L’incidence des grandes politiques agricoles au Québec et ailleurs

Chronique de Pascal Thériault qui compare les objectifs et résultats des politiques agricoles des États-Unis et de l’Europe avec la Politique québécoise.

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Chronique Champ libre
International
Zone riveraine en agriculture

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

J’ai cherché à savoir en quoi notre Politique bioalimentaire était différente de ce qui se fait dans d’autres pays qui soutiennent aussi leur agriculture. Que font les autres économies qui ont des bases agricoles solides?

C’est dans une logique de performance économique et de compétitivité de nos entreprises que le gouvernement québécois est passé de la Politique bioalimentaire 2018-2025 à l’actuelle, la Politique alimentaire 2025-2035 qui porte le titre de Nourrir nos ambitions.

Soutenir notre agriculture peut se faire de plusieurs façons. La Politique bioalimentaire actuelle, tout comme la précédente, cherche à augmenter la performance économique et la productivité des entreprises et à rendre nos fermes plus performantes tout en convainquant les consommateurs d’acheter des aliments du Québec.

Évidemment, si on veut se comparer avec ailleurs, la Politique agricole commune (PAC) européenne et le Farm Bill américain viennent en tête. À la base, les deux ont des objectifs différents des nôtres, puisqu’elles sont d’abord destinées aux producteurs et qu’elles visent la stabilisation des revenus agricoles. La Politique du Québec touche plutôt le consommateur avec pour but d’accroître la part d’aliments québécois consommés. Est-ce qu’une vision est meilleure que l’autre? Je considère que nous avons beaucoup à apprendre en étudiant ce qui se fait ailleurs, tant pour s’en inspirer que pour se protéger. On apprend de nos erreurs comme de celles des autres!

Dans la liste des bons coups, la PAC a permis une certaine stabilité des revenus agricoles tout en renforçant la résilience des entrepreneurs agricoles et en permettant de soutenir une occupation du territoire. Du côté américain, avec le Farm Bill, la compétitivité et la productivité augmentent de même que les investissements, ce qui n’est pas sans rappeler notre propre politique.

Aucune politique n’est parfaite. En fait, on m’a déjà dit il y a de cela plusieurs années qu’il ne fallait jamais évaluer une politique à ses résultats, mais bien à ses intentions. L’ancien entrepreneur que je suis en doute, mais nous pouvons constater des faiblesses, même ailleurs.

La PAC par exemple, en appuyant ses producteurs, est aussi déconnectée de la notion d’aide et de performance économique, ce qui peut donner trop de liquidités et causer une pression sur le prix des terres agricoles. Aussi, qui dit politique européenne dit forcément bureaucratie! Au Québec, nous sommes bien au fait des enjeux de valeur des terres agricoles, qui ont bien souvent dépassé leur valeur agronomique ou économique, et nous constatons que la paperasse, nous connaissons bien ça nous aussi!

Du côté américain, leur tendance à trop subventionner le secteur accroît la concentration des entreprises et la surproduction, au risque de déranger les voisins pour écouler leur production agricole.

L’économiste que je suis va vous sortir la notion de l’analyse du bien-être économique (welfare analysis), souvent utilisée pour évaluer des politiques selon leur incidence sur le bien-être pour la société. En étudiant notre Politique bioalimentaire, on comprend qu’elle vise à occuper notre territoire avec des entreprises familiales, à assurer une vitalité régionale et une sécurité alimentaire et à créer de la richesse tout en limitant les risques ou la pollution et en optimisant l’utilisation des intrants. Bref, s’assurer qu’il y a plus de positif que de négatif, c’est comme ça qu’on fait avancer toute une société, avec des producteurs à sa base.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur de mai-juin 2026.

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