ne sera peut-être pas au rendez-vous. Il faut arrêter de se faire des listes détaillées en vacances. Faire le tour de la Gaspésie en quatre jours, c’est peut-être trop!

Se déconnecter complètement, est-ce possible?

Il faut être réaliste. Demander à un entrepreneur de ne pas prendre de nouvelles pendant une semaine, c’est improbable. L’important, c’est de se donner des règles : par exemple, en regardant les courriels une ou deux fois par jour maximum, pendant 15 minutes. L’enjeu est qu’apprendre quelque chose de négatif peut gâcher les vacances.

Peut-on préparer son absence?

Oui. Il faut préparer son remplaçant. S’il n’a pas toutes les réponses, il faut lui suggérer de faire appel à d’autres personnes qui, elles, sauront l’aider. Le remplaçant doit aussi être avisé qu’il ne doit pas déranger le producteur durant ses vacances pour un problème que celui-ci ne peut pas régler. Si une vache est morte, elle ne reviendra pas. Pourquoi annoncer cette mauvaise nouvelle au producteur, qui se sentirait mal? Si ce n’est pas une situation qui demande les connaissances ou l’expertise du producteur, le remplaçant devrait éviter de l’en informer.

Comment peut-on intégrer les pauses à un horaire de travail surchargé?

En faisant, par exemple, des micropauses. Les gens s’attendent trop à investir dans quelque chose de gros pour que ça fasse du bien, alors que même un petit 15 minutes peut aider. 

Si on a l’impression de perdre son temps quand on prend des pauses ou des congés, il faut se rappeler ceci : on est beaucoup plus efficace quand on prend des congés. Des 70-80 heures d’efficacité égale, ce n’est pas possible. 
Et quand on me dit : « Pierrette, je n’ai pas les moyens de prendre du temps pour moi », je réponds : « As-tu les moyens de ne pas en prendre? Parce que ça coûte cher de ne pas en prendre. »


Coopératives de remplacement agricole

Il existe au Québec deux coopératives offrant un service de remplacement de main-d’œuvre agricole. Elles donnent un répit aux producteurs membres, en majorité des producteurs laitiers, pour qu’ils puissent prendre des vacances, s’absenter en cas de maladie, obtenir un coup de main pour alléger leurs tâches ou encore profiter d’un moment de qualité en famille. Des impératifs de santé mentale et des défis de main-d’œuvre, entre autres, ont donné une impulsion à l’idée des coopératives de remplacement, où il est possible de trouver des personnes compétentes, qui maîtrisent les technologies utilisées et qui sont autonomes.

La Halte
Caroline Grégoire
819 291-0882
coop.solidarite.agricole@gmail.com

Le Relait
Pierre-Luc Gaudreault
418 542-5666, poste 216
plgaudreault@upa.qc.ca


Photo : iStock

Stephanie.McDuff@sollio.coop

Stéphanie est Coordonnatrice à l'édition pour la revue le Coopérateur depuis mars 2021. Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires. 

Stephanie.McDuff@sollio.coop

Stéphanie est Coordonnatrice à l'édition pour la revue le Coopérateur depuis mars 2021. Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires.