Production bovine et 2020 (1re partie)

1er janvier 2020 : 20 ans après que le fameux bogue de l’an 2000… ne s’est jamais produit! Bonne nouvelle : de 2020 à 2025, une demande mondiale forte de viande bovine devrait soutenir une augmentation de 3,1 % par année. (Source : Drovers, février 2019)

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Bruno Langlois

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Bruno Langlois

Agronome et conseiller spécialiste en production bovine à La Coop fédérée

Passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales.

Toutefois, il faudrait résider sur la planète Mars pour ne pas sentir la pression que l’élevage bovin subira pendant ces cinq années : relève et main d’œuvre, rentabilité, bovins et gaz à effet de serre (GES), discours antispécistes et véganes, etc.

Tout un défi que ces derniers points. Curieusement, ils comportent certains paradoxes. Par exemple, les bovins se retrouvent dans le bocal « Danger : méthane »… bien que leurs pâturages constituent d’excellents puits de carbone. Ou encore, pourquoi des « viandes » végés et du Beyond Meat®?

Peu importe : l’agriculture, y compris la production bovine, a le devoir d’assurer à court, moyen et long terme l’alimentation d’une population toujours grandissante. Dans ce billet, je vous propose cinq éléments de réflexion concernant ces nouveaux défis.

Vrai ou faux?

  1. Depuis 1990, la production totale de GES augmente en Amérique du Nord. Faux. Ayant culminé vers 2005, la production actuelle combinée du Mexique, des États-Unis et du Canada est revenue au niveau de 1993. (Réf. : Agence des États-Unis pour la protection de l’environnement 2018, Environnement Canada 2018, Institut national d’écologie et de changement climatique du Mexique 2018)
  2. En 2010, l’agriculture produisait environ 14 % des GES mondiaux (équivalents CO2). Vrai. En fait, la quantité de GES produits par l’agriculture n’a pratiquement pas changé depuis 1990, malgré une augmentation de plus de 20 % de la population mondiale. (Source : WRI et FAO, 2014)
  3. Remplacer la totalité des protéines bovines par des protéines végétales éliminerait 100 % de la production de méthane, qui est le GES le plus produit et le plus dommageable. Faux, faux et faux. Les bovins émettent 16 % du méthane mondial, pourcentage qui s’ajoute… au méthane produit par les ruminants sauvages et aux 30 % générés par les fermentations anaérobies, principalement dans les rizières et les bassins hydroélectriques. (Source : Wikipédia) Par ailleurs, le CO2 provenant des combustibles fossiles, les procédés industriels et la déforestation représentent 75 % de tous les GES. Le méthane a effectivement un effet de serre plus grand (25 fois) que le CO2, mais beaucoup plus petit (298 fois!!!) que l’oxyde nitreux, gaz libéré naturellement lors du travail des sols requis pour produire bon nombre de protéines végétales! (Source : Manitoba Eco-Network)
  4. Faire pâturer des bovins = moins de bouffe pour les humains. Faux. En 2000, Russell et Gahr estimaient que 5 % de toute l’énergie solaire captée par la biomasse du globe était vraiment disponible pour l’alimentation humaine et que les bovins n’entraient pas vraiment en compétition avec les humains, puisqu’un grand nombre d’entre eux pâturent sur des terres souvent peu propices aux autres cultures.
  5. On conserve mieux les prairies indigènes en en retirant les bovins. Faux. En janvier 2019, le magazine Cattlemen rapportait les propos de Mike Roberts, de la Waldron Ranch Grazing Co-operative, en Alberta : « En fait, sans le travail des bovins, des bisons ou du feu, on détruit ces grands pâturages naturels. Il y a plus de 30 ans, des chercheurs ont clôturé une section pour empêcher les ruminants d’y brouter. L’accumulation d’herbes mortes a tout étouffé, et il ne reste que de la mousse et quelques plantes ici et là. C’est le jour et la nuit avec l’autre côté, là où les vaches ont continué à faire leur travail. »

Pas mal plus subtil que ce qu’on entend parfois, n’est-ce pas? Dans mon prochain billet, je continuerai sur la même lancée et parlerai de banque alimentaire à quatre pattes et d’anthropomorphisme.

Bonnes discussions!

Merci de votre participation!

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