Éoliennes : des revenus tombés du ciel

Les éoliennes offrent de nouveaux revenus aux producteurs, comme en témoignent des participants du parc éolien Des Cultures.

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Alain Boyer
Alain Boyer

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Nicolas Mesly

Journaliste, agr.

Nicolas est journaliste, agroéconomiste, auteur, conférencier et documentariste.

« Pourquoi les agriculteurs ne pourraient-ils pas participer à la décarbonation du Québec si les éoliennes occupent peu de superficies agricoles ? » se demande le représentant des fermes EDPA et Oliméga, situées en plein cœur de la MRC Les Jardins-de-Napierville, au sud de Montréal. La région, aussi appelée « la petite Californie du Nord », possède parmi les terres les plus fertiles du Québec, dont les fameuses terres noires propices à la production maraîchère.

Nous sommes au pied d’une des six éoliennes du parc éolien Des Cultures à Saint-Michel. Il faut se casser le cou vers le ciel pour en concevoir la dimension. Ce moulin à vent moderne, d’une puissance de 4 MW, mesure plus de 200 mètres, soit près de six fois la hauteur de gros silos. Trois gigantesques pales tournent à peine le jour de ma visite. Inauguré en juillet 2022, ce parc éolien génère 24 MW et permet d’alimenter l’équivalent de 2500 foyers.

La base en béton, qui sert d’assise à l’énorme tour et est dotée d’un petit stationnement, couvre une superficie équivalente à celle d’une maison familiale. Tout autour pousse du soya.

« Grâce aux revenus annuels de cette éolienne d’environ 26 000 $, je peux payer la licence d’opération d’une arroseuse mue par l’intelligence artificielle. Elle me permet des économies de 30 % à 95 % de pesticides, et c’est un énorme bienfait pour l’environnement », m’explique le producteur (il souhaite conserver son anonymat pour des raisons personnelles).

Les fermes EDPA et Oliméga cultivent 1300 hectares de maïs grain, de maïs sucré, de soya, de blé pour faire des baguettes, de betteraves, de pommes de terre, de petits pois et de haricots. Mais la production et la transformation d’huile de caméline, une plante colorée riche en oméga trois, constituent le produit vedette.

« C’est un atout d’avoir une éolienne dans un champ de caméline. Quand les clients japonais ou coréens viennent nous visiter, ils apprécient nos efforts et notre énergie verte, eux qui dépendent du nucléaire », dit celui qui démarche le marché asiatique.

Alexis Monière
« On m’a recommandé d’utiliser la sous-soleuse pour corriger un problème de compaction autour d’une éolienne. On est en semi-direct et je vais semer des plantes à racines profondes pour structurer le sol. Avec le temps, je vais lui redonner sa pleine santé », explique Alexis Monière.

Des redevances pour la relève

« Pour nous, les redevances sont des revenus supplémentaires qui ont permis la relève et la planification de la ferme pour les vingt prochaines années », confie Sylvie Boyer, 61 ans, copropriétaire des Fermes Bo-Mon St-Rémi avec son fils, Alexis Monière, 42 ans. La nouvelle étable, construite en 2025, représente un investissement de 2,5 millions $, sans l’achat de quota. Alexis prévoit un jour passer de 82 à 200 kg de M.G./jour avec 100 vaches en lactation.

L’entreprise détient deux des six éoliennes du parc éolien des cultures, situé à cheval entre Saint-Rémi et Saint-Michel. Sylvie Boyer dit toucher un revenu annuel de 54 000 $ indexé au coût de la vie pendant vingt ans. Cette somme inclut les redevances par éolienne, mais aussi un pourcentage de revenu net du parc éolien, distribué aux signataires du projet, et une compensation, parce que les pales d’une éolienne qui ne lui appartient pas tournent au-dessus de ses terres.

La productrice met de l’avant la collaboration avec les promoteurs dont Kruger Énergie, qui ont respecté le cadre de référence établi par Hydro-Québec et l’Union des producteurs agricoles (UPA). Ce dernier impose une série de mesures pour limiter les impacts de l’installation d’un parc éolien, de son démantèlement, des compensations et des conditions contractuelles entre producteurs et promoteurs en milieux agricole et forestier. Elle ajoute avoir reçu une somme de 128 000 $ pour compenser les pertes de cultures et le dérangement causés par l’installation des deux éoliennes.

Le parc éolien Des Cultures : un vaste chantier

Superficie requise pour le parc éolien Des Cultures : 16 hectares

  • 8,65 ha associés aux éoliennes;
  • 3,39 ha aux chemins d'accès;
  • 3,99 ha au réseau collecteur;
  • 16,03 ha au total.

Source : Activa Environnement

Installer une éolienne sur ses terres n’est pas une mince affaire. Il faut construire des chemins d’accès au site choisi qui soient assez robustes pour supporter entre autres des camions-bétonnières, dont le poids à l’essieu surpasse celui de la machinerie agricole. Pour édifier la fondation, il faut couler plus de 500 mètres cubes de béton armé selon la grosseur de l’éolienne. Il faut aussi prévoir un espace pour entreposer la tour et les immenses pales. Des câbles électriques doivent être enterrés à plus d’un mètre de profondeur dans les champs sur plusieurs kilomètres jusqu’à un poste de transmission pour alimenter le réseau d’Hydro-Québec.

La construction des six éoliennes, des chemins et du réseau collecteur a perturbé environ 16 hectares de terres cultivées dans le parc Des Cultures. Mais ces superficies n’ont pas été perdues. Elles ont été remises en culture et le quart a exigé des corrections.

Six choses à surveiller pour l’installation d’éoliennes :

  • compaction du sol;
  • problèmes d'égouttement de surface;
  • bris de drains souterrains;
  • mélange du sol arable avec le sol minéral;
  • introduction de mauvaises herbes;
  • apport de gravier et de roches dans le profil du sol.

Source : Activa Environnement

« Un chantier d’une telle ampleur ne peut être réalisé sans générer certains impacts sur les sols. Les enjeux observés durant les quatre premières années suivant la remise en culture concernent essentiellement la compaction du sol », notent les agronomes et auteurs d’un rapport sur l’état des lieux chez Activa Environnement en 2025. L’entreprise est chargée de faire le suivi agronomique du parc éolien pendant sept ans, de 2022 à 2028.

Ceux-ci notent qu’il y a eu des baisses de rendements dans certaines parcelles de maïs-grain, de soya, de maïs-sucré, mais que « la récupération des terres est globalement positive et les rendements demeurent généralement supérieurs aux moyennes régionales ».

Le porte-parole du groupe EDPA-Oliméga et les propriétaires des Fermes Bo-Mon St-Rémi disent avoir été compensés pour les pertes de cultures. Après avoir évalué les risques liés à la santé du sol et à la perte de superficie cultivable en raison de l’implantation d’éoliennes sur leurs terres par rapport aux revenus tombés du ciel, ils estiment que le jeu en vaut la chandelle.

Parc éolien Des Cultures

  • 6 éoliennes (puissance de 4 MW/éolienne)
  • Puissance totale : 24 MW, ce qui équivaut à l’approvisionnement de 2400 foyers
  • Promoteurs : Kruger Énergie et Énergies Durables Kanhnawàke
  • Municipalités : Saint-Rémi et Saint-Michel
  • Mise en service : février 2022
  • Durée de vie : 20 ans

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