Faire carrière en agriculture en luttant contre les préjugés

Experte-conseil et productrice agricole, Anouk Caron travaille pour l’équité dans son domaine en favorisant l’inclusivité – à sa ferme et dans ses accompagnements.

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Témoignage et entrevue
Femme
Anouk Caron devant son troupeau de bisons

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Stéphanie McDuff

Rédactrice et cheffe de la production numérique pour le Coopérateur

Diplômée de l’Université du Québec à Montréal, elle est détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en études littéraires.

Agronome d’asphalte, pas du milieu agricole, futurs congés de maternité, productrice de bisons… Anouk Caron les a tous entendus, et surtout confrontés, les commentaires qui auraient pu lui mettre des bâtons dans les roues comme experte-conseil et aussi comme agricultrice.

Ses débuts en tant que conseillère lui ont rapidement donné le ton. « Comme femme qui ne vient pas du milieu agricole, c’est comme si, de facto, on ne connaissait rien. On est discréditée. Tu te fais dire que tu es une agronome d’asphalte, que tu viens de la ville et que tu ne connais pas l’agriculture, raconte Anouk Caron. En plus, en tant que jeune femme, certains producteurs m’ont dit que j’allais tomber enceinte et partir en congé de maternité, et que ça ne valait donc pas la peine de prendre du temps avec moi. »

Les commentaires ne sont bien sûr pas systématiques, mais ils sont bien là. « J’ai fini par avoir une carapace dure et on dirait que ça me coule sur le dos maintenant, mais c’est difficile quand on commence. »

En plus d’être représentante chez VIVACO groupe coopératif, Anouk Caron démarre Rustik bison dans les Cantons-de-l’Est en 2023, un élevage de bisons pour lequel elle vend également des produits transformés. Le projet est finement ficelé et le plan d’affaires a fait l’objet de nombreuses itérations avant sa version définitive, présentée aux éventuelles institutions. La production, peu commune au Québec, en fait toutefois sourciller plus d’un quand ils apprennent qu’elle était lancée par une femme.

« Ah, madame, j’espère au moins que vous allez avoir quelqu’un avec vous pour vous aider », se fait-elle dire. Ou encore : « Madame, c’est des bisons. C’est vraiment sauvage. J’espère au moins que vous avez de l’expérience en agriculture. »

« Si j’avais élevé des lapins, est-ce que j’aurais eu les mêmes enjeux? Je ne pense pas », suppose Anouk.

Double standard, double défi? La productrice a donc eu l’impression qu’elle devait abattre une double barrière quand elle a lancé son entreprise : celle du débutant et celle de la femme. « Je devais davantage démontrer mes capacités qu’un homme de mon âge aurait dû le faire. Et ça, c’est dur. Ça nous demande plus d’énergie et ça ajoute une difficulté à ce que c’est déjà, de démarrer une entreprise agricole. »

Heureusement, en plus de sa carapace, Anouk a aussi un exemple familial solide et inspirant. Dans sa fratrie de trois sœurs, elle a appris toutes les bases pratico-pratiques : « Mon père nous a appris à changer des pneus, à remplacer les freins, à utiliser une perceuse. C’était important à ses yeux qu’on ait des bases, raconte-t-elle. Ma mère était quant à elle technicienne en génie civil. Elle a été gérante de chantiers pour Hydro-Québec. Elle a géré des équipes d’hommes. On a donc grandi dans une famille où on a appris que, même si on est des femmes, on peut tout faire. Et ça, c’est très puissant comme apprentissage. »

Désamorcer les automatismes par le partage d’information

Parfois, sans s’en rendre compte, on reproduit des iniquités entre les genres parce qu’on tient certaines choses pour acquis. Pour réduire les a priori, Anouk Caron préfère donc s’assurer que ses suivis d’experte-conseil atteignent l’ensemble des personnes concernées à la ferme plutôt qu’uniquement celle qu’on présume être responsable.

« Comme représentante, c’est une chose à laquelle je fais vraiment attention, affirme-t-elle. Quand j’arrive dans des fermes, je parle autant aux hommes qu’aux femmes et aux plus jeunes. Je demande qui prend quelle décision pour la ferme, les champs, les animaux. Même dans les conversations de suivi à distance (par textos et courriels), je vais impliquer les hommes et les femmes pour ne pas tout le temps parler seulement aux hommes. Ils ne sont pas seuls à gérer l’entreprise : les femmes aussi ont le droit de savoir ce qui se passe, tout comme la jeunesse doit être informée pour apprendre. »

Le dossier « Hériter, démarrer, convaincre : la relève féminine prend racine » est paru dans le Coopérateur de septembre 2026.

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