Plus de vert, moins de risques

Chronique de Renaud Péloquin sur l’importance de la photosynthèse pour la santé des sols et, ultimement, le rendement de nos cultures.

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Agroenvironnement
Champ de soya en croissance

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Renaud Péloquin

Renaud Péloquin

Producteur et administrateur chez Agiska Coopérative

Un mot m’a marqué lors d’un colloque sur la santé des sols auquel j’ai assisté en décembre dernier. Un mot pourtant simple, presque banal, mais auquel je n’avais jamais vraiment réfléchi sous cet angle : la photosynthèse. C’est Odette Ménard, agronome et conférencière passionnée par la santé des sols, qui l’a mis au centre de ses propos.

Avec le recul, je comprends de plus en plus que la santé des sols commence par notre capacité à favoriser la photosynthèse le plus longtemps possible au cours de l’année. Chaque période où un champ n’est pas vert représente une perte directe d’énergie solaire, donc une perte de potentiel pour le sol. Dans un contexte où chaque saison compte et où la météo devient de plus en plus imprévisible, ces pertes finissent toujours par se refléter sur la stabilité des rendements et sur la rentabilité de la ferme.

Ce n’est pas un hasard si la forêt demeure l’exemple par excellence d’un sol en santé : diversité végétale, couverture continue, racines actives en permanence. Les prairies et les plantes fourragères pérennes suivent de près. Dans notre ferme, à l’époque où nous avions encore des vaches et des champs de foin, on le constatait année après année : le champ de maïs qui suivait un champ de foin affichait presque toujours un potentiel de rendement élevé. Malgré les aléas, cette parcelle conservait une grande constance.

C’est là que la santé des sols prend tout son sens : dans la stabilité. La capacité d’un champ à performer même lorsque les conditions sont loin d’être idéales. En agriculture, il faut se rappeler qu’on n’a qu’une chance par année. Une seule. Si on demandait à des entrepreneurs d’investir dans une entreprise qui n’a qu’une occasion de réussir par année, bien peu accepteraient de le faire. Pourtant, c’est exactement ce que nous faisons chaque printemps.

Dans chaque ferme, il y a presque toujours un champ qui performe, peu importe l’année. Un sol bien drainé, sans compaction, capable à la fois d’évacuer l’excès d’eau et d’en retenir suffisamment en période sèche. L’objectif ultime, c’est de rapprocher tous nos champs de ce niveau de constance. Et la clé n’est ni un produit miracle ni une recette universelle : elle se trouve dans la santé des sols. Un sol nourri, équilibré, où l’on maintient des racines vivantes le plus longtemps possible. Ensuite, il faut adopter une façon de faire cohérente pour préserver cet équilibre.

C’est pour cette raison que je dis souvent que nous sommes d’abord des gestionnaires de risques. Notre quotidien consiste à composer avec l’incertitude : la météo, les marchés, les coûts. Et paradoxalement, ce risque devient parfois un frein au changement. Modifier ses pratiques, c’est inconfortable, surtout quand le risque est déjà élevé. Mais si on veut réellement améliorer la santé de nos sols, on doit accepter de faire autrement.

Investir dans la santé des sols, ce n’est pas une dépense environnementale de plus. C’est un investissement économique. C’est une stratégie pour réduire les pertes de rendement, stabiliser les revenus et mieux encaisser les coups d’une météo de plus en plus imprévisible.

La santé des sols ne garantit pas une bonne année. Mais elle augmente fortement les chances d’en éviter une mauvaise. Et en agriculture, c’est souvent là que se joue la rentabilité.

Cette chronique est parue dans le Coopérateur de mars 2026.

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