Les 4F de la motivation
Quatre leviers orientent nos choix, à la ferme comme ailleurs, les 4F : le fun, la foi, la fierté et le foin.
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« J’adore ce que je fais! » Mais pourquoi pratiquez-vous l’agriculture comme vous le faites, et quelles sont vos motivations réelles? Quatre leviers orientent nos choix, à la ferme comme ailleurs : le fun, la foi, la fierté et le foin.
C’est ce que révèlent les travaux de Jacques Forest, chercheur et professeur à l’UQAM, fondés sur la théorie de l’autodétermination. Pierrette Desrosiers, M. Ps., psychologue des entrepreneurs et des entreprises familiales en milieu agricole, conférencière et autrice, traduit ce modèle dans le quotidien d’une entreprise agricole.
« Les quatre sources de motivation coexistent toujours chez une même personne, précise la psychologue. Ce qui change d’un producteur à l’autre, c’est le dosage. Le fun et la foi sont des motivations autonomes, qui soutiennent l’engagement durable et le bien-être. La fierté et le foin sont contrôlés : ces sources peuvent propulser un producteur un temps, mais quand elles prennent le dessus, elles deviennent risquées pour la santé comme pour l’entreprise. »
Le fun (plaisir)
Aimer ce qu’on fait, au point d’y trouver un plaisir en soi. « On le fait parce qu’on adore faire ça, précise Pierrette Desrosiers. C’est le plaisir à l’état pur. » C’est la logique du loisir : le ski pour la sensation de la pente, la motoneige pour le grand air, le tricot pour la détente. « Un passe-temps, on est même prêt à payer pour ça. »
Personne n’aime tout dans son travail. Remplir la paperasse, monter dans le silo à -25 °C : il y a toujours des tâches qu’on fait par obligation. Mais si rien ne nous allume dans ce qu’on fait, on est très fragile.
La foi (sens et valeurs)
« La foi, c’est quand ta motivation est basée sur des valeurs et des principes », explique Pierrette Desrosiers. Vouloir maintenir une tradition familiale, avoir une ferme qui respecte l’environnement, faire bien vivre les siens, transmettre quelque chose de solide à la relève : autant d’ancrages qui donnent du sens aux journées les plus exigeantes. « Lorsqu’on est engagé et qu’on fait bien les choses, on agit en fonction de ses valeurs. » Pas besoin qu’on nous surveille ni qu’on nous applaudisse pour tenir le cap.
La fierté (ego et regard de l’autre)
Être fier de ses réalisations, c’est normal et important. Mais la fierté comme moteur principal prend deux formes, et les deux sont fragiles. La première cherche la reconnaissance. « On souhaite s’accomplir à travers le regard de l’autre, explique la psychologue. Sans les applaudissements, pas de fierté ressentie. » La seconde se joue à l’intérieur : un « faut que je me prouve » qui ne lâche jamais, même sans public.
Dans les deux cas, on travaille pour éviter quelque chose : la désapprobation des autres ou la honte intérieure. « Les personnes motivées par leur ego sont beaucoup plus susceptibles de faire un burnout, parce qu’elles vont pousser leurs limites. » Qu’est-ce qui pousse un producteur à sans cesse prendre de l’expansion? Est-ce pour payer les comptes, pour la viabilité de l’entreprise, pour la relève ou pour nourrir autre chose?
Le foin (récompenses)
Le foin, c’est l’argent, mais pas seulement. C’est aussi les prix, les records de production, les titres honorifiques : tout ce qui se compte et qui se montre. « L’argent est fondamental, convient Pierrette Desrosiers. Pour faire vivre sa famille, soutenir son entreprise, investir dans la relève ou pour la sécurité financière. Mais si c’est la seule chose qui nous pousse, on est fragile. » Dans les années difficiles, il ne reste rien sur quoi tenir. Et si en plus on n’aime pas ce qu’on fait, « […] on ne fera pas long feu. Ce n’est pas une source de motivation soutenable. »
Cet article est paru dans le Coopérateur de mai-juin 2026.