La Ferme La Seigneurie, une entreprise évolutive
Dans cette ferme située à Saint-Camille, les améliorations sont apportées en pensant déjà à la prochaine génération.
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Les frères Alexandre et Maxime Laroche exploitent une entreprise laitière sur quatre sites avec des objectifs précis, tant pour s’améliorer que pour intégrer harmonieusement sa relève.
La devise de la Ferme La Seigneurie, située à Saint-Camille en Estrie, pourrait se dire ainsi : le regard fixé sur l’avenir, les deux pieds plantés dans le présent. Depuis leurs débuts en tant que propriétaires au tournant de 2003, Alexandre et Maxime ont procédé à quelques acquisitions de terres et d’une ferme dans sa totalité et ils ont investi dans l’amélioration de bâtiments et de leurs terres. Bien qu’encore jeunes, ils songent déjà à impliquer leur relève. Tout ça en ne lésinant sur aucun effort et en s’impliquant socialement.
Les entrepreneurs laitiers ont une ferme moderne qui récolte le lait de 150 vaches, en plus de la relève. Pour produire les 230 kg de quota de la Ferme La Seigneurie, ils ont intégré trois robots de traite, qui se situent au site principal. Les sujets d’élevage du troupeau sont à deux sites différents. Sentant que l’intérêt de la relève se concrétisait, les frères Laroche ont aidé la conjointe de Maxime, Emmanuelle Pelchat, à acheter la Ferme St-Camille, qui possède un quota de quelque 85 kg. Les deux entreprises sont intégrées et optimisent leurs ressources. « Les terres sont louées à la Ferme La Seigneurie et nous n’avons pas gardé la machinerie. L’alimentation des vaches est préparée ici et nous l’acheminons par camion », explique Maxime. Le trajet parcouru est de sept kilomètres.
Optimiser les forces
Alexandre et Maxime ne cachent pas qu’ils auraient aimé n’exploiter qu’un seul site, mais cela aurait été passablement plus coûteux. Ils ont analysé les options avant de lancer les travaux de rénovation des bâtiments. Si vous passez devant les bâtiments du 9e-et-10e Rang à Saint-Camille, vous remarquez les silos qui surplombent la vacherie. Pourtant, ils sont vides : « Nous ne les utilisons plus depuis l’année passée. Considérant la taille du troupeau que nous avons maintenant, préparer les rations des vaches prenait trop de temps. Nous attendions beaucoup après les videurs. En plus, nous n’allions pas chercher la digestibilité optimale. Avec nos silos de 7 m (24 pi) de diamètre et entre 25 et 30 m (85 et 100 pi) de hauteur, nous devions viser entre 38 % et 40 % de matière sèche, mais la qualité de la ration diminuait dans l’ensemble. Avec des meules, nous contrôlons beaucoup plus la qualité », constate Alexandre. Des propos qui trouvent écho chez son associé. « Les chantiers d’ensilage prenaient aussi trop de temps et nous finissions avec des ensilages trop secs. Avec les meules, maintenant, un chantier dure une journée et, le lendemain, nous attaquons un autre dossier », ajoute Maxime.
Le troupeau a également fait l’objet d’un plan préparé avec soin pour en améliorer les performances. « À nos débuts, nous avons mis l’accent sur les caractères fonctionnels des animaux pour les préparer à la transition vers la stabulation libre. Depuis 2018-2019, je fais de la génomique et j’utilise la semence sexée, question d’améliorer les performances de production plus rapidement. Nous accordons également beaucoup d’attention à l’alimentation. Nous ne voulons pas soigner les animaux juste pour avoir de gros chiffres. Nous regardons toujours la marge pour aller chercher le point optimal entre la production et la rentabilité », précise Alexandre. Les Laroche n’hésitent pas à s’entourer de gens compétents comme leur technologue et expert-conseil chez Sollio & Vivaco Agriculture coopérative, Gérald Boivin.
Cultiver les champs avec rigueur et résilience
Le côté culture de la ferme est sous la férule de Maxime qui, comme son partenaire, ne prend aucune décision qui ne sera pas basée sur l’amélioration. « Ça fait plusieurs années que nous nivelons les terres. Nous avons tassé des tas de roches et éliminé des pointes qui nous faisaient perdre passablement de temps », exprime celui qui s’est joint à l’entreprise trois ans avant son frère. Nous utilisons le GPS depuis quelques années et je vais chercher des données de capteurs de rendement. Nous utilisons les images satellites aussi depuis quatre ou cinq ans. Je les consulte quand je n’ai pas de données du capteur. Nous essayons de faire comme avec notre troupeau. Nous voulons améliorer nos terres hectare par hectare. Nous sommes rendus dans le fine tuning. Nous voulons que chaque fois que nous nourrissons une plante, elle nous le rende tout de suite », image Maxime. La prochaine étape sera le recours au semis à taux variable. Un projet pour l’avenir et les futurs partenaires.
Une relève en développement
Maxime et Alexandre sont reconnaissants de l’appui que leurs parents leur ont offert lorsqu’ils ont décidé de se joindre à la ferme. Ils entendent bien donner au suivant. « Présentement, nous sommes moi, Maxime, trois travailleurs étrangers et Loïc, le fils de Maxime, pour faire le travail », énumère Alexandre. Les autres enfants ne sont pas à temps plein, mais donnent de bons coups de main lorsque possible. L’entreprise compte quelque 400 têtes et 392 hectares de terre, dont 140 en location. Les entrepreneurs agricoles ne comptent pas s’arrêter là. L’acquisition de la Ferme St-Camille est une suite des activités de développement.
Alexandre et Maxime Laroche sont propriétaires à 100 % depuis trois ans seulement et, déjà, le projet de relève a pris racine dans le plan d’action des frangins. « Nous voyons un conseiller avec qui nous avons des discussions là-dessus. Nous ne sommes pas prêts à laisser notre place, mais nous voulons bien nous préparer. Nous sommes deux frères, alors le transfert sera plus compliqué que s’il n’y avait qu’une seule relève. Nous allons devoir composer sans doute avec des cousins. L’intégration va se faire au fil des ans, mais notre défi sera de trouver comment gérer le transfert de façon équitable », souligne Alexandre.
Les champs de compétences au cœur des solutions
Les propriétaires actuels sont conscients que leur département respectif a facilité le transfert. Avec la relève qui se dessine, les champs de compétences seront à établir sans ambiguïté. Les deux frères ont occupé des postes à l’extérieur de la ferme avant de s’intégrer à la Ferme La Seigneurie. Ils ont fait tous les boulots à la ferme avant de s’établir dans leurs fonctions de gestionnaires. « Après quelques années, tu sais pourquoi tu fais une action et comment l’optimiser pour que ça aille bien! » affirme Maxime.
Loïc, 20 ans, touche principalement à la mécanique à la ferme, un domaine sous la responsabilité de son père. Avec l’expansion de l’entreprise, son rôle est appelé à prendre de l’importance. De son côté, Gabriel, 18 ans, le fils d’Alexandre, se destine plus vers le côté animal. Il a le luxe du temps. Il doit encore étudier deux ans en Technologie des productions animales à l’ITAQ avant de travailler un an à l’extérieur, une expérience qu’Alexandre et Maxime l’encouragent à aller chercher.
L’intérêt manifesté par les autres enfants incite les décideurs à envisager des plans d’expansion et de diversification pour la Ferme La Seigneurie. « Nous avons déjà commencé à les impliquer dans le processus de décisions. Le passage aux silos meules s’est fait avec leur approbation. Nous savons que ce sont d’importantes décisions et nous sommes préparés. Nous voulons assurer la pérennité de la ferme », conclut Maxime, pendant qu’Alexandre acquiesce de la tête.
L’évolution de la Ferme La Seigneurie sous la férule d’Alexandre et de Maxime2007 Premières modifications, achat d’un silo, construction d’une fosse à purin |
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Cet article est paru dans le Coopérateur de mai-juin 2026.