Un avant-goût de l’alimentation porcine du futur

Comment nourrirons-nous les cochons demain? Nous avons parlé à trois experts qui ont… la puce à l’oreille! De la mangeoire à l’abattoir, il y a de quoi rester… estomaqué devant l’alimentation porcine du futur!

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Témoignage et entrevue
Alimentation
Porcins en train de se nourrir.
Les aliments constituent grosso modo 60 % du coût de production. Le défi : alimenter efficacement les animaux, avec précision et flexibilité, sans gaspillage ni sur ou sous-alimentation.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

On les alimentait avec des restes de table, puis à la gamelle, dans des porcheries et dans des auges collectives ou individuelles, remplies à la main ou avec des systèmes mécaniques rudimentaires. Aujourd’hui, dans les sections mise bas ou les blocs gestation de truies en liberté, les systèmes automatisés gagnent en popularité. On veut que chaque animal profite de sa ration, sans gaspillage, tout en diminuant les rejets dans le lisier. Et comme « quand l’appétit va, tout va » (enfin presque), si le système est capable de fournir des données sur la consommation et le poids des animaux, c’est encore mieux!

Précision et flexibilité

Pour Pierre Lessard, nutritionniste en alimentation porcine chez Olymel, voilà les mots clés que l’on pourrait attribuer à un bon système d’alimentation automatisé pour les truies en gestation. « Précision : chaque animal peut disposer de sa ration, à la quantité qui lui a été attribuée, sans se faire voler des aliments par un congénère. Flexibilité : on doit pouvoir rendre facile la prise en charge d’une population d’individus aux besoins nutritifs très variables, et qui varient en plus selon le stade de gestation », explique-t-il.

Ainsi, avec le minimum d’intervention, on devrait pouvoir ajuster facilement la quantité d’aliments offerts selon l’état de chair, selon le rang de parité, selon le stade de gestation, selon les nouvelles connaissances à venir, etc.

Imagerie et algorithmes

Boule de cristal : l’automatisation ira croissant. Bientôt, tout le bétail sera fiché, puce de reconnaissance à l’oreille. « La prochaine étape, ce sera l’utilisation d’une technologie qui nous permettra, avec un minimum d’intervention, de maintenance et de coût, d’estimer le poids des animaux et possiblement leur état de chair », croit Pierre Lessard. L’utilisation de scanneurs corporels, de caméras 3D ou autres technologies permettant de suivre l’évolution du poids des animaux ouvrira la porte à une plus grande automatisation de l’alimentation des porcs.

Actuellement, les porcs en croissance reçoivent quatre ou cinq « phases » (aliments) : le contenu énergétique augmente et le contenu protéique diminue d’une phase à l’autre. Inévitablement, avec ce système, on suralimente ou sous-alimente légèrement les animaux. En comptant sur deux aliments aux profils énergétique et protéique distincts, servis en proportions différentes (blend feeding) selon le stade de croissance ou le besoin individuel de chaque animal, on arrivera peut-être bientôt à une efficacité qui permettra de réduire le coût d’alimentation. Néanmoins, l’équipement nécessaire à ces avancées technologiques reste à venir, selon Pierre Lessard.

Chez les truies en gestation, qui consomment typiquement leur ration quotidienne en un seul repas, les avantages de l’alimentation de précision demeurent à clarifier. Dans les enclos de gestation en groupe, compter sur des stations d’alimentation autobloquantes, qui permettent une consommation au rythme de l’animal et selon son rang de parité, est pertinent. On sait que les cochettes ont des besoins différents de ceux des truies matures.

En section de mise bas, les systèmes automatisés permettent de réduire le gaspillage, de fractionner les repas pour stimuler la consommation, de faire appel à moins de main-d’œuvre pour l’alimentation et de surveiller à distance la moulée lactation consommée.

Big Dutchman

Le producteur de porcelets Sylvain Bouffard est aussi représentant commercial pour l’équipementier allemand Big Dutchman. Cette entreprise, qui compte 3500 employés et est présente dans plus de 100 pays, se distingue par la robustesse de ses équipements et la facilité à obtenir des pièces de rechange – pandémie ou pas. Comme son Service de recherche et développement est en Europe, ce géant de l’alimentation des monogastriques est à l’affût des tendances en matière de bien-être animal – un atout, selon Sylvain Bouffard.

D’après lui, les producteurs sont très intéressés par la connectivité que permettent les équipements, car leurs entreprises grossissent et ils veulent suivre les performances à distance. Les possibilités de « l’alimentation multiphase à l’infini », comme le dit Sylvain, font aussi rêver. Mais étant producteur lui-même, l’homme garde les deux pieds sur le caillebotis, en vendant des équipements dont la rentabilité a été vérifiée.

Monitrol

Stéphane Grégoire, conseiller technique chez Monitrol, a longtemps alimenté les truies deux fois par jour quand il aidait dans la maternité son père. Aujourd’hui, c’est huit fois par jour! Sur le système Nutri-Sow, qu’il propose aux éleveurs, des voyants lumineux DEL de différentes couleurs permettent de repérer rapidement si une truie mange bien (vert), est en dessous de sa consommation projetée (jaune), ne mange pas beaucoup (rouge) ou pourrait manger plus (bleu).

« La nutrition, c’est la base, rappelle l’expert. Une truie dont l’alimentation est bien structurée produit beaucoup de lait pour ses porcelets et améliore son état de chair pour l’insémination à venir. Il est crucial de surveiller la consommation, d’autant plus que la lactation s’est allongée ces dernières années. » Le distributeur d’aliments peut relayer les données pour chacune des truies vers le système infonuagique FarmQuest, de Monitrol. Ces données sont ainsi archivées et consultables sur appareils fixes ou mobiles, ce qui donne la possibilité de composer des courbes de consommation personnalisées pour les truies, d’une parité à l’autre.

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