Mesurer la santé physique du sol, la présence de nitrate et la quantité de nutriments
À la Ferme de recherche en productions végétales de Sollio Agriculture, trois experts ont présenté des outils et stratégies pour mieux se mesurer.
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« On ne gère pas ce qu’on ne mesure pas! » C’est ce que déclare Jean Caron, agronome-conseil chez Édaphis inc. et professeur semi-retraité de physique des sols de l’Université Laval. Il donne ainsi le ton à la présentation donnée à la centaine d’experts-conseils venus se former à la Ferme de recherche : aujourd’hui, on va entendre parler des stratégies pour mieux mesurer ce qu’on a dans le sol.
Un diagnostic de la santé physique des sols
Jean Caron est formel : les sols du sud et du centre du Québec en grandes cultures se dégradent et la dégradation atteint un niveau qui affecte les rendements, malgré tous les efforts de conservation mis en place. L’effet est majeur : il parle d’une perte de 10 % de profits par an et de 5 kg de nitrate/ha/jour d’asphyxie. Et alors que la recherche démontre qu’on pourrait aller chercher un rendement de 18 à 20 T/ha/an, la moyenne québécoise se situe plutôt autour de 10 à 11 T/ha/an.
« La plupart du temps, dans les champs, on rencontre des problèmes de physique mal gérés, souligne l’agronome. On pense pouvoir les régler par l'ajout d'engrais, mais on atteint les limites. Selon certains essais qu'on a faits dans des sites à bas potentiel, le sol s’asphyxie et l’azote se dénitrifie (part en gaz). Certains sols ne répondent plus efficacement à l’azote. Le producteur est pris dans un système qui s'enraye. De plus, les sols lourds peuvent continuer à se détériorer parce qu'il s'agit initialement d'argiles marines, imperméables, et c'est ce qu'elles peuvent redevenir. Si on n'implante pas de rotations et qu'on n'ajoute pas de matière organique, on va perdre de plus en plus de production. »
Que faut-il faire? D’abord, il faudrait sérieusement réfléchir à l’impact des équipements utilisés dans les champs, trop lourds. « À la récolte, la remorque à grains qui suit la récolteuse, c'est un des pires scénarios, explique Jean Caron. Elle surcharge le sol. La charge à la roue à un mètre de profond a augmenté de 5 fois (500 %) dans les 40 dernières années. C'est trop pour les capacités portantes des sols. »
Ce n’est pas qu’en surface que le problème se manifeste : c’est en profondeur. Un mètre sous nos pieds, le sol s’écrase sous les roues, s’imperméabilise et asphyxie à petit feu le sol et la rentabilité des fermes. Or, comme on ne le voit pas, on ne le sent pas vraiment non plus. Comment faut-il d’abord intervenir?
Par un vrai diagnostic, souligne Jean Caron. Ce diagnostic doit idéalement mesurer la masse volumique apparente, la porosité en air, la diffusivité relative des gaz, le taux respiratoire, le rabattement et la conductivité hydraulique saturée du sol. Cette caractérisation de la santé des sols, que les experts-conseils peuvent ajouter à leur arsenal de compétences, révélerait une réelle compréhension du profil de sol, et c’est par elle qu’il faudrait commencer avant même de créer un plan de drainage et de gestion des sols.
Un Guide de santé physique du sol sera bientôt publié par le CRAAQ, pour ceux qui aimeraient approfondir le sujet.
Le drainage et l’azote « Quand on draine un sol, c'est pour gérer l'eau, mais aussi pour s'assurer que c'est bien aéré en surface pour permettre aux racines de respirer et de se développer en profondeur et aux microbes de déminéraliser la matière organique. On mesure donc la respiration et la diffusion en surface, et on s'aperçoit que, maintenant, le sol en surface est en train de se tasser en plus de le faire en profondeur, explique Jean Caron. Les racines ont donc de la difficulté à respirer, mais les microbes, eux, sont capables de continuer à respirer. Ils vont utiliser l'azote sous forme de nitrate. Une partie de l'azote ajoutée par les agriculteurs va alors être perdue par dénitrification, ce qui se traduit par des pertes de rendement et une augmentation éventuelle des coûts de production. » |
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Une analyse du taux de nitrate avec une sonde
Hortau lance cette année une sonde qui permet de détecter le taux de nitrate dans le sol. La sonde optique par ultraviolet donne en temps réel et en continu les seuils de nitrate présents dans le sol, permettant ainsi d’ajuster sur mesure la quantité et le moment de la fertilisation.
Comme les champs, bien sûr, varient, il faut prévoir avoir au moins une sonde par traitement et peut-être d’autres stations selon les parcelles. Les sondes sont actuellement à l’essai à la Ferme de recherche.
Une analyse des nutriments en direct du champ
On passe à la caisse enregistreuse dans le champ? C’est un peu l’effet que donne la machine de Picketa, dotée d’un « scanner » à feuilles! Mais loin de révéler les prix de chaque plant, c’est plutôt la quantité de nutriments présents que l’appareil détecte, en une fraction de seconde, sans même passer par le labo. On se croirait à la caisse express!
L’appareil permet notamment d’identifier les carences d’une culture et d’agir rapidement pour pallier le problème. S’il n’a pas la fiabilité absolue d’une analyse de laboratoire, il s’en rapproche très bien (à peine 10 % d’écart de diagnostic) et offre l’avantage non négligeable d’obtenir une réponse à la seconde près. Le Picketa LENS analyse jusqu’à 13 éléments nutritifs des cultures et permet actuellement d’évaluer les cultures de pommes de terre, de maïs, de soya et de blé. Des essais sont en cours pour les plantes fourragères, le maïs et plusieurs plantes maraîchères.
Des outils pour mieux outiller les experts-conseils
Plusieurs essais sont effectués dans les trois hectares de parcelles d’essai de la Zone 4B (la bonne dose, du bon produit, au bon endroit, au bon moment), à la Ferme de recherche. Parmi les indicateurs évalués, on retrouve le rendement, bien sûr, mais également la santé des sols. Un profil de sol minutieux a d’ailleurs été fait avant que ces tests débutent en 2025. Les outils et stratégies présentés au cours de la journée serviront à ainsi plusieurs fins :
« Toutes ces technologies évaluées serviront à mieux outiller les experts-conseils dans la gestion des nutriments auprès des producteurs agricoles, explique Lucie Kablan, Ph. D., agr., directrice à l’innovation chez Sollio Agriculture. Dans la zone 4B, nous évaluons une meilleure gestion des nutriments. Mais lorsqu'on parle de gestion 4B des nutriments, cela passe par une bonne santé des sols. Les équipements de santé physique utilisés par Jean Caron permettent de s'assurer que nous sommes dans les bonnes conditions de sols pour bien gérer les nutriments évalués. »
« Pour la sonde nitrate, c'est une première en grandes cultures, ajoute-t-elle. Nous sommes en présence de cultures (blé, maïs) qui ont une demande en azote élevée. Le suivi en nitrate disponible permet de mieux gérer les pertes ou les manques en azote. Le producteur pourra ainsi mieux gérer son azote. L'outil de Picketa, lorsqu'il sera calibré avec les données de chaque province ou région, permettra quant à lui un meilleur suivi des carences dans le champ et d'ajuster rapidement pour les corriger. »