La génération alpha pour l’agriculture de demain
Pascal Thériault présente les forces de la génération alpha pour l’agriculture de demain dans cette chronique Champ libre.
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Je reviens sur le sujet des relèves, pas celles qui se trouvent déjà dans nos programmes collégiaux ou universitaires, mais celles qui finiront par y arriver dans les prochaines années.
Pour les fans de téléréalité, lorsque l’on entend parler des membres de la génération alpha, c’est souvent sur un ton péjoratif. Pourtant, derrière ce surnom se trouve une génération bien réelle : les enfants nés entre 2010 et 2024, les enfants des milléniaux, la génération Y. Et si l’agriculture est en constante évolution, il est fort à parier que ces jeunes viendront non seulement s’y inscrire, mais aussi accélérer son changement, et pour le mieux.
Vous avez parfois de la difficulté avec vos applications sur votre téléphone? Préparez vous, car eux n’auront pas ces hésitations. Si vous voulez mesurer le fossé technologique qui nous sépare, rappelez vous simplement que l’iPad est né avant eux. Ils arrivent dans un monde où l’écran tactile n’est pas une nouveauté mais une évidence, où l’interface numérique est la première langue, et où l’intuitif remplace rapidement le manuel.
Ce sont aussi des jeunes qui apprennent par eux-mêmes, naturellement. Certes, la surabondance d’information comporte un risque de surcharge, mais leurs outils d’apprentissage comme les tutoriels vidéo, les microformations et l’expérimentation continue leur donnent une agilité que les générations précédentes n’avaient pas au même âge. Cette habitude d’explorer, de tester les hypothèses et de continuellement s’ajuster deviendra une force majeure dans un contexte où les changements climatiques multiplieront les situations nouvelles et imprévisibles. Leur capacité à adapter leurs pratiques, à revoir leurs stratégies et à absorber rapidement de nouvelles connaissances sera un avantage précieux.
Ils socialisent également différemment. Leur univers relationnel ne se limite pas à l’école ou au voisinage : il s’étend aux jeux collaboratifs, aux plateformes virtuelles et aux espaces numériques partagés. Cette pratique précoce de la coopération, cette familiarité avec les projets collectifs, fera d’eux des adultes plus enclins au travail d’équipe, à l’échange d’idées et à la co-construction de solutions.
Revenons à l’agriculture. Comment affronteront ils les défis qui s’annoncent? Une bouchée à la fois. Ils arriveront dans un secteur déjà en profonde mutation marqué par les aléas climatiques, la rareté de main d’œuvre, la pression technologique et des impératifs de productivité et de rentabilité plus forts que jamais. Pourtant, sans qu’ils ne le sachent, ils sont déjà bien outillés pour ce monde exigeant.
L’agriculture de précision, qui peut sembler encore mystérieuse pour certains, leur apparaîtra comme une extension logique de leurs compétences. Traiter des données, interpréter des capteurs, intégrer l’IA dans leurs décisions : tout cela ne sera pas un apprentissage, mais une langue maternelle. Ils auront grandi dans un environnement où l’on passe naturellement d’une tâche à l’autre, où la technologie est un prolongement de l’esprit plutôt qu’un obstacle.
Et c’est peut être là leur vraie force. Les membres de la génération alpha arriveront en agriculture sans le poids des traditions, mais avec la légèreté de ceux qui n’ont jamais connu un monde sans données, sans outils intelligents, sans collaboration numérique. Pour eux, les problèmes ne sont pas des impasses : ce sont des puzzles. Devant l’incertitude, ils modéliseront des solutions. Devant la volatilité, ils simuleront des scénarios. Devant la rareté, ils automatiseront des processus, coopéreront et réinventeront les façons de faire.
Alors, accueillons-les. Offrons-leur de l’espace pour essayer quelque chose de nouveau, des mentors pour les guider et des ponts entre agronomie, gestion et numérique. L’agriculture change rapidement? Tant mieux. C’est exactement le terrain de jeu pour lequel la génération alpha a, sans même le savoir, été formée. Et c’est avec eux et non pas sans eux que nous construirons l’agriculture résiliente de demain.
Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur de mars 2026.