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Une relève mixte pour la Ferme Charpierre!

Florent Lapierre et Céline Richard décident en 2014 de robotiser leur étable. En régie bio depuis plus de 30 ans, le travail physique commence à peser lourd. Leurs objectifs : permettre la continuité de l’entreprise et alléger la besogne!

Âgés respectivement de 60 et 57 ans, Florent et Céline ont trois enfants dont l’intérêt pour la ferme ne se manifeste pas. Du moins, pas dans ces années-là. L’horizon de continuité est toutefois envisageable grâce à leur employé, Mathieu Proteau, qui démontre depuis son embauche à temps plein en 2011 une volonté de travailler longtemps à la Ferme Charpierre. 

« On était confiants, raconte Florent. On voyait notre voisin rénover son étable et on s’est dit : “Pourquoi pas nous?” Après avoir visité quelques fermes laitières en régie bio de la région du Bas-Saint-Laurent, on a décidé d’aller de l’avant avec notre projet. » Céline renchérit : « On n’avait pas de dettes et encore un peu de folie en nous pour nous lancer à 60 ans dans une nouvelle aventure ».  

Les travaux débutent au printemps 2015 et les premières traites robotisées ont lieu en novembre. Tout se déroule assez bien dans l’ensemble. Le troupeau compte, à ce moment-là, un peu plus de 100 têtes, dont près de 60 vaches en lactation. 

L’arrivée d’une relève extérieure

Parmi les employés engagés surtout l’été pour les travaux aux champs figure Guillaume Audet, conjoint de Daphnée Lapierre, la plus jeune des trois enfants du couple propriétaire. Diplômé en technologie minérale, Guillaume a d’abord travaillé dans son champ d’expertise avant de faire le grand saut : celui d’une nouvelle carrière en agriculture. 

C’est en 2018 que la décision se prend. « C’était lors d’un souper du temps des fêtes 2017, se souvient Guillaume. Florent et Céline ont laissé entendre qu’ils avaient besoin de relève et que je pourrais éventuellement en faire partie. » Gagné par un flot d’émotions qui lui traverse le cœur, Guillaume s’arrête momentanément de parler. « Moi, j’étais en arrêt de travail à cause d’une opération, poursuit Daphnée Lapierre. Un travail que je n’aimais pas tellement et que je songeais sérieusement à laisser. Après avoir réfléchi à la proposition de mes parents, Guillaume et moi avons quitté notre emploi au cours des mois qui ont suivi. » 

Représentante Tupperware durant ses temps libres, Daphnée décide de consacrer plus de temps à cette occupation et envisage, elle aussi, l’option de participer au futur de l’entreprise en assumant, entre autres, tout le volet administratif et financier de l’entreprise puisqu’elle possède un AEC en comptabilité. 

À la recherche de la ferme parfaite

Mathieu Proteau a pour sa part fait un DEP en production laitière dans le but de prendre la relève de ses parents. Les défis de la ferme familiale de Saint-Romain sont nombreux et son père décide de faire encan en 2006. « J’étais déçu, mais je comprenais pourquoi le projet d’établissement n’était pas réaliste, explique Mathieu. Je voulais travailler dans une ferme laitière et je cherchais des entreprises dynamiques et sans relève familiale. »

En 2011, après avoir discuté de ce projet avec un conseiller du MAPAQ qui l’encourage à persévérer dans ses recherches, Mathieu sillonne les rangs de Saint-Sébastien-de-Frontenac, à quelques kilomètres du lac Mégantic. Il se fait embaucher à la Ferme Charpierre inc. « Florent et Céline connaissaient mes intentions, se rappelle Mathieu. De mon côté, je ne voulais rien bousculer et je leur faisais confiance. »

Une préparation de deux ans

C’est à la fin du printemps 2018 que l’équipe de relève commence à travailler ensemble. L’adaptation n’a pas été difficile. Daphnée, Mathieu et Guillaume se connaissaient depuis longtemps et le doigté de Florent et de Céline pour les relations humaines facilite les communications. « Nous étions très conscients des enjeux entourant ce projet de transfert à trois jeunes, dont deux ne sont pas nos enfants, précise Florent. On a pris notre temps et on ne voulait pas brûler d’étapes. Richard et Audrey, nos deux autres enfants, ont eu besoin de cheminer avec cette idée », explique Céline. 

Pour s’assurer de ne rien oublier et surtout de prendre le temps d’échanger ensemble, le service du Centre multi-conseils agricoles de Chaudière-Appalaches est consulté. La conseillère en transfert Brigitte Paré et le conseiller en gestion Michel Vaudreuil accompagnent l’équipe en l’aidant à clarifier les dimensions humaines et financières du projet de transfert et aussi en faisant le lien avec les autres intervenants liés au financement, à la fiscalité et aux aspects notariés. 

Une copropriété équitable

Une association en parts égales entre les trois jeunes est choisie. Les parents ne garderont pas d’actions décisionnelles. « On a eu notre mot à dire, et ce, même si on se retirait de la gouvernance, explique Florent. Heureusement qu’on a eu de l’aide, car ce ne sont pas des questions faciles à discuter. » 

Deux ans d’échanges, de réflexion et de rencontres sont nécessaires pour définir le projet d’établissement et s’entendre sur celui-ci. C’est en 2020 qu’ont lieu les signatures officielles de la transaction et de la convention d’actionnaires. La ferme compte alors un quota de 80 kg et 162 hectares (400 acres) de terres en culture. 

Depuis, le volume de production de lait est passé à 100 kg pour un troupeau de 150 têtes, dont un peu plus de 80 vaches en lactation. 

Une formule gagnante

Florent poursuit sa participation aux travaux de la ferme. La tâche est moins lourde et il aime donner un coup de main aux jeunes. « Après le souper, il aime aller faire sa marche », sourit Céline en sachant très bien ce que ça veut dire : aller faire une visite à l’étable pour s’assurer que tout va bien! 

Pour sa part, Daphnée donne un coup de main aux travaux, s’occupe de la comptabilité et s’est hissée au deuxième rang des meilleures vendeuses Tupperware au Canada! « Ce sont surtout les gars qui font le gros du travail d’étable et des champs. J’organise des rencontres d’équipe à raison d’une fois par mois où l’on prend le temps de se jaser des projets et de regarder les finances. » 

Daphnée se sent redevable à son conjoint et à Mathieu : « Je n’aurais jamais été capable de prendre la relève toute seule », confie-t-elle. Mathieu et Guillaume partagent le même point de vue. « Nous avons besoin les uns des autres. C’est réellement une formule gagnante », poursuit Guillaume. Papa de deux enfants, Mathieu est reconnaissant d’avoir autant de flexibilité dans son horaire et d’avoir deux fins de semaine sur trois de congé. « C’est rare que l’on voie cela en production laitière! »

Daphnée Lapierre représente la quatrième génération de la famille Lapierre à cultiver cette terre. « On est contents, c’est vrai, conclut Florent. Mais ce qui est plus important et satisfaisant pour nous, c’est de voir la ferme continuer d’exister et de se développer! »

Photo par Isabelle Éthier

Isabelle Éthier

QUI EST ISABELLE ÉTHIER
Isabelle est conseillère en gestion organisationnelle et relations humaines en milieu agricole.

isa.ethier4@gmail.com

QUI EST ISABELLE ÉTHIER
Isabelle est conseillère en gestion organisationnelle et relations humaines en milieu agricole.