La COVID-19 touche de plein fouet la Ferme Kiry
Au cours du mois de mai, le Coopérateur vous présente une série de reportages pour montrer l'impact de la COVID-19 à la ferme. Les producteurs photographiés ont accepté de porter un masque à titre de référence de cette période unique dans l'histoire de l'humanité. Nous les remercions. Voici le premier reportage de cette série.
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Saint-Félix-de-Valois. « Nous sommes habitués à vivre en confinement », dit Kim Emery, 29 ans. Ils sont trois, avec son père, Claude, 57 ans, et un employé, à gérer les 11 poulaillers de la ferme Kiry. Chacun a la responsabilité de son lot de bâtisses. Si on ne se croisait pas beaucoup sur le site de l’entreprise « dans l’ancien temps », on fait encore plus attention depuis que la COVID-19 a stoppé l’économie du Québec, il y a six semaines.
Confinés chez soi, les Québécois ne vont plus écouter un match de hockey à la Cage aux sports ou manger en famille au Saint-Hubert. Les HRI (hôpitaux, restaurants, institutions) représentent 40 % du marché de la volaille au Québec et au Canada. Résultat : la pandémie se répercute sur toute la chaine d’approvisionnement1, du couvoir aux abattoirs, aux épiceries, en passant par la ferme.
Une coupure de 15 %
« On doit couper 15 % de notre production dans chacune de nos deux prochaines périodes d’élevage », poursuit Kim. Cette mesure préventive annoncée par les Éleveurs de volailles du Québec vise « à libérer des crochets » et éviter une fermeture d’abattoir comme cela s’est produit à l’abattoir d’Olymel à Yamachiche2.
L’abattoir de porc a été fermé pendant deux semaines à cause d’une contamination des employés. Il a rouvert presque à plein régime3 en adaptant les lignes d’abattage et une distanciation sociale pour protéger les travailleurs.
« Cette coupure de 15 % va faire mal! », ajoute Kim. Pour son entreprise, qui met en marché 1,3 million de poulets à griller par an, les pertes se traduisent en milliers de dollars. Sans compter l’arrêt des bonus octroyés par l’abattoir. Cette tape dans le dos pour souligner son bon travail se chiffrait à 33 000 $/an.
Malgré tout, Kim Emery se dit chanceux. Avant la pandémie, l’entreprise roulait à 150 % de son quota. Si bien qu’il envisageait d’acheter un autre site de trois poulaillers, un investissement de 1,3 million $ incluant une mise à niveau technologique, dont la possibilité de gérer les installations grâce à son téléphone cellulaire.
Selon le jeune éleveur, la pandémie freine brusquement les projets d’investissements. Les producteurs qui sont déjà engagés dans la construction de nouveaux poulaillers ou qui ont acheté du quota dans le dernier encan risquent d’être en mauvaise posture financière.
« Il n’est pas question pour moi de m’égorger pour rembourser du quota à 1850 $/m2 pendant les trente prochaines années », souligne-t-il. La pandémie ramène son quota de production à environ 130 %. Et il compte assurer la croissance de son entreprise en s’alignant sur celle du marché, soit environ 2 % par année. Mais bien malin celui qui peut prédire si la chair de poulet restera la viande la plus populaire au pays dans un monde post-pandémie.
La vie de famille
Kim et sa conjointe, Audrey Pilon, et leurs trois garçons, Ludoick, 6 ans, Malek, 5 ans, et Logan, 2 ans, semblent vivre sous un dôme étanche à la pandémie. Les bambins jouent ici dans un immense carré de sable ou se font bercer par leur grand-père, Claude, avec en arrière-plan les immenses poulaillers.
On semble à des années-lumière de Montréal où de nombreux jeunes couples vivent avec des enfants survoltés, confinés dans des appartements étroits. Et où les grands-parents, pour leur propre sécurité, n’ont pas le droit d’approcher leurs petits-enfants.
Le danger d’une contamination à la ferme est toujours possible par l’entremise d’un livreur de propane, de moulées, d’un travailleur d’une équipe de ramasseurs de poulets, voire d’un reporter.
Le mot de la fin appartient à Audrey qui, depuis le début de la crise, travaille au Centre de la petite enfance (CPE) Fleur Soleil à Saint Félix de Valois. « On s’occupe des enfants des travailleurs de la santé », dit-elle, « et on prend toujours toutes nos précautions ».