Reconnaître et contrer les attaques de prédateurs au pâturage
Des solutions préventives et des effaroucheurs protègent les troupeaux contre les attaques de prédateurs.
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NDLR : D’après le magazine Opti-Bœuf de juillet-août 2018 et les informations du conseiller Optiboeuf SENC et expert-conseil chez Novago Coopérative, Vincent Chrétien, agronome.
De nombreux producteurs de bovins et d’ovins pratiquent la mise-bas au pâturage. Cette méthode réduit les coûts d’alimentation et peut même augmenter la productivité chez les veaux et les agneaux. Cependant, ces nouveau-nés sont plus fragiles et peuvent attirer des prédateurs sauvages qui rôdent dans les boisés environnants.
Il y a deux catégories de prédateurs observés au Québec : ceux venus du ciel et les animaux terrestres. Les sept principaux prédateurs sont les urubus, les corneilles et corbeaux, les loups, les renards, les coyotes et les ours.
Le Coopérateur a réuni un guide d’identification des prédateurs en fonction des attaques et une liste de solutions pour les limiter.
Lisez également « Rescaper un veau attaqué par un coyote ».
Identifier le prédateur
Quand une attaque survient, il y a des signes pour reconnaître le passage d’un prédateur précis. Le savoir nous aide à choisir une méthode de lutte.
Urubus
Ces vautours se présentent seulement quand ils détectent les odeurs de putréfaction. Les placentas en décomposition les attirent et ils vont s’attrouper autour d’un veau naissant ou faible.
« Dès qu’ils voient un veau faible, les urubus en profitent! souligne Vincent Chrétien. »
Corbeaux et corneilles
Ces oiseaux sont bien présents dans les troupeaux. Ils vont picorer des asticots dans les bouses et se perchent à proximité du troupeau. Leurs croassements s’entendent dans les champs.
Ils attaqueront les muqueuses comme les yeux et l’anus, et d’autres parties du corps sensibles : le nombril, le nez et la langue. La peau sera picorée à plusieurs endroits et couverte de sang. Ils peuvent aussi achever leur victime en martelant le crâne. Les vaches peuvent aussi être attaqué par les corbeaux et les corneilles, qui déchireront les trayons du pis.
Loups
Le passage des loups terrorise tout le troupeau et des traces de combat sont évidentes. Il y aura du poil et du sang. Ils affaiblissent une proie, seul ou à deux, et le reste de la meute les rejoint pour la mise à mort. Ils déchiquettent leur repas et dispersent les os. Le cœur, le foie et les poumons seront consommés.
Si plusieurs animaux du troupeau sont blessés, par exemple si des animaux n’ont plus de queue, c’est le signe que de jeunes loups s’exercent à la chasse.
Coyotes
D’abord charognards pour les placentas et les carcasses, les coyotes acclimatent le troupeau à leur présence. Ils peuvent chasser seuls ou en groupe et mordre l’arrière-train et le flanc à plusieurs reprises pendant le combat. Ils brisent les petits os seulement et consomment la cage thoracique. Durant les vêlages en hiver, ils mangent la carcasse par un trou. Ils peuvent s’exercer à chasser en dérobant les queues des animaux.
Ours
Plus actifs au printemps, ce seront souvent les jeunes mâles qui passent à l’attaque : ils sont attirés par le lait et ils dévorent donc les estomacs des veaux et le pis des vaches. Ils déplacent leur proie pour la consommer et ils l’enterrent de débris forestiers. Ils consomment principalement les muscles, le contenu ruminal et l’arrière-train. Ils attaquent l’animal par l’avant en agrippant ses épaules et son cou.
Renards
Les scènes d’attaques des renards sont difficiles à identifier puisqu’ils vont transporter leur proie à leur tanière pour nourrir leurs petits. Si la carcasse est retrouvée, il y aura une morsure au crâne de deux trous espacés entre 1,9 cm à 2,5 cm. Les renards sont de petits canidés comparativement aux coyotes dont le site de perforation sera plutôt entre 2,9 cm et 3,5 cm.
Les renards attaquent surtout les petits agneaux et consomment la partie abdominale en entrant derrière les côtes. Le cou sera couvert de sang et il y aura des signes d’une hémorragie due aux blessures de la poursuite.
Comment prévenir les attaques de prédateurs
Une régie préventive peut limiter la présence des prédateurs dans les zones d’élevage :
- Faire des tournées régulières et quotidiennes;
- Observer tout comportement anormal ou problématique : boiteries, les agneaux et les veaux, et les animaux énervés ou stressés;
- Mettre à l’écart du troupeau les animaux malades;
- Éviter de laisser des placentas en décomposition dans le pâturage;
- Augmenter le nombre d’animaux pour créer un troupeau dense et groupé;
- Faire des parcelles plus petites pour éviter les grands pâturages extensifs;
- Ajouter une double clôture pour garder les agneaux et les veaux à l’intérieur de la parcelle et les prédateurs à l’extérieur;
- Confiner ses animaux si les attaques sont fréquentes.
Le conseiller Optiboeuf SENC et expert-conseil de Novago Coopérative, Vincent Chrétien, suggère que l’effet de groupe intimide les prédateurs.
« L'augmentation de la taille des troupeaux de vaches et de veaux, ou leur regroupement en groupes plus importants et plus soudés, indique l’expert, constitue un moyen de dissuasion naturel contre les coyotes et les loups en réduisant la vulnérabilité des animaux. Les troupeaux plus importants et plus soudés rendent plus difficile l'isolement des proies par les prédateurs, tandis que les vaches plus âgées et plus fortes sont plus susceptibles de défendre leurs veaux et de se défendre contre les prédateurs. »
Ce n’est pas possible de ramasser tous les placentas. On peut plutôt éviter de les laisser traîner. On les enterre quand on en voit un, et ce n’est pas une mauvaise idée de se garder une pelle sur le quatre-roues.
— Vincent Chrétien, conseiller Optiboeuf SENC et expert-conseil chez Novago Coopérative
Savoir identifier le prédateur qui a blessé ses animaux permet de mettre en place les méthodes de luttes adaptées.
Le trappage
Pour lutter contre les ours, les loups, les coyotes et les renards, il est possible de faire appel à des services de trappages. Vincent Chrétien recommande de contacter les fédérations de trappage de nos régions et de demander auprès des instances pour obtenir les autorisations nécessaires.
Les lamas et les ânes
Les lamas et les ânes sont reconnus pour être des animaux farouches et territoriaux qui permettent de lutter contre les prédateurs terrestres.
Certains producteurs de vaches-veaux les utilisent en se procurant un ou deux spécimens, selon la taille de leur troupeau. Si leur efficacité est peu documentée, certains producteurs de bovins ne se départiraient plus de leurs lamas et de leurs ânes.
Repousser les charognards
Les corbeaux, les corneilles et les urubus sont, rappelons-le, des charognards. Il faut donc adopter une régie préventive pour limiter leur attroupement.
Tout ce qui est susceptible de se putréfier devrait donc être enterré ou ramassé. En disposant adéquatement des carcasses et des placentas, on élimine les risques que les charognards soient attirés par les odeurs de chair en décomposition.
Afin de diminuer les chances d’une attaque de charognards, il faut évidemment prendre soin des animaux qui sont blessés ou en mauvaise santé. Ceux-ci sont vulnérables aux attaques et deviennent des proies faciles devant les prédateurs ailés.
La pratique de l’ébousage, soit l’action de disperser les bouses en raclant le sol, peut également réduire le nombre d’insectes qui nichent dans les excréments des vaches. Ultimement, s’il y a moins d’insectes, il y aura moins d’animaux qui les recherchent et donc moins de prédateurs potentiels autour du troupeau.
En résumé :
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Des effaroucheurs contre les oiseaux
Si la présence des oiseaux persiste, d’autres méthodes utilisées dans les productions fruitières et céréalières pourraient être transposées à l’élevage au pâturage.
Par exemple, pour éloigner les oiseaux des cultures de petits fruits, les producteurs utilisent des effaroucheurs sonores. C’est un dispositif qui produit des coups de canon qui effraient les oiseaux.
Dans les grandes cultures comme les céréales, des cerfs-volants en forme de rapace sont installés dans les champs pour imiter le prédateur de certains oiseaux nuisibles aux récoltes. Rien n’indique s’ils repoussent vraiment les prédateurs ailés en production bovine, mais c’est une méthode de lutte peu coûteuse à essayer si un problème de corneilles perdure.
Petit guide pratique
L’association des Producteurs d’agneaux de l’Alberta a également publié un guide de prédation qui s’intéresse particulièrement aux coyotes.
| Espèces | Contexte | Consommation au premier repas |
|---|---|---|
| Urubus | S’attroupent autour d’un placenta en décomposition ou d’un veau naissant ou faible et restent proche du troupeau. | Picorent et perforent les yeux, le nez, le nombril et l’anus. |
| Corneilles et corbeaux | Un animal attaqué par les corneilles et corbeaux aura des lésions près des muqueuses et du sang sur le corps. Ses assaillants sont présents en permanence, on peut donc les voir et les entendre autour du troupeau. | Ils picorent le pourtour des yeux, du nez, du nombril et de l’anus où ils laissent des trous. |
| Loups | Ils couvrent une grande surface avec des traces évidentes de poursuite et de combat, soit des taches de sang et des touffes de poil. Le troupeau en entier est effrayé. | Les loups ciblent la graisse interne et les organes internes comme le cœur, le foie et les poumons. Ils brisent la cage thoracique des animaux, leurs gros os seront brisés et éparpillés assez loin de la carcasse. |
| Coyotes | Ils attrapent les queues des animaux et font des blessures similaires à celles infligées par les loups, mais elles sont moins profondes étant donné que c’est un plus petit canidé. | Ils ouvrent la cage thoracique pour consommer les organes vitaux en premier. Seuls les petits os sont brisés, les gros os sont intacts. |
| Ours | Les ours préfèrent déplacer leur proie pour la consommer ou enterrer leur carcasse de débris forestiers, la scène de combat n’est donc pas grande. | Ils préfèrent les muscles et le contenu ruminal. Ils consomment l’arrière-train en premier et ne brisent pas la cage thoracique et les os. Leur partie préférée d’une vache est le pis. |
| Renard | Malheureusement, les attaques de renards sont discrètes, les signes de leur prédation sont plutôt rares. Ils auront tendance à trainer leur proie à l’écart de la scène d’attaque. | Ils consomment le contenu abdominal en entrant par l’arrière des côtes. Il y aura une paire de perforations au niveau du crâne qui indiquent que le renard a mordu la tête. |
Cet article est paru dans le Coopérateur de mars 2026.