Les clés du succès en phytoprotection

Pour un traitement de phytoprotection réussi, l’efficacité repose sur la qualité de l’eau, l’ordre de mélange et le nettoyage du pulvérisateur.

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Article technique
Production et rendement
Paysage de champ verts avec des longues parcelles horizontales.

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Stéphane Perreault

Stéphane Perreault

Conseiller agronomique chez Sollio Agriculture

Stéphane est diplômé en agronomie.

En phytoprotection, on parle souvent de choix de produits, de groupes et de doses. Pourtant, sur le terrain, l’efficacité d’une pulvérisation repose souvent sur des éléments beaucoup plus concrets : la qualité de l’eau, l’ordre de mélange et le nettoyage du pulvérisateur. Des détails? Pas du tout. Ce sont souvent eux qui font la différence entre un traitement réussi… et un résultat décevant.

L’eau : le premier ingrédient de la pulvérisation

L’eau représente la plus grande partie de la bouillie, mais sa qualité est encore trop souvent négligée.

Turbidité

Une eau trouble, chargée de sédiments, peut nuire directement à l’efficacité de certains herbicides. Les particules en suspension peuvent fixer la matière active avant même qu’elle n’atteigne la mauvaise herbe. Résultat : une efficacité réduite, malgré un produit bien choisi.

Dureté

La dureté de l’eau est un autre facteur clé. Le calcium, le magnésium, le fer ou le sodium présents dans l’eau peuvent se lier à certaines molécules, comme le glyphosate, et en diminuer l’action. De façon générale, on vise une eau dont la dureté est inférieure à 100 ppm (équivalent CaCO₃).

Le pH

Le pH joue aussi un rôle important. Pour la majorité des produits, une eau légèrement acide – entre 4 et 6,5 – assure une meilleure stabilité de la bouillie. Certains herbicides font exception, notamment les sulfonylurées, qui nécessitent un pH plus élevé. Un pH mal adapté peut accélérer la dégradation du produit, parfois en quelques heures seulement.

Enfin, la température de l’eau n’est pas anodine. Une eau trop froide peut réduire la performance de plusieurs herbicides. Lorsque c’est possible, il vaut mieux éviter de préparer la bouillie avec une eau très froide.

Bien mélanger la solution pour mieux l’appliquer

Une bouillie mal préparée peut vous réserver de mauvaises surprises. Pour éviter les incompatibilités et les problèmes de mousse ou de dépôts, l’ordre de mélange est essentiel. La règle WALES est une référence simple et efficace :

W : 50 % du volume d’eau suivi de l’agent de conditionnement, de l’anti-mousse, des granules et des poudres (WSB, WP, WG, DF);
A : Agitation constante, attendre que tous les ingrédients de la première étape soient bien dissous;
L : Produits liquides (SC et SE);
E : Concentrés émulsifiables (EC);
S : Solutions (SN, SL, surfactants) puis glyphosate et finalement fertilisants liquides.

Respecter cet ordre permet non seulement d’obtenir une bouillie homogène, mais aussi de réduire les risques de bouchage et de pertes d’efficacité.

Les adjuvants : des alliés, pas des gadgets

Les adjuvants ne servent pas à « corriger » un mauvais traitement, mais à optimiser un traitement bien préparé. Les agents anti-mousses, comme le Defoamer, sont particulièrement utiles avec des produits comme le glyphosate et en présence d’une forte agitation. Les agents de conditionnement de l’eau tel que le Relax permettent d’ajuster le pH et de contrôler la dureté, ce qui améliore l’efficacité de certaines matières actives.

D’autres adjuvants visent à améliorer la couverture du feuillage ou à réduire la dérive.

Toutefois, certaines associations doivent être évitées. Par exemple, l’utilisation de sulfate d’ammonium ou de conditionneurs avec le dicamba peut accroître les risques de volatilisation.

Le nettoyage : une étape qu’on ne peut plus négliger

Avec la multiplication des systèmes de production et des technologies (Roundup Ready, LibertyLink, Enlist E3, Xtend, etc.), le nettoyage du pulvérisateur est devenu une étape essentielle. Certaines cultures, comme le soya, sont extrêmement sensibles à de très faibles résidus d’herbicides, notamment ceux du groupe 4.

Un simple rinçage à l’eau ne suffit plus. Un nettoyage efficace comprend plusieurs étapes : rinçage à l’eau, lavage avec un détergent adapté, comme le Demolish, puis rinçage final. Les tuyaux, les rampes et les buses doivent tous être inclus dans le processus. Cela prend plus de temps, certes, mais c’est aussi une assurance contre des dommages coûteux.

En résumé

Optimiser une pulvérisation ne repose pas sur une seule décision, mais sur une série de bons réflexes : utiliser une eau de qualité, respecter l’ordre de mélange, choisir les bons adjuvants et nettoyer rigoureusement le pulvérisateur. Ces pratiques, souvent considérées comme secondaires, sont pourtant au cœur de la réussite des traitements et de la réduction des risques au champ.

Cet article est paru dans le Coopérateur d'avril 2026.

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