Les écoles d’agriculture : professionnaliser le métier

L'historien Jean-Pierre Girard fait un retour sur l'origine des écoles d'agriculture au cours de 20e siècle.

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Vue de la Ferme de l'École d'Agriculture

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Jean-Pierre Girard

Historien et auteur de « Sollio Groupe Coopératif, 100 ans de coopération »

L’essor manifeste de l’agriculture au Québec à compter du XXe siècle et la création de Sollio Groupe Coopératif en 1922 ont été précédés de l’action déterminante d’écoles d’agricultures au siècle précédent. Levons le voile sur un aspect peu connu du passé de l’agriculture et le rôle avant-gardiste de membres du clergé.

Ce retour vers le passé débute à Sainte-Anne-de-la-Pocatière sur la Côte-du-Sud. En 1827, à l’initiative de l’abbé Charles-François Painchaud, le Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière est constitué. Il ouvre ses portes deux années plus tard dans le but de donner le cours classique traditionnel qui, à l’époque, est d’une durée de huit ans.

En 1836, le Collège accueille un nouveau membre dans son corps enseignant, l’abbé François Pilote. Rapidement, il se montre préoccupé par l’état de sous-développement de l’agriculture, qui est alors beaucoup dans un mode d’autosubsistance avec peu de soucis d’adapter la production aux besoins du marché. Pour lui, la modernisation de l’agriculture passe par une école précisément dédiée à cette fonction avec, en sus, une ferme modèle qui servira en quelque sorte de plateau d’essai, d’expérimentation.

Ainsi, en 1855, il écrit : « Notre peuple, essentiellement agriculteur et marchand, a besoin de s’instruire dans l’agriculture et le commerce.1 » Il est un inconditionnel de l’expansion de la zone agricole, mais aussi de l’amélioration des pratiques culturales.

Le clergé et les premières écoles d’agriculture

L’abbé Pilote prend le temps de bien mûrir son projet et obtient des lettres de recommandation du ministère de l’Agriculture de la province du Canada (on est avant la naissance du Canada et de la province de Québec en 1867). En février 1859, il se rend à New York pour prendre un bateau à destination du Vieux Continent. En quelques mois, il visite des établissements d’enseignement agricole en France, en Italie, en Angleterre et en Irlande. À ce moment, le monde de l’agriculture européen bouillonne de nouvelles technologies et méthodes.

Se forgent ainsi dans son esprit les fondements de ce qui deviendra la première école permanente d’agriculture de langue française en Amérique à Sainte-Anne-de-la-Pocatière! Le tout se matérialise à son retour de voyage et, en plus d’avoir fondé l’École et d’y enseigner, il lance la Gazette des campagnes, un petit journal centré sur l’agriculture dans lequel lui et ses collègues enseignants partagent leur savoir. Lorsqu’il quitte le Collège en 1870 pour prendre en charge la cure de la paroisse Saint-Augustin, il multiplie les efforts de diffusion si bien qu’en quelques années, dans le seul comté de Portneuf, le nombre d’abonnements à la Gazette passe à 600!

L’initiative ne restera pas unique. Quelques années plus tard, soit en 1866, cette fois du côté du Collège de l’Assomption, dans la région de Lanaudière, est également constituée une école d’agriculture en complément à l’exploitation d’une ferme modèle. Elle sera en activité jusqu’en 1900.

À un an d’intervalle, deux autres écoles d’agriculture vont voir le jour, soit en 1892 et 1893, respectivement à Saint-Hyacinthe et à Oka. En 1898 s’ajoute l’École de laiterie de Saint-Hyacinthe et, quelques années plus tard, soit en 1910, on y construit la nouvelle école d’agriculture. Ces écoles sont vraiment des sources d’innovation pour le métier. Ainsi, l’École de laiterie de Saint-Hyacinthe devient une référence au Canada pour apprendre les technologies les plus modernes dans ce domaine, car le pays a été un des premiers à appliquer la pasteurisation.

Du côté d’Oka, l’école d’agriculture deviendra l’Institut agricole d’Oka en s’affiliant à l’Université Laval à Montréal, en 1908.

L’État prend le relais

Si, au XIXe siècle, les membres du clergé jouent un rôle prépondérant dans le déploiement de ce réseau d’écoles d’agriculture, au début du XXe siècle, c’est plutôt l’État qui prend le relais. Ainsi, le ministère de l’Agriculture et de la Colonisation va soutenir le développement d’une vingtaine d’écoles d’agriculture moyennes.

En 1940, l’École d’Agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière devient la Faculté d’agriculture de l’Université Laval.

Pendant la Révolution tranquille, en 1962, le ministère de l’Agriculture transforme ces écoles pour en faire les Instituts de technologie agroalimentaire du Québec, ou simplement ITA. À La Pocatière, l’ITA devient ainsi un prolongement de la Faculté d’agronomie de l’Université Laval.

Ce portrait sommaire du rôle des écoles d’agricultures au Québec ne serait pas complet sans un détour pour parler d’un événement auquel des représentants de ces écoles ont souvent été associés à titre de juges : l’Ordre national du mérite agricole (ONMA). Créé en 1889 par le gouvernement du Québec, tel qu’on le précise sur le portail de l’Ordre, « ce concours encourage l’excellence et le développement d’une industrie agroalimentaire dynamique, novatrice et rentable. Il reconnaît chez les productrices et les producteurs québécois leur amour du métier, leur détermination et leur esprit d’initiative ». Il est ouvert « aux entrepreneurs propriétaires d’entreprises agroalimentaires en activité et enregistrées au MAPAQ depuis au moins cinq ans, sans égard au statut juridique, à la production ou à la taille de l’exploitation ».

Cinq critères encadrent le choix des lauréats et lauréates :

  • la gestion de leur appareil de production (peu importe la culture ou l’élevage);
  • la gestion agroenvironnementale;
  • la gestion des ressources financières;
  • la gestion des ressources humaines;
  • le rayonnement social de l’entreprise.

En date de 2019, tout près de 12 000 producteurs et productrices avaient participé au concours depuis sa création. Enfin, depuis 2006, Sollio Groupe Coopératif est partenaire du concours.

Référence

1 PILOTE, FRANÇOIS – Dictionnaire biographique du Canada

Cet article est paru dans le Coopérateur de septembre 2025.

Merci de votre participation!

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