Entretien avec Sébastien Roy, conseiller SST chez Agiska

Sébastien Roy répond aux questions de Guy Litalien sur les meilleures façons d’assurer la santé et sécurité de tous dans son entreprise agricole.

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Sébastien Roy, conseiller SST chez Agiska Coopérative
Sébastien Roy, conseiller SST chez Agiska Coopérative

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Guy Litalien

Directeur responsabilité d'entreprise et communication chez Agiska Coopérative

Dans les fermes québécoises, la santé et sécurité au travail (SST) prend de plus en plus de place. Entre les équipements modernes, les produits chimiques, les risques de chute ou encore les enjeux liés à la santé mentale, les producteurs doivent composer avec plusieurs réalités. Pour mieux comprendre les défis actuels sur le terrain, nous avons discuté avec Sébastien Roy, conseiller SST chez Agiska Coopérative.

La culture SST évolue positivement

Guy Litalien : Pourriez-vous décrire la culture SST dans les fermes québécoises d’aujourd’hui?

Sébastien Roy : Je dirais qu’elle évolue dans la bonne direction. Les producteurs connaissent mieux les risques qu’avant et ils sont davantage sensibilisés aux impacts que peuvent avoir les accidents sur les personnes, mais aussi sur les activités de la ferme. On voit aussi une préoccupation grandissante pour le bien-être des employés, des producteurs eux-mêmes, des animaux et même des végétaux. Tout ça contribue à améliorer la culture de SST.

GL : Les producteurs sont-ils plus sensibilisés qu’avant?

SR : Oui, c’est évident. Il reste encore un peu d’insouciance dans certains milieux, mais la majorité des producteurs comprennent davantage les enjeux liés à la sécurité. Les risques liés aux machineries, aux chutes ou encore aux produits chimiques sont mieux connus qu’avant. Les gens réalisent aussi davantage les conséquences qu’un accident peut avoir sur leur famille, leurs employés et leur entreprise.

GL : Quels sont les principaux risques observés dans les fermes?

SR : Les risques sont partout et ils peuvent être détectés en analysant quatre composantes du travail : la personne (sa formation, son expérience, sa façon de faire une tâche), la tâche elle-même, l’environnement de travail, les équipements et les machines. Par exemple, est-ce que les lieux sont sécuritaires? Est-ce que les équipements sont bien protégés? Est-ce qu’il y a des gardes de sécurité? Est-ce que les employés sont bien formés? Même le cadenassage est devenu important à la ferme. Aujourd’hui, plusieurs machines agricoles possèdent des systèmes de verrouillage à activer durant les réparations ou l’entretien.

GL : Quelles sont les habitudes les plus préoccupantes?

SR : Le danger finit parfois par devenir normal, le plus grand danger, c’est donc souvent l’habitude. Quand on accomplit une tâche depuis longtemps, on finit parfois par banaliser les risques qui y sont associés. Les producteurs expérimentés connaissent bien leurs équipements, mais cette familiarité peut créer une forme de désensibilisation. À l’inverse, les jeunes travailleurs ont souvent une meilleure sensibilité à la sécurité, mais moins de connaissances des risques.

GL : Pourquoi certaines mesures de sécurité tardent-elles à être appliquées?

SR : Plusieurs producteurs ont l’impression que la SST ralentit les activités ou augmente les coûts. Il y a aussi la fatigue, le manque de temps ou simplement le manque d’information. Souvent, on réagit après un incident plutôt qu’avant. Pourtant, agir en prévention coûte presque toujours moins cher qu’un accident grave.

GL : Par où commencer pour améliorer la sécurité dans une ferme?

SR : La première étape, c’est toujours la détection des risques. On peut résumer le processus en trois mots : détecter, corriger, contrôler. On détecte un risque, on corrige la situation, puis on met des mesures en place pour éviter que le problème revienne. Cette démarche doit être continue. Même dans les petites tâches du quotidien, il faut prendre l’habitude de se demander : y a-t-il un risque ici?

GL : Quels sont les risques les plus importants à surveiller?

SR : Certains risques demeurent prioritaires : les chutes, les renversements de tracteurs, les pièces de machinerie en mouvement, les produits chimiques, les gaz dans les silos et les bâtiments, les risques biologiques, le bruit, les risques psychosociaux et les facteurs qui menacent la santé mentale comme le stress chronique et les difficultés économiques. On sous-estime encore beaucoup les impacts du bruit sur la qualité de vie. Les protecteurs auditifs demeurent probablement les équipements de protection les plus négligés dans les fermes.

GL : Qu’en est-il de la prise de force (PTO)?

SR : C’est un danger qui ne pardonne pas. Les PTO et les arbres de transmission demeurent des sources importantes d’accidents graves. Il suffit d’un vêtement ou d’une manche qui s’y coince pour provoquer des blessures extrêmement graves, parfois mortelles. Les gardes de protection doivent toujours être en place et en bon état. Même chose pour les protections sur les chaînes, les convoyeurs et les autres pièces en mouvement.

GL : Les équipements de protection individuelle (ÉPI) sont-ils utiles?

SR : Les (ÉPI) comme les lunettes, les gants, les bottes, les masques et les protecteurs auditifs jouent un rôle essentiel, mais ils représentent le dernier niveau de protection. Le premier réflexe devrait toujours être d’éliminer le risque à la source. Si on peut éviter l’exposition au danger, c’est encore mieux que de devoir se protéger contre lui.

GL : Qu’en est-il des produits chimiques à la ferme?

SR : Une des erreurs les plus fréquentes demeure la méconnaissance des produits utilisés. La première chose à faire, c’est de consulter les fiches de données de sécurité. Ces documents permettent de connaître les risques, les équipements de protection nécessaires, les méthodes de manipulation sécuritaires et les procédures d’urgence.

GL : Il semble que la biosécurité prend de plus en plus d’importance.

SR : La biosécurité touche autant la santé humaine que la santé animale et végétale. Les moisissures, les agents pathogènes, les vaccins, les fumiers ou encore les accès aux bâtiments font maintenant partie des enjeux importants en SST. La désinfection et le contrôle des accès sont devenus des éléments essentiels dans plusieurs fermes.

GL : Comment être prêt face aux urgences?

SR : Toutes les fermes devraient au minimum avoir prévu une chose en cas d’urgence : un lieu de rassemblement. On devrait aussi avoir dressé une liste de numéros importants et des noms des responsables en plus d’assurer une bonne communication entre les travailleurs. On ne sera jamais trop préparé. Lors d’une urgence, un simple numéro de téléphone peut parfois sauver une vie.

GL : Si je comprends bien, il faut être proactif en SST?

SR : En santé et sécurité, le meilleur réflexe, c’est la prévention et la prudence, c’est-à-dire qu’il faut maintenir la vigilance au quotidien. À la fin de mes courriels, j’écris toujours « Restez prudents ». Le mot important, c’est « rester ». La SST, ce n’est pas un effort ponctuel. C’est une attitude qu’on doit garder chaque jour.

Coopérateur Agiska de septembre 2026

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