La clé de la compétitivité agricole : investir plutôt que produire plus

Pascal Thériault fait un topo sur la productivité agricole mondiale et les raisons de son augmentation depuis 1961.

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Chronique Champ libre
Affaires
Monnaie sous terre qui donne naissance a une pousse

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal est signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

En ce début d’année, quoi de mieux que revenir sur un sujet toujours aussi pertinent : la productivité. Depuis les années 1960, la productivité agricole mondiale aurait augmenté de 2 à 3 % annuellement en termes de volumes, selon une note du Département américain de l’agriculture (USDA). Cette hausse provient principalement des facteurs suivants (voir graphique 1) :

  • Amélioration de la productivité totale des facteurs (PTF);
  • Augmentation des intrants par surface cultivée (ISC);
  • Augmentation d’accès à l’irrigation (AIRR);
  • Augmentation des superficies cultivables (SUPC).

La productivité totale des facteurs regroupe le travail, le capital (financier et actifs matériels) et les ressources naturelles (les terres agricoles, par exemple).

Le graphique 1 montre que la hausse provenait surtout des intrants dans les années 1960, mais qu’à partir des années 1980, l’amélioration des facteurs a pris le relais.

Graphique sur l'augmentation de la productivité agricole mondiale
Données et méthodes à jour en date d’octobre 2024
Graphique sur l'augmentation de la productivité de 1961 à 2022
Données et méthodes à jour en date d’octobre 2024

Si on parle de productivité agricole moyenne, c’est qu’il y a forcément des régions plus performantes.

Fait surprenant, les pays riches (1er quartile) ont vu leur productivité augmenter le moins rapidement depuis les années 1960. Elle a doublé, mais, surtout grâce à une amélioration des facteurs de production. L’augmentation des intrants étant presque nulle. Il faut noter que ces pays ont des habitudes alimentaires matures et des populations stables, ce qui n’incite pas à augmenter la production agricole au-delà d’un certain seuil.

Les pays des 2e, 3e et 4e quartiles ont connu des hausses de production de plus de 500 %, grâce à plus d’intrants et une meilleure utilisation des ressources, pour répondre à la hausse de consommation liée à la croissance démographique et du niveau de vie.

Plus près de chez nous, le BioClips du 18 novembre 2025 utilisait des mesures différentes pour évaluer la productivité. Le constat demeurait toutefois le même : une intensité en capital plus faible freine la productivité, le capital étant un facteur clé. En partie à cause de son agriculture diversifiée, le Québec est à la traîne par rapport à la moyenne canadienne.

En conclusion, les pays riches, malgré une augmentation de productivité moins grande, ont une certaine avance en productivité agricole, car le développement de l’agriculture intensive s’est fait plus tôt. La croissance du secteur agricole dans les pays riches comme le Canada ne passe plus par l’augmentation d’utilisation des intrants agricoles, mais bien par l’amélioration de la productivité des facteurs. Dans un contexte de main-d’œuvre spécialisée toujours plus rare, c’est par les investissements en capitaux que nous pourrons maintenir un niveau de productivité et de compétitivité et, pour ce faire, un support gouvernemental est essentiel pour assurer la durabilité de notre secteur agricole.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur de janvier-février 2026.

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