Un milliard de repas
Pascal Thériault souligne comment les coopératives peuvent participer à la réduction du gaspillage alimentaire et de ses impacts environnementaux.
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Un milliard de repas. C’est ce que le monde a jeté à la poubelle en 2022. Plus précisément, on a gaspillé 1,05 milliard de tonnes de nourriture selon le Rapport 2024 sur l’indice de gaspillage alimentaire de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ce chiffre vertigineux représente 20 % de la nourriture disponible pour les consommateurs, sans compter les 13 % d’aliments supplémentaires perdus après la récolte, dans la chaîne d’approvisionnement.
Ce gaspillage n’est pas qu’un enjeu moral ou économique, il est aussi écologique : les pertes alimentaires génèrent cinq fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’ensemble du secteur de l’aviation. Et tout cela, alors que près de 800 millions de personnes souffrent de la faim et qu’un tiers de la population mondiale vit dans l’insécurité alimentaire.
Objectif 2030 : réduire de moitié le gaspillage
L’Objectif de développement durable 12.3 de l’ONU vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire par habitant d’ici 2030. Les résultats sont encore timides, mais des initiatives prometteuses émergent.
La France, par exemple, interdit désormais la destruction des invendus alimentaires. Et depuis 2021, de plus en plus de pays publient des données pour mieux comprendre et combattre le phénomène.
Trop produit, trop perdu
Pourquoi gaspille-t-on autant? Parce que nous produisons bien plus que nécessaire et que la nourriture ne se rend pas à tout le monde équitablement. En Amérique du Nord, on produit environ 3900 kcal par personne par jour, contre 3600 kcal en Europe de l’Ouest . Alors qu’un régime équilibré se situe entre 2000 et 2500 kcal/jour, il s’est produit, en 2022, 2985 kcal/personne/jour. Je vous laisse faire le calcul!
Ce déséquilibre illustre l’urgence d’adopter une économie circulaire dans le secteur alimentaire. L’idée? Fermer la boucle avant que les aliments ne soient enfouis ou incinérés. Cela passe par trois étapes clés :
- Prévention du gaspillage, à tous les niveaux (production, transformation, commerces, ménages);
- Redistribution des ressources alimentaires;
- Valorisation des invendus (alimentation animale, fermentation, compostage).
L’ensemble des parties prenantes ont un rôle à jouer pour mieux nourrir la population mondiale.
Le rôle stratégique des coopératives agricoles
Dans cette transition, les coopératives agricoles ont un rôle crucial à jouer. La mutualisation des actifs — silos, chambres froides, transport, outils de transformation — permet aux petits producteurs d’optimiser leurs ressources. Les regroupements de produits facilitent l’uniformisation de la qualité et la réduction des pertes agricoles.
Alors que l'Année internationale des coopératives vient tout juste de se terminer, il est pertinent de se demander : comment le modèle coopératif peut-il contribuer à une économie circulaire alimentaire?
La réponse est claire : par leur nature, les coopératives sont des leviers puissants. Elles reposent sur la mise en commun des ressources et des bénéfices partagés, ce qui permet aux plus petits acteurs de se développer tout en limitant les investissements lourds. C’est une voie vers un développement durable du secteur agricole et une pérennisation des entreprises qui le composent, par une consolidation de la logistique et de ressources partageables.
Nourrir neuf à dix milliards d’humains demain ne sera possible que si nous changeons notre façon de produire, de consommer… et de valoriser ce que nous avons déjà.
Cet article est paru dans le Coopérateur d'octobre 2025.