Oui grand-papa, j’ai choisi de continuer dans la ferme familiale
Chronique de Renaud Péloquin qui nous explique comment il a su développer sa propre passion pour l’agriculture et l'implication.
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Chaque fois que je participe à des événements agricoles, notamment ceux organisés par les sociétés d’agriculture, je me surprends à repenser à mon grand-père. Pas à cause d’un moment précis, mais plutôt à cause de l’esprit qui y règne : les échanges, l’implication, la fierté collective de faire vivre notre milieu. J’imagine souvent ce qu’il penserait de ce que nous sommes devenus.
Ça fait maintenant dix-sept ans qu’il n’est plus des nôtres. Quand il est décédé, j’étais à l’université. À ce moment-là, mon avenir n’était pas encore clairement défini. L’agriculture faisait déjà partie de moi, mais la ferme n’était pas encore assez grande pour faire vivre deux familles à temps plein. Mon parcours était rempli de points d’interrogation.
Je me voyais davantage comme directeur de comptes agricoles dans une institution financière. Une carrière cohérente, stimulante, qui m’aurait permis de rester près du milieu agricole. La relève se serait peut-être faite plus tard, à la retraite de mon père. C’était une trajectoire raisonnable.
Mais il manquait quelque chose.
Mon grand-père, lui, était un passionné de vaches et d’expositions agricoles. Les animaux, la préparation, les jugements, la fierté de présenter son travail faisaient partie de sa vie. Producteur engagé, il a aussi été président de sociétés d’agriculture de Richelieu et de Saint-Hyacinthe. De plus, il a été maire de Sainte-Victoire-de-Sorel. Il croyait profondément à l’importance de s’impliquer, d’assumer des responsabilités et de contribuer à faire grandir son milieu.
Pendant longtemps, je me suis demandé si je pouvais réellement m’inscrire dans cet héritage. J’aimais l’agriculture, mais je sentais que je n’étais pas animé par la même passion que lui. On pourrait dire que j’étais jeune et naïf. Mais, avec le temps, j’ai découvert une voie.
C’est en développant les grandes cultures, en travaillant les sols, en réfléchissant aux rotations, aux risques et aux décisions et à leurs effets à long terme que j’ai trouvé ma place. Ce n’était pas l’agriculture qui me manquait, mais ma façon de la vivre. À partir de ce moment-là, j’ai su que je pouvais m’engager pleinement, à ma manière, sans renier ce qui m’avait été transmis.
L’achat d’une autre ferme dans notre village a marqué un tournant majeur. Cet agrandissement n’a pas seulement donné de l’ampleur à l’entreprise, il lui a redonné une solidité, une continuité. Aujourd’hui, la ferme peut faire vivre deux familles à temps plein, et même trois, comme en ce moment. Elle est encore debout. Elle a grandi. Et elle est respectée.
Avec le temps, j’ai aussi ressenti ce besoin de m’impliquer, de redonner au milieu agricole, comme mon grand-père l’a fait avant moi. Pas dans les mêmes lieux ni de la même façon, mais avec la même conviction. Que ce soit par la coopérative, les clubs-conseils ou maintenant l’écriture, j’ai compris que cet engagement fait partie de moi. Qu’il coule dans mes veines.
Aujourd’hui, j’aimerais tellement que mon grand-père puisse voir tout ce qui a été accompli. Voir que, malgré les épreuves, on a tenu bon. Que la ferme est toujours là. Que son fils a réussi à la transmettre. Que ses petits-enfants ont trouvé leur place. Et que le nom qu’il a porté avec fierté continue de résonner dans le milieu agricole.
Alors oui, grand-papa, j’ai continué dans l’entreprise familiale. À ma façon.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur d'avril 2026.