L’antidote au stress
Le stress fait partie de la vie. « À dose raisonnable, il aide à se mobiliser et à diminuer les risques devant une menace, explique le psychologue Camillo Zacchia. À dose extrême, toutefois, il devient nocif pour la personne. »
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Clinicien spécialisé dans le traitement des troubles anxieux, de la dépression et des conflits interpersonnels, le Dr Zacchia apporte un point de vue simple et éclairant sur le phénomène du stress perçu. Son analyse aide à prendre du recul sur les facteurs stresseurs et à cheminer vers un esprit plus détendu, dans un contexte où les responsabilités augmentent autant que la charge de travail*.
Les émotions derrière le stress
Toute une gamme d’émotions peut se vivre en situation de stress excessif : frustrations liées au manque de temps et de repos, inquiétude de ne pas répondre aux attentes, exaspération d’avoir à faire le travail accumulé à cause d’un manque de main-d’œuvre, d’un malentendu ou d’un conflit entre associés, colère qui parfois explose à cause d’un trop-plein d’émotions non ventilées. Toutes ces expériences émotionnelles affectent l’humeur et la capacité à bien réfléchir et raisonner.
« Lorsqu’une personne est soumise à du stress, elle peut ressentir de l’anxiété, dit le psychologue. Quand cette anxiété devient excessive et répétitive, elle peut causer de la détresse psychologique. Parmi les signes observables de cet état de détresse, il y a l’hypervigilance, l’humeur changeante, le réflexe de vouloir tout contrôler et d’être sur la défensive. » Comment faire pour aider cette personne à prendre du recul sur la situation? « La première étape est d’essayer de déterminer les facteurs qui génèrent le stress perçu », précise le Dr Zacchia.
Qu’est-ce que le stress?
Comment expliquer que face à une même situation – disons une panne de machinerie qui a comme conséquence de retarder les travaux –, certains la vivront avec un stress mobilisateur qui les aidera à trouver des solutions (autrement dit, avec une dose raisonnable de stress), alors que d’autres la percevront comme une catastrophe et auront le réflexe d’appréhender le pire scénario? « Cette peur excessive rend plus difficile la recherche de solutions », fait remarquer le psychologue.
On voit par cet exemple que la perception d’une situation est plus importante que l’évènement lui-même. Pour se questionner sur les sources ou les facteurs qui déclenchent en nous le stress, Camillo Zacchia se réfère au modèle de la psychologue Sonia Lupien. Ce modèle donne des pistes pour décomposer de façon efficace le ou les éléments à l’origine du stress perçu.
Plus de contrôle pour diminuer le stress
Le corps ressent du stress face à des défis. Plus ces défis augmentent ou plus nous percevons qu’ils augmentent, plus le stress augmente. Parmi les facteurs du modèle de Sonia Lupien, il y a le sentiment de perdre le contrôle. Les premières questions à nous poser lorsque nous percevons un stress sont : ai-je pris tous les moyens pour contrôler la situation? Ai-je suffisamment d’outils et de ressources pour faire face aux défis que je perçois comme une menace? Autrement dit, que puis-je améliorer pour me sentir plus maître de la situation?
« Lorsque nous prenons le temps de nous questionner sur les motifs qui provoquent en nous du stress, il faut oser nous questionner sur nous-mêmes et nous demander ce qui est le plus important pour nous, puis mettre cela en relation avec la vision du développement actuel de l’entreprise », recommande Camillo Zacchia.
Un pas vers la résilience
Comment cheminer vers plus de résilience, dans un contexte où le manque de main-d’œuvre alourdit souvent la charge de travail? « J’aime bien citer la prière des Alcooliques anonymes pour résumer ce qu’est la résilience, affirme le psychologue. Cette prière se résume à changer et donc contrôler ce que l’on peut, à accepter ce que l’on ne peut pas changer, et à vivre avec un certain niveau d’incertitude. »
Se questionner sur ce que l’on peut changer n’est jamais simple, surtout si les changements concernent plusieurs personnes. Il faut se questionner ensemble sur ce que l’on peut changer pour mieux maîtriser la situation. « Souvent, il faut réviser nos standards et nos attentes, qui parfois frôlent un perfectionnisme qui ne nous rend plus service, fait remarquer Camillo Zacchia. À l’inverse, des standards insuffisants peuvent aussi créer du stress. Par exemple, ne pas s’inquiéter de la machinerie, ne pas faire d’entretien et se retrouver avec une panne au mauvais moment peut générer autant de stress. »
Un moment de vérité
L’attitude de résilience passe nécessairement par plus de confiance en soi-même et envers les autres. Lorsqu’en entreprise des personnes présentent des signes de stress et d’anxiété, un pas de recul est nécessaire. Ce n’est pas confortable, mais il y a là un moment de vérité où l’on prend conscience de ses limites personnelles – et nécessairement de celles de l’entreprise. Prendre le chemin de la résilience, c’est aussi accepter de réviser ensemble nos méthodes, nos standards et nos façons de faire, et oser réfléchir et cheminer vers un futur plus adapté au capital humain de l’entreprise. Ce sera le meilleur antidote au stress!
* Source : Comprendre, gérer le stress et développer la résilience chez les producteurs agricoles, Camillo Zacchia, Ph. D., conférence en ligne organisée par VIA Pôle d’expertise, janvier 2021.