Un rassemblement solidaire entre femmes

La 16e édition du Forum coopératif féminin 2026 a mis en lumière la solidarité, l’affirmation et le rôle croissant des femmes en agriculture.

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Nouvelle
La coopération
Des déléguées remettent un chèque
C’est avec bonheur et enthousiasme que se sont retrouvées, à Beloeil, à l’Hôtel Rive-Gauche, les participantes du 16e Forum Coopératif féminin. Elles étaient plus d’une centaine.

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

On n’a pas pris la place des hommes, on a pris notre place.

— Jeannine Chartrand, administratrice chez Covris Coopérative et chez Sollio Groupe Coopératif

Jeannine Chartrand a ainsi lancé la 16e édition du Forum coopératif féminin avec, notamment, cette phrase qui exprime bien le sentiment partagé par quelque 115 participantes rassemblées, le 10 avril, à l’Hôtel Rive-Gauche, à Beloeil. En incluant les partenaires, les invités et les organisateurs, l’auditoire était composé de près de 140 personnes.

Une journée pour elles

Le Forum, mis sur pied par les coopératives Covris, Uniag et Agiska, se veut un lieu de rassemblement solidaire qui a « toujours le même objectif, appuie Jeannine Chartrand, c’est-à-dire pouvoir échanger, entre femmes, des enjeux, défis et réalités de notre quotidien. On s’améliore en vieillissant », a-t-elle lancé en soulignant que la participation des femmes est en croissance à chacune des éditions du Forum.

Cette année marque un jalon important dans le parcours des femmes en agriculture. Les Nations unies ont proclamé 2026 Année internationale des agricultrices. C’est l'occasion de mettre en lumière les rôles essentiels qu’assument les femmes dans l'ensemble des systèmes agroalimentaires, de la production au commerce, et ce, partout sur la planète.

« C’est votre fête toute l’année », a tenu à dire l’administratrice et productrice de porcs de Saint-Zéphirin-de-Courval, qui, du même souffle, a félicité celles et ceux qui ont mis l’épaule à la roue pour organiser cette journée de retrouvailles et de ressourcement.

« Nous ne sommes jamais seules »

Marie-Pier Béliveau, administratrice chez VIVACO groupe coopératif, qui occupe également le siège Équité au conseil d’administration de Sollio Groupe Coopératif, a rappelé l’importance de la force du nombre. « La coopération, comme l’agriculture, ne se bâtit jamais seule », a mentionné la copropriétaire de la Ferme Bélichel, à Sainte-Sophie-d’Halifax, une entreprise acéricole de 15 000 entailles dont 10 % de la production sont transformés en divers produits de l’érable.

L’administratrice de Sollio Groupe Coopératif a d’ailleurs profité de l’occasion pour rappeler que le Plan d’action en représentation féminine de la coopérative a mené à de « belles avancées qui témoignent de notre engagement ».

L’objectif fixé pour 2025 d’atteindre 30 % de représentation féminine a été non seulement atteint, mai dépassé, avec 35 % de représentantes au conseil d’administration de Sollio Groupe Coopératif. Du côté des instances, à l’assemblée générale annuelle de la coopérative, notamment, où la cible est la même, on a compté tout près de 29 % de femmes parmi les personnes déléguées à l’AGA de 2026 tenue en février dernier.

« Le Forum coopératif féminin, c’est plus qu’un rassemblement, c’est un espace privilégié pour créer des liens », a indiqué l’administratrice.

Une première au Forum coopératif féminin

Exceptionnellement cette année, c’est un homme, Steve Maltais, philosophe praticien, qui a pris la parole pour la première conférence du Forum.

Le titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en philosophie a présenté des mises en situation de façon à encourager les participantes à prendre leur place, à s’affirmer avec fermeté face aux hommes envahissants, aux agresseurs, aux manipulateurs et aux séducteurs mal intentionnés.

Ses propos et son approche ont polarisé l’auditoire, laissant un sentiment partagé. Pour certaines participantes, les jeux de rôle proposés par le formateur devraient être présentés dans les écoles et dans les assemblées générales du réseau à des auditoires diversifiés. Pour d’autres, ces mises en situation, « parfois embarrassantes », déjà rencontrées par la majorité des femmes, devraient plutôt être présentées aux hommes, afin de sensibiliser ces derniers sur les comportements à ne pas adopter.

Le verre à moitié plein!

Pour clore l'événement, après le dîner, ce n’est nulle autre que Marthe Laverdière qui a littéralement emballé l'auditoire avec sa conférence rafraîchissante « On peut-tu être heureux! »

La colorée horticultrice, humoriste et romancière bien connue a livré son vécu haut en couleur avec authenticité et sensibilité.

Débordante d’énergie, cette femme enracinée et bienveillante, tout au naturel et à cœur ouvert, a rappelé une leçon de vie toute simple que lui a transmise très tôt son père Antonin, alors qu’elle grandissait à la ferme familiale dans les collines de Bellechasse. « Il y a deux façons de voir les choses, m’a-t-il dit : avec le verre à moitié vide, ou alors à moitié plein ». On s’en doute, Marthe a choisi la deuxième option. Non sans un parcours jalonné de hauts et de bas, et parfois de grande intensité, dans un sens comme dans l’autre.

Sa conférence est truffée de confidences et d’anecdotes savoureuses, bien senties, livrées sans pudeur.

On se débarrasse d’abord du physique, lance-t-elle d’entrée de jeu. « Il faut que tu tombes dans l’acceptation de ton corps. C’est l’hérédité, on n’y peut rien. Arrêtons de nous battre avec le physique. Tant que j’passe dans’porte! »

« Combien de fois s’arrête-t-on à l’apparence? questionne-t-elle. Ça ne veut rien dire, c’est ce qu’on a en dedans qui compte. Tenez votre boutte, arrêtez de vous faire dire que les femmes n’ont pas le droit de vieillir! On ne sera jamais plus jeune qu’aujourd’hui, profitez-en maintenant! »

Marthe Laverdière s’efforce de toujours demeurer positive. Il faut enlever le négatif de notre vie. Bien souvent, dit-elle, « 80 % de ce qu’on imagine n’arrive jamais ».

« Il ne faut pas avoir peur du changement, renchérit-elle. La seule personne qui nous met des bâtons dans les roues, c’est nous-même! Si ton projet ne marche pas, ce n’est pas grave. Évitez les "j’aurais dont dû". Faites toutes les folies que vous voulez! »

« On nous dit ‘’pense à toi’’, mais je crois que nous sommes plus heureux dans le ‘’nous’’, assure-t-elle. Avec le temps, la famille et le travail prennent toute la place. On tasse les amies. Gardez contact avec vos chums de filles. Il y a des choses qu’on ne peut vivre qu’entre femmes. »

On a aussi tendance à porter des jugements sans véritablement connaître une situation, prévient-elle. Il faut avoir vécu certaines choses soi-même pour comprendre. Ce que vous entendez dire ne vaut pas ce que vous avez vu de vos propres yeux. « Ce n'est pas ce qu'on entend qui compte, mais ce que cela signifie réellement », dit-elle. Sur les réseaux sociaux, nous prenons souvent tout au pied de la lettre. Ne prenez jamais rien au premier degré, recommande-t-elle.

Marthe Laverdière n’a pas toujours été heureuse. Une lourde dépression qui a duré trois ans l’a forcée à revoir ses priorités. « À une époque, je n’étais jamais contente, un vide m’aspirait. »

C’est notamment en mettant sur pied une fondation (La Fondation Marthe Laverdière) pour les enfants handicapés qu’elle a retrouvé le bonheur. « En fait, le bonheur, ce n’est pas moi qui l’ai trouvé. C’est lui qui m’a trouvé. Je sais que je peux tout perdre, mais ce que je donne, personne ne peut me l’enlever. »

Prochain rendez-vous coop au féminin : le Colloque des coopératrices, les 26 et 27 octobre 2026, à Bécancour. 

Merci de votre participation!

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Vrai ou faux : j'ai tenu compte de ce que ça demande humainement, pour moi, pour mon couple, pour mon équipe, pour ma famille. Pas financièrement. Humainement.

 

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