L’agriculture énergise la croissance économique au Brésil
L’agriculture propulse l'économie brésilienne, portée par la recherche, l’innovation, la durabilité et de fructueuses ententes commerciales.
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Le secteur agricole tire la croissance vers le haut. Le PIB brésilien a progressé de 2,3 % en 2025, grâce à une augmentation de 11,7 % dans le secteur agricole, la plus forte croissance sectorielle au pays, notamment en raison de forts gains de productivité, met en lumière la publication Cultivar Revista.
« La production record de maïs et de soya stimule les résultats, indique Rebeca Palis, coordinatrice des comptes nationaux à l’Institut brésilien de géographie et de statistique. Le maïs a progressé de 23,6 % et le soya de 14,6 %. L'élevage a également contribué à cette performance. »
Le secteur agricole et agroalimentaire est en effet une véritable locomotive économique. Il compte pour près de 29 % du produit intérieur brut et procure à la population brésilienne 28,5 millions d’emplois, soit 26 % des tous les emplois au pays. Ses exportations, à hauteur de 170 milliards $ US, réparties dans plus de 200 pays, représentent 49 % de toutes les exportations brésiliennes.
D'importateur à grand exportateur
Ordem e Progresso (Ordre et progrès), que l’on retrouve écrit en toutes lettres sur le drapeau du Brésil, a donné le ton au fulgurant développement des dernières décennies. L'initiative gouvernementale Nourrir son peuple, et le monde! en a été la bougie d’allumage, grâce, d’une part, à une agriculture vivrière et familiale et, d’autre part, à une agriculture industrielle misant sur les produits de base.
Le Brésil compte cinq millions d’exploitations agricoles couvrant 330 millions d’hectares, y compris ce que l’on appelle les zones de végétation natives préservées, soit 39 % de la superficie totale du pays.
Le volet agroalimentaire de l’agriculture brésilienne compte 1,1 million d’exploitations. L’agriculture familiale, elle, rassemble 3,9 millions d’entreprises. L’autosuffisance alimentaire des Brésiliens est assurée aux deux tiers grâce à ces dernières.
« Nous sommes passés d’importateur à exportateur de denrées agricoles en l’espace d’une vie, témoigne Gustavo Spadotti, de l’organisme de recherche agricole du Brésil, Embrapa, l’un des plus réputés au monde. Il y a 50 ou 60 ans, notre agriculture était inefficace, nous manquions de nourriture, nous étions aux prises avec des famines. Grâce au savoir, à la technologie et aux gens de la terre, nous ne sommes plus un importateur de nourriture. Nous contribuons même à nourrir un milliard de personnes partout sur la planète. »
L’agriculture brésilienne est gérée par deux ministères distincts : un ministère chargé de l’agroalimentaire tourné vers l’exportation, le MAPA, et un ministère du développement agraire et de l’agriculture familiale, le MDA. Embrapa, qui relève du MAPA, a contribué à transformer le pays en une véritable puissance agricole. Il a joué un rôle de premier plan dans la recherche agronomique et le développement de nouvelles technologies en agriculture.
« Nous avons les terres, nous avons l’eau, nous avons l’énergie, clame un représentant du MAPA. Vous avez besoin d’un million de tonnes d’une quelconque denrée agricole? Nous allons la produire et vous la livrer où que vous le vouliez sur la planète. En ces temps incertains, nous pouvons collaborer à relever le défi que pose la sécurité alimentaire du monde. Le Brésil peut contribuer à enrayer les famines. »
Pour arriver à ses fins, le pays compte notamment sur une quarantaine d’attachés agricoles et agroalimentaires présents dans autant d’ambassades partout sur la planète. Cette présence de démarcheurs aguerris qui sillonnent les principaux foires commerciales du globe permet d’établir de fructueux contacts et de développer des marchés.
« Seulement entre janvier et mars de cette année, 30 nouveaux marchés ont été ouverts aux produits agricoles brésiliens, s'ajoutant aux plus de 500 marchés ouverts au cours des dernières années », fait savoir la publication Revista Cultivar.
Ces attachés rapportent également au pays du savoir et des pratiques adaptés au milieu tropical, pour la culture du blé notamment. Cette tropicalisation a permis le développement de régions plus au sud du pays, et à forte pluviométrie, le Cerrado, notamment, où l’on cultive sans travail du sol jusqu’à trois cultures sur une même parcelle, du soya, par exemple1.
Cela dit, de nouveaux droits de douane américains de 25 % imposés (depuis le 22 juillet 2026) par les États-Unis sur certains produits brésiliens, en raison de prétendues pratiques commerciales déloyales, sont venus brouiller les cartes, et ont bien évidemment déplu au président, Luiz Inacio Lula da Silva.
Le développement durable au Brésil
Le pays, devenu grande puissance agricole, s’outille également de techniques et technologies avancées pour réduire ses coûts et son impact environnemental.
Car OGM, pesticides, déforestation, monoculture et élevage bovin à grande échelle ternissent en partie les efforts que poursuit le gouvernement Lula pour redorer l’image du pays dans le monde.
En 2023, avec son retour au pouvoir après le passage de Jair Bolsonaro aux commandes de l’état, Lula a promis d’atteindre l’objectif zéro déforestation d’ici 2030.
Cet objectif vient en soutenir un autre. En effet, pour faire croître l’agriculture sans pratiquer la déforestation, le pays a notamment choisi la reconversion et l’amélioration de prairies en friche ou dégradées. Selon les données de l’organisme Embrapa, qui comprend un réseau de 43 sites de recherche au pays, le Brésil compte 164 millions d’hectares de prairies, dont 60 % connaissant une forme ou une autre de dégradation, déclare la chercheuse Patricia Santos.
Leur remise en état – par apport d’azote, grâce à la culture du pois, par exemple, afin d’y produire des fourrages de qualité – ou leur reconversion en surface agricole productive permettra l’accroissement des rendements des cultures. Cela évitera, espère-t-on, les pratiques de déforestation. La hausse de productivité passera aussi par l’intensification de la densité de l’élevage bovin à l’hectare, actuellement faible, indique la chercheuse. Le tout afin de réduire l’empreinte carbone de la culture et de l’élevage.
Un code forestier établi en 1989, sous la surveillance de l’Institut national de recherche spatial (INPE), régit le territoire brésilien dont 66 % est couvert de végétation native et d’eau. Chaque exploitation agricole est tenue de maintenir un pourcentage de sa superficie en ce qu’on appelle une réserve légale de végétation native variant de 20 % à 80 %, selon le biome qu’elle occupe. Le Brésil compte six biomes, soit des régions dites bioclimatiques qui façonnent l'écologie du pays en fonction du climat, de la végétation et du relief, tels que l’Amazonie, le Cerrado ou la Pampa.
Les activités de recherche et développement des laboratoires
Des dizaines de laboratoires, notamment sous l’égide d’Embrapa, sont réparties partout au pays pour mener diverses activités de recherche et de développement en matière d’agriculture durable. Le Brésil est un laboratoire de développement durable et d’agriculture régénérative, assure le MAPA, une image que le pays s’échine à transmettre au reste du monde. Agriculture et durabilité sont compatibles, croit fermement le ministère. Cette image renouvelée passe par diverses initiatives : la lutte biologique, l'agriculture de précision, la fertilisation 4B et... le sucre!
Lutte biologique
Produire plus, oui, mais à quel coût pour l’environnement? Le Brésil est le premier utilisateur mondial de produits de protection des cultures2. Mais il s’efforce, à grand renfort de recherche et de développement, d’inverser la vapeur. « Nous sommes parmi les chefs de file de la lutte biologique contre les ravageurs, affirme José Roberto Postali Parra, fondateur de l’organisme SparcBio, un centre de recherche spécialisé dans cette expertise, leader dans le milieu, qui travaille en partenariats publics-privés, avec l’université de Sao Paulo entre autres, pour financer ses activités.
Par exemple, à l’aide de biopesticides et d’insectes bénéfiques – les trichogrammes, ces minuscules guêpes parasitoïdes – on lutte contre plusieurs ravageurs qui causent de sérieux problèmes dans les cultures de maïs, de soya et de coton.
« L’agriculture brésilienne a des conditions propices au développement des ravageurs et de maladies. On ne peut copier ce que font les autres pays, commente José Roberto Postali Parra. Il faut développer nos propres moyens de lutte biologique. Le contrôle biologique fait partie de l’arsenal de la gestion de la lutte intégrée en vue d’une agriculture plus durable. Nous avons une culture de l’insecticide qu’il faut changer. »
« Avec l’une des grandes biodiversités de la planète et une vaste variété de micro-organismes adaptés à des biomes tels que l'Amazonie, le Cerrado, la forêt atlantique, la Caatinga, le Pantanal et la Pampa, le Brésil peut, grâce à ces atouts, contribuer au développement de nouvelles solutions axées sur la nutrition des plantes, la lutte biologique contre les ravageurs et l'amélioration de la productivité agricole, peut-on lire dans la publication Revista Cultivar. Le 3e Forum sur les bio-intrants en agriculture, qui se tiendra le 18 août 2026, permettra de discuter de la manière dont la biodiversité, la recherche et l'innovation peuvent renforcer la compétitivité brésilienne dans ce secteur sur la scène internationale. »
Agriculture de précision
L’agriculture de précision est aussi mise à contribution pour lutter contre les ravageurs.
« Détecter la maladie avant qu’elle ne fasse des dégâts est un des mandats que s’est donné le centre de recherche en agriculture de précision d’Embrapa, déclare la directrice adjointe chargée du transfert technologique, Debora Milori. Nous appliquons trop de produits de protection. Face à une maladie ou une infestation, nous traitons tout le champ. Nous voulons réduire l’usage de ces produits qui coûtent cher et nuisent à l’environnement. »
« Robotique, photonique, nanotechnologie, senseurs et imagerie favoriseront la détection hâtive des problèmes qui couvent, dit-elle, les infestations de nématodes, par exemple, qui causent des dizaines de milliards de dollars de dommages dans les cultures, dont 16 milliards $ dans le soya uniquement, et qui infligent plus de 20 % de baisse de productivité dans cette culture. »
« Pour le moment, on effectue des inspections visuelles aux champs, poursuit-elle. La robotique facilitera et accélérera beaucoup la tâche. »
Faire plus avec moins
Debora Moli planche aussi sur l’analyse de sols en mode accéléré, afin de mettre de l’avant ce qu’on appelle la fertilisation 4B (la bonne source, la bonne dose, au bon moment et au bon endroit). Quelque 70 % des engrais utilisés au pays sont importés. L’influence sur les coûts de production est notable.
Plus loin, dans une parcelle du centre de recherche, l’ingénieur en électronique Andre Torre présente l’irrigation propre à chaque site de production, fondée sur des capteurs qui mesurent l’humidité du sol à différentes profondeurs.
« Ces données, dit-il, permettent d’optimiser l’irrigation variable en déterminant quand irriguer, quelle quantité d’eau appliquer, à quel endroit et à quel débit. L’objectif est d’économiser l’eau et de réduire les coûts de pompage, notamment l’électricité, qui peuvent représenter jusqu’à 14 % des coûts de production totaux pour une superficie de 100 ha. »
Énergie et canne à sucre
Le Brésil est le principal producteur de canne à sucre au monde, avec 40 % de la production (environ 650 millions de tonnes). Grâce à la canne à sucre, on produit du sucre, dont le pays est le premier exportateur mondial, et de l’éthanol. Ce biocarburant, disponible dans toutes les stations-service, alimente une grande partie du parc automobile brésilien.
« Environ 80 % du parc automobile brésilien est aujourd’hui équipé de moteurs Flex Fuel, qui peuvent fonctionner aussi bien à l’éthanol qu’à l’essence », précise Patricia Feltrim Geller, assistante aux relations publiques de l'Association nationale des fabricants de véhicules automobiles (ANFAVEA) du Brésil.
Le Centre de technologie sur la canne à sucre (CTC), situé à Piracicaba, dans l’état de Sao Paulo, concentre ses activités de recherche dans le développement de variétés et la biotechnologie.
« On cherche à améliorer le taux de sucre de la plante, à favoriser la résistance aux insectes et aux maladies et la tolérance aux herbicides, indique Daniel Medeiros, responsable de la planification stratégique au CTC. On veut aussi augmenter la productivité de la plante tout en améliorant sa captation de CO2. » Un résidu de la canne à sucre, la bagasse, sert également à générer de l’électricité par combustion dans des centrales à biomasse. « On mise sur l’économie circulaire, ajoute Daniel Medeiros. Outre l’électricité, on peut, à partir de la canne à sucre, produire des biofertilisants et du biométhane, par exemple. »
« Le Brésil mise sur une stratégie de décarbonation et l’énergie de source renouvelable, appuie Sabrina Chabregas, directrice R et D au CTC. C’est pourquoi on veut doubler les rendements de la canne à sucre d’ici 2040. On tire entre 13 et 15 tonnes de sucre à l’hectare en moyenne. En biomasse totale, c’est 85 tonnes à l’hectare. Mais le potentiel est de beaucoup supérieur, quelque 300 tonnes de cannes à l’hectare. Et les piliers pour y arriver sont les producteurs, la gestion des cultures et la planification stratégique. On y arrivera grâce à la sélection génétique de précision. À l’amélioration des systèmes de plantation et de récolte, en s’inspirant des cultures de soya et de maïs, soit en rangées. Le maïs et le soya au Brésil sont à 90 % transgéniques. Dans la canne à sucre, nous n’en sommes qu’au début. On souhaite accroître la proportion de canne à sucre transgénique. »
Le Brésil innove, dans de multiples secteurs de notre agriculture. On souhaite y attirer les jeunes, espèrent les nombreux intervenants rencontrés.
Sources
1 Les politiques agricoles à travers le monde. Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, France
2 Idem