Pour une valorisation du travail invisible en agriculture
Une initiative vise à chiffrer le travail invisible en agriculture, majoritairement accompli par des femmes, pour le reconnaître à sa juste valeur.
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« Travail invisible ». Derrière cette expression se cachent toutes les besognes réalisées sans rémunération. S’il n’est pas unique à l’agriculture, le travail invisible est omniprésent dans le secteur agricole : effectuer des tâches ménagères, prendre soin des enfants, publier sur les réseaux sociaux et faire la comptabilité alors que le conjoint s’occupe de tâches plus « productives ». Aux Agricultrices du Québec, la directrice générale Katherine Rousseau et la présidente Véronique Guizier s’attellent à nommer et à mesurer ce travail essentiel. C’est que le tiers des femmes qui travaillent dans l’entreprise agricole n’ont ni salaire, ni parts!
L’enchevêtrement des tâches quand le lieu de travail est aussi le lieu de résidence amène une imbrication des sphères personnelle et professionnelle. Ainsi, en tenant compte du travail invisible, « Les femmes déclarent faire plus d’heures de travail que les hommes », ont mesuré les Agricultrices du Québec. Le soutien émotionnel, la proche aidance et l’engagement communautaire, syndical ou coopératif font aussi partie de l’équation. « Plus de 90 % des femmes jugent avoir une charge mentale élevée ou très élevée », mentionne Véronique Guizier.
S’il était inclus dans l’économie, le travail ménager représenterait 37 % du PIB canadien selon l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (AFÉAS). Or, il n’est ni comptabilisé dans le coût de production – c’est « normal » d’aider – ni reconnu comme une activité qui permet de verser des cotisations aux programmes sociaux – le Régime de rentes, le Régime québécois d’assurance parentale, etc. Les conséquences de l’invisibilité du travail sont multiples : épuisement, non-reconnaissance sociale, sentiment d’imposture, démotivation, précarité financière, inégalité, divorce. À la ferme, c’est souvent la femme qui vole d’une urgence à l’autre bénévolement! « La réalité fait qu’on doit parfois sacrifier un salaire, mais présenter des réalités chiffrées permet d’établir la valeur du travail », juge Véronique Guizier.
Pour les Agricultrices, l’objectif de colliger des données est triple. « On parle du travail invisible concrètement, en chiffres, on ouvre le dialogue et on sensibilise au sein du couple ou de l’entreprise, explique Katherine Rousseau. On établit aussi une valeur de référence du travail invisible à l’intention des décideurs politiques. » À la clé : plus d’équité, moins de stéréotypes genrés.
En 2025, 500 répondants du milieu agricole au Québec – mais seulement 50 hommes – ont calculé leur travail invisible dans un formulaire Web encore accessible en ligne, à remplir en 15 minutes. En moyenne, une personne effectue 49 heures de travail invisible par semaine, excluant son travail courant, une valeur annuelle de 48 412 $ à un taux horaire de 19 $. Or, selon les normes du travail, tous les travailleurs – féminins, masculins ou étrangers – ont droit à un repos hebdomadaire minimal de 32 heures consécutives!
Cet article est paru dans le Coopérateur Agiska de mai-juin 2026.
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