Aller au contenu principal

L’élevage : à ce point dommageable pour l’environnement ?

Photo : iStock

Les militants antispécistes ou pro-viande de laboratoire répètent comme un mantra que l’élevage, en particulier de vaches et de bœufs, émet plus de GES (14,5 % des émissions) que le secteur des transports au complet, citant des études de la FAO1 ou du GIEC2. Dans son livre fraîchement publié, Steak barbare : Hold-up végan sur l’assiette, le journaliste français Gilles Luneau3 remet en cause de nombreuses statistiques.

Par exemple, le calcul du GIEC sur les émissions des transports tient compte seulement des émissions dégagées par les autos ou camions en circulation, pas du processus d’extraction de la matière première ni de la fabrication en usine et de la mise en marché autour du globe. Sinon, la contribution des transports serait beaucoup plus élevée. 

Autre exemple : la statistique, citée ad nauseam, selon laquelle l’élevage occupe 70 % des terres arables, au détriment de la culture de céréales destinées à nourrir l’humanité. En vérité, une bonne partie de ces prairies ne sont pas cultivables. Seuls les ruminants qui y paissent sont capables de transformer les fourrages en protéines comestibles, comme de la viande ou du lait. De plus, ces prairies (notamment celles de l’Ouest canadien) constituent un formidable puits de carbone, ce qui n’est pas inclus pour chiffrer les GES. 

Quant à la théorie selon laquelle l’élevage bovin assoiffe l’humanité, parce que la production d’un kilo de viande de bœuf nécessiterait 15 000 litres d’eau, Jean-François Hocquette, chercheur français de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) que nous avons interviewé, dit qu’il en faut plutôt de 550 à 700 litres selon le type d’élevage. C’est 20 à 30 fois moins.

En revanche, il est vrai que les goliaths agroalimentaires (les américains Cargill, Tyson et Smithfield ou le brésilien JBS) ont poussé les fermes au gigantisme. Et il est certain qu’un parc d’engraissement américain de plusieurs milliers d’animaux sur un seul site est plus susceptible de polluer qu’un troupeau élevé dans une prairie ou à flanc de montagne. 

Il est ironique de voir ces géants investir dans les protéines végétales ou dans l’agriculture cellulaire, alors qu’ils sont la raison pour laquelle les nouveaux agriculteurs en blouse blanche se lancent dans les affaires. « Il y a bien des vases communicants, idéologiques et financiers, au niveau international, entre les mouvements véganes, les organisations de protection animale, les industries de l’agriculture et les financiers », écrit Gilles Luneau.   

 

Comment fabrique-t-on de la viande de laboratoire? 

La technique pour produire de la viande de laboratoire consiste à prélever une cellule souche sur un muscle d’un bœuf ou d’un poulet et de la cultiver pour qu’elle devienne une boulette de steak haché ou une croquette de poulet. Un des grands défis de cette technologie consiste à nourrir les cellules pour qu’elles se multiplient. 

Pour le moment, on utilise du sérum de veau fœtal ou d’autres molécules d’origine animale. Ce sérum de veau fœtal provient du sang des fœtus retirés de vaches gestantes au moment de l’abattage. Cet élixir coûte une fortune, rapporte le site The Conversation. Les entreprises émergentes cherchent un sérum synthétique moins cher ou veulent avoir recours à des OGM pour reproduire les cellules, ce qui pourrait rebuter les consommateurs. Ensuite, il faut être capable de donner une structure à cette viande, avec un os, du gras. Une jeune entreprise planche même sur la reproduction de viande en 3D. L’idée est de pouvoir imprimer un jour son steak à la maison. Mais on est encore loin de faire griller un T-bone cellulaire sur son barbecue.

(Source : The Conversation)

 

1 FAO 
2 GIEC 
3 Gilles Luneau, Steak barbare : Hold-up végan sur l’assiette, éditions de l’Aube/Fondation Jean-Jaurès, 2020, chapitre 15

Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

nicolas@nicolasmesly.com

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques.