Olofer entre mission et passion
Sans doute la plus importante entreprise de flocons d’avoine du Québec, la Ferme Olofée continue de nourrir les Québécois, naviguant – ou olofant, comme le veut le terme marin – entre sa mission placardée à la vue de tous et la tonne de passion qu’il faut pour transformer annuellement 18 000 tonnes d’avoine.
Auteurs de contenu
« C’est plus que juste une job, c’est une mission et une passion : on produit une avoine de qualité exceptionnelle pour nourrir les Québécois. » Entre deux appels et deux courriels, la directrice générale d’Olofée, Virginie Lepage, flanquée de son frère Raphaël, directeur des productions végétales, et de sa sœur Rose-Alice, directrice d’usine, accorde au Coopérateur une entrevue vidéo pour souligner le 20e anniversaire du concours Prix établissement et transfert de ferme, qu’ils ont remporté en 2017.
Voilà cinq ans que le magazine n’avait pas pris de leurs nouvelles. Les sujets fusent. L’achat local? « On continue de s’approvisionner le plus localement possible », clame Virginie, si bien qu’Olofée achète environ 80 % de l’avoine du Saguenay–Lac-Saint-Jean et même du grain du Nouveau-Brunswick, auprès d’une centaine de fermes au total. La pandémie? « Elle a impacté l’entreprise de manière positive, avoue Virginie. La chaîne d’approvisionnement mondiale est compliquée en comparaison de l’achat local. Et on commercialise encore des formats d’un kilo dans les épiceries de la région et à Québec. »
Pour accélérer la réception des grains et sécuriser les approvisionnements, l’entreprise de Saint-Félicien se dotera en 2022 d’un nouveau centre de grains et d’une capacité d’entreposage rehaussée de 25 %. Ce changement s’ajoute à l’acquisition récente d’une ferme de 130 ha certifiés biologiques, ce qui porte la superficie totale à 1052 ha, dont 30 % en mode bio.
Visite d’usine
Filets à cheveux, lavage des mains, pas de bijoux : on est bien en aval des champs ondoyants! Dans l’usine, de nouveaux équipements à la fine pointe. « On n’utilise pas vraiment plus d’avoine qu’avant, mais avec ces équipements, on sort davantage de tonnes de flocons, 10 à 20 % de plus, car les grains sont mieux criblés, pour moins de gaspillage alimentaire », explique Virginie. Bien que ces équipements soient de plus grande capacité, il reste des goulots d’étranglement, de moins en moins nombreux, qui ne permettent pas « d’ouvrir la machine » au complet. Encore des zones de défis pour la nouvelle génération!
Si le père, Bernard, a longtemps composé avec des équipements usagés, il a graduellement fait l’acquisition d’équipements neufs, plus performants. Les jeunes poursuivent dans cette voie, certes coûteuse, mais plus durable. On vient par exemple d’installer deux chaînes d’emballage automatisées pour les formats de 1, 10 et 1000 kg. La facilité des tâches, autrefois plus physiques, a un impact sur la rétention des précieuses ressources humaines, explique Rose-Alice. Également, en floconnant davantage une même tonne de grains bruts, l’entreprise améliore sa rentabilité, ce qui permet d’offrir de meilleurs salaires pour augmenter l’attraction de la main-d’œuvre.
Planification stratégique
Dans les bureaux ou les vestiaires, avant de pénétrer dans l’aire de production, des affiches rappellent les valeurs de l’entreprise – entraide, responsabilité, communication, respect –, dégagées lors de la planification stratégique de 2017 avec les parents, Bernard et Bergerette. L’objectif : faire sentir à la trentaine d’employés qu’ils doivent incarner et véhiculer les valeurs et la mission de l’entreprise.
« On ne peut pas faire naviguer notre bateau sans guide, sans connaître notre niveau de carburant et dans quels ports on veut le rendre », image le pragmatique Raphaël, qui ne lève pas le nez sur ce genre d’exercice « de bureau » encore peu courant en agriculture, qu’il aimerait faire tous les 18 à 24 mois, surtout en ces années pandémiques qui demandent des réajustements constants. « Il faut être proactifs, se rappeler quels sont nos objectifs et quelles sont les actions pour y mener », ajoute Rose-Alice.
Bernard et Bergerette
Ils ont bourlingué sur des mers agitées, à la fois matelots et capitaines, ballotés de la cale au sommet du grand mât. Dans l’entreprise qu’ils ont fondée en 1974, Bernard et Bergerette, confrontés à de nombreux hauts-fonds, ont vécu aussi bien les affres du démarrage que l’ivresse du succès.
Aujourd’hui, l’adrénaline retombe. « Avant, on construisait une usine et un nouvel entrepôt; maintenant, on répare le patio et on aménage le garde-manger! » illustre Bergerette, qui a pleine confiance en ses enfants. « Le processus d’intégration des jeunes a été assez long – ils sont coactionnaires depuis 2014. Ils sont complètement autonomes et opérationnels, et ils ont notre confiance. Ma relation avec l’entreprise, maintenant, c’est surtout quand Virginie m’appelle pour renforcer des décisions… qu’elle a déjà pas mal prises dans les faits! »
Bergerette, formée en andragogie et soucieuse des rapports interpersonnels, dit que deux choses lui manquent depuis la retraite : la résolution de problèmes complexes, qui amène ensuite la facilité dans les opérations, et l’équilibre psychosocial de l’individu en milieu de travail, avec sa routine quotidienne et ses rapports humains enrichissants. Quant à Bernard, occupé à peaufiner sa patinoire de dimension olympique et à rénover les maisons de l’un ou l’autre des enfants, c’est la vitesse d’exécution de ses successeurs qui le fascine. « On a appris à marcher avant de courir, Bergerette et moi, et on a même été un bout de temps à genoux! Moi, je n’irais pas au même rythme que les jeunes, mais ils ont leur vision et je la respecte. De toute façon, les chiffres grossissent et ils se débrouillent très bien. » De quoi satisfaire Bergerette, qui déclarait en 2017 qu’il lui importait que « les labeurs d’autrefois et les erreurs de jadis ne soient pas répétés ».
Olofer d’une génération à l’autre, pour le mieux!