L’avenir de l’agriculture dans le regard des jeunes

Lors de sa 100e assemblée générale annuelle, en février dernier, Sollio Groupe Coopératif a honoré son histoire et, aussi, tourné son regard vers le futur.

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Témoignage et entrevue
Sollio Groupe Coopératif
Le panel était animé par le journaliste Nicolas Mesly. Y participait également Julie Bissonnette, copropriétaire de la Ferme Olivier Fleury (membre d'Agiska Coopérative), et présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, et Jean-Philippe Côté, propriétaire de la Ferme Malaco, à Magog, membre de VIVACO groupe coopératif, et administrateur chez Sollio Groupe Coopératif
Le panel était animé par le journaliste Nicolas Mesly. Y participait également Julie Bissonnette, copropriétaire de la Ferme Olivier Fleury (membre d'Agiska Coopérative), et présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, et Jean-Philippe Côté, propriétaire de la Ferme Malaco, à Magog, membre de VIVACO groupe coopératif, et administrateur chez Sollio Groupe Coopératif

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Un panel de jeunes producteurs et productrices agricoles, animé par le journaliste Nicolas Mesly, s’est penché sur les défis et enjeux de l’agriculture des prochaines années.

Les changements climatiques

Sans surprise, les changements climatiques sont au cœur des préoccupations des jeunes producteurs. Pascal Guérin, copropriétaire de la ferme Les Jardins A. Guérin et Fils, à Sherrington, et membre d’Uniag Coopérative, a fait part d’une certaine appréhension devant l’ampleur du problème. « Les températures extrêmes auxquelles notre entreprise devra faire face en mineront la productivité », constate-t-il. Des travaux de conservation des sols, notamment dans les riches terres noires de ce maraîcher, contribuent à maintenir les rendements. Et avec la hausse des températures, il faut aussi gérer la présence de nouveaux insectes, dit-il.

Jean-Philippe Côté, propriétaire de la Ferme Malaco, à Magog, membre de VIVACO groupe coopératif et administrateur chez Sollio Groupe Coopératif, met également à profit l’amélioration de la structure de ses sols de façon à augmenter leur rétention d’eau. Semis direct, engrais vert, rotation, cultures de couverture, contrôle de la compaction et apport d’azote par les cultures font partie des pratiques mises en œuvre dans cette entreprise laitière pour maintenir les sols en bonne santé.

« Le stress thermique est de plus en plus présent », constate de son côté la productrice laitière Julie Pinard, de la Ferme GE Bernard 2009 inc., en Montérégie, qui est membre d’Agiska Coopérative. « Il faut réduire ce stress, car son impact est réel et nous fait perdre de l’argent. »

La gestion de l’eau et des GES

Dans la foulée des réflexions sur les changements climatiques, l’animateur amena les panélistes à échanger sur la ressource eau, un enjeu crucial auquel sont déjà confrontées nombre de régions du globe. « Cette ressource rare sera l’enjeu du XXIe siècle et pourrait être à l’origine de nombreux conflits entre ceux qui la réclament », a-t-il fait valoir.

Comparativement à d’autres régions – la Californie, entre autres, déjà aux prises avec de sérieux problèmes d’approvisionnement en eau –, le Québec peut sembler à l’abri du besoin. Il est clair que le Québec est bien pourvu en eau, « mais il faut bien la gérer, souligne Pascal Guérin, ne pas juguler notre avantage concurrentiel, et savoir prévoir, car tout change rapidement ».

Jean-Philippe Côté est du même avis. « L’eau qui nous tombe du ciel, il faut bien la gérer, dit-il. On met en place des plans d’action. »

À la Ferme Olivier Fleury, membre d’Agiska Coopérative, on a modifié les pratiques culturales (couverture du sol, notamment) pour économiser l’eau et réduire les gaz à effet de serre. Julie Bissonnette, copropriétaire de l’entreprise et présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, veut s’adonner à ces pratiques en étant appuyée, entre autres par son réseau.

Les terres agricoles peuvent-elles être des puits de carbone? La question reste entière, croient les panélistes. Les initiatives gouvernementales en ce sens sont perçues comme un bon départ, mais il reste à bien en définir les paramètres.

« L’argent, c’est le nerf de la guerre, lance Pascal Guérin. Il faut baisser nos coûts. Pour réduire nos GES, on pourrait bénéficier de l’appui financier de nos gouvernements afin de mettre en place des méthodes d’amélioration. »

Julie Pinard croit aussi en la nécessité de réduire les GES à la ferme. Elle y songe, et étudie notamment la possibilité de modifier l’alimentation des bovins. Mais ça demeure embryonnaire, dit-elle.

Et la gestion de l’offre…

« Il faut conscientiser la filière à la nécessité de la gestion de l’offre, déclare Jean-Philippe Côté. Elle permet une stabilité, la prévisibilité de la production et des revenus : les entreprises savent à quoi s’attendre et elles peuvent investir. Elle permet des entreprises fortes et stables. »

« Il faut la moderniser, croit pour sa part Julie Pinard, de façon que, comme entrepreneurs, on soit moins vulnérables. »

La gouvernance de sa coopérative et de sa ferme

Julie Bissonnette est d’avis que si les jeunes ne s’impliquent pas, personne ne le fera à leur place. « Il faut prendre notre place et dire ce qu’on veut, lance-t-elle. Sinon, on vivra avec les enjeux. Il y a différents moyens de s’impliquer. De manière modeste, c’est possible aussi. Pour avoir une agriculture qui va nous représenter. »

« S’impliquer demande du temps et une certaine formation, ajoute Jean-Philippe Côté. Entre autres pour se rendre aux réunions dans des coopératives consolidées qui ne sont plus nécessairement à proximité de la ferme. Il faut aussi apprendre à lire des états financiers et bien comprendre les enjeux qui touchent nos entreprises. »

« J’adorerais m’impliquer partout, commente pour sa part Julie Pinard. Mais il faut que je sois réaliste. Je n’ai que deux bras et deux jambes. J’ai une entreprise et des enfants. Si je m’absente, ça prend quelqu’un à la ferme, et c’est de la pression sur ceux qui restent. Il faut être réaliste. »

Comme jeune père, Pascal Guérin tient à prendre part aux travaux à la maison et aux soins des enfants, des choses qu’il apprécie. « Ce sont encore les femmes qui en font le plus, admet-il. On essaie d’être plus présents. Les comités se tiennent de plus en plus le jour, ce qui facilite la conciliation travail-famille. Car c’est important de continuer de se battre pour assurer la présence des agriculteurs dans ces comités. Il pourrait y avoir de l’aide financière pour y siéger, par exemple. »

Main-d’œuvre : qu’en pensez-vous?

« La main-d’œuvre, c’est un défi, souligne Pascal Guérin. La concurrence avec d’autres industries est bien réelle. Il faut se bâtir une équipe de ressources humaines ayant de multiples compétences. Pour garder notre main-d’œuvre à l’année, on emballe maintenant des produits importés, cultivés en serres, et biologiques. À défaut de main-d’œuvre, la robotique peut aider, dans l’emballage entre autres. Au champ aussi, ça commence. »

« Je viens d’une entreprise où la main-d’œuvre était essentiellement familiale, dit Jean-Philippe Côté. Aujourd’hui, nous avons trois ou quatre employés à temps partiel. Il faut revoir nos façons de faire, notre gestion. »

« La seule certitude, c’est que ça va changer, et de plus en plus vite, déclare Pascal Guérin. Il faut y prendre plaisir. »

« On est tous des passionnés, commente Jean-Philippe Côté. On veut que nos choses fonctionnent. Il faut s’adapter dans nos pratiques, être autocritiques et faire valoir nos valeurs. »

« Notre passion, c’est l’agriculture, souligne Julie Bissonnette. C’est un enjeu sociétal. C’est la vitalité des régions. Il faut être écoutés et entendus. Le collectif et l’union font la force. »

« Ce qui est merveilleux avec l’adaptation et les opportunités, c’est qu’il y a tout un monde de possibles, précise Jean-Philippe Côté. Il faut être à l’affût, être allumés, saisir les occasions. »

Comme le mentionnait Danielle Cadotte, productrice agricole qui assistait à l’évènement : « L’agriculture et la coopération sont entre bonnes mains. Je vous souhaite le meilleur. »

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