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Chroniques / Pause-Pensée

Faites émerger l’intelligence collective!

Manifestement, notre connaissance de l’être humain n’est pas encore complète. Le développement des neurosciences vient sans cesse bousculer nos vieilles croyances. C’est ainsi qu’une recherche relayée récemment par la revue Harvard Business Review nous invite à repenser l’exercice du leadership en entreprise, en suggérant que le quotient intellectuel d’un groupe dépend bien davantage de la qualité des relations entre les gens que de la hauteur de l’intelligence de chacun d’eux.

Cela veut dire qu’il vaut mieux développer et nourrir l’esprit d’équipe plutôt que de miser sur la grande intelligence de chaque individu. Tel devrait être le souci du leader, désormais. Car dans un monde où volatilité, incertitude, complexité et ambiguïté brouillent les repères, on dit que c’est l’intelligence collective, bien aiguisée, qui permettra de relever les nouveaux défis. Pourquoi? Parce que même le plus intelligent d’entre nous est limité par ses propres biais cognitifs, ces présupposés qui sont ancrés si profondément en lui qu’il en vient à les croire rationnels et universels. Seul le croisement des regards, des talents, des idées et des forces en présence permet d’annuler les biais cognitifs que chacun porte en soi comme autant de points aveugles.

Voilà peut-être qui explique, du moins en partie, le succès et la pérennité des coopératives. Faut-il le rappeler, toutes les enquêtes relatives à la durée de vie des différents types d’entreprises arrivent au même constat : les coopératives sont les entreprises les plus durables. Or, s’il est une caractéristique propre aux coopératives, c’est bien leur nature collective, qui les oblige à travailler en groupe, à prendre avis des membres et à considérer les différents points de vue.

Mais prenons garde : il ne suffit pas de rassembler des gens pour constituer un collectif intelligent. Certaines conditions doivent s’appliquer. D’abord, il faut une bonne diversité au sein des membres du groupe, afin de disposer d’expertises et de talents variés. Ensuite, comme le précise la recherche évoquée plus haut, il faut travailler sur la dynamique de groupe, afin de créer un environnement sain et agréable, où chacun se sentira en confiance. Alors seulement, l’intelligence collective pourra émerger.

La question de la confiance est en effet au cœur de l’intelligence collective. C’est la confiance qui permet d’éviter le piège de la pensée de groupe. Il est tellement facile et sécurisant de dire comme tout le monde! Pour oser diverger d’opinion ou apporter une perspective différente, il faut se sentir en confiance, il faut pouvoir dialoguer en toute authenticité, sans avoir peur d’être jugé. L'intelligence collective n'est donc pas une création fortuite; elle se développe moyennant un certain investissement en temps, en énergie, voire en argent. 

Dans le cas des coopératives, on peut supposer que c’est la qualité de la vie associative qui libère le potentiel du collectif, en permettant aux membres de se connaître, de se reconnaître, de se faire confiance et de dialoguer, pour ensuite décider intelligemment. Pour certains auteurs, le développement des capacités dialogiques conduit simultanément au développement des compétences éthiques. Ce cadrage me semble très pertinent, car en effet, le dialogue confronte les coopérateurs à un dilemme éthique.

Ainsi, l’une des valeurs maîtresses de la coopération est la solidarité. On pourrait être tenté de taire sa voix discordante sous prétexte d’être solidaire de ses pairs. Mais il s’agirait là d’un malheureux raccourci. Au moment du dialogue, c’est une autre valeur maîtresse de la coopération qu’il faut solliciter : la responsabilité personnelle et mutuelle, qui commande le courage de faire connaître son point de vue. Le temps du dialogue, c’est le temps de la responsabilité d’être authentique.

C’est plus tard que viendra le temps de la solidarité. Lorsque tout aura été dit et qu’on aura envisagé toutes les hypothèses, une décision pourra être prise. Elle aura été intelligemment instruite et sera prise dans l’intérêt du bien commun. Alors seulement, les voix discordantes qui auront contribué, autant que toutes les autres voix, à éclairer la question devront se montrer solidaires.  

On ne peut pas gagner toutes les batailles, mais on peut toujours apporter sa contribution à l’intelligence collective.

Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

colette.lebel@lacoop.coop

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop