Calculer et réduire le méthane émis par les vaches

Le calculateur de méthane entérique de Sollio Agriculture est un outil pour mesurer le méthane et favoriser la santé financière de votre ferme!

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Article technique
Agriculture durable
Des vaches laitières consomment du fourrage

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Combien vos vaches génèrent-elles de méthane? Si les producteurs surveillent une foule de paramètres de leur troupeau, porter attention au méthane est non seulement bon pour le climat planétaire, mais aussi pour sa santé financière!

La filière laitière s’est donné un objectif ambitieux de carboneutralité d’ici 2050. Or, avant de réduire ses émissions, il faut les mesurer. Il existe de plus en plus de logiciels et de calculateurs : Holos, Cool Farm Tool, Logiag et Agriclimat. Depuis la fin de 2023, Sollio Agriculture participe à l’effort de guerre en proposant dans le module Lactascan de la plateforme AgConnexionMC son propre calculateur de méthane entérique. Rappelons qu’entre 40 et 50 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) des fermes laitières proviennent de la fermentation dans le système digestif des bovins.

Dans le bioréacteur qu’est le rumen, les archées réduisent le carbone du dioxyde de carbone (CO2) en remplaçant ses deux atomes d’oxygène par quatre atomes d’hydrogène qui proviennent de la fermentation en acides gras volatils (acétate et butyrate). Au passage, elles produisent un gaz, le méthane (CH4), 28 fois plus délétère pour le climat que le CO2. Ces microorganismes sont probablement issus de l’ère géologique de l’Archéen, quand est apparue la vie sur Terre, il y a quatre milliards d’années. Si la méthanogénèse est une bonne chose pour fabriquer du biogaz ou du gaz naturel renouvelable en usine, dans une étable où on ne capte pas les rots des vaches, c’est une autre histoire!

Comme les fermes laitières commerciales ne sont pas équipées de dispositifs expérimentaux pour mesurer les émissions en continu, le calculateur se base sur des équations prédictives adoptées et validées par des chercheurs de l’Université Cornell, les mêmes qui ont mis au point le logiciel de formulation nutritionnelle utilisé dans le réseau Sollio.

Pour diminuer l’incertitude liée à un modèle purement théorique de consommation d’aliments et d’analyse moyennes des ingrédients, l’outil intègre trois données importantes : la consommation réelle des animaux, les analyses chimiques des aliments propres à la ferme (digestibilité des fibres, teneur en amidon, concentration en énergie) et les factures des aliments achetés – car ce qui est acheté est servi. L’équipe du calculateur a décidé de rapporter le méthane entérique généré non pas par jour ou par kilogramme de matière sèche ingérée, mais en fonction de l’intensité des émissions, donc en kilogrammes d’équivalent CO2 par kilogramme de gras produit.

Les auteurs de ce calculateur novateur sont deux agronomes de Sollio Agriculture, Pascal Labranche et Jérome Lamontagne. Le premier est directeur des produits numériques et de l’innovation alors que le second agit comme spécialiste en nutrition des ruminants. Les objectifs d’un tel outil sont multiples : « Il s’agit de donner du vocabulaire sur les émissions de GES autant aux experts-conseils qu’aux producteurs, et de les sensibiliser avec de bons indicateurs, estime Pascal Labranche. C’est aussi pour leur permettre de réduire leurs émissions, car on sait que c’est vers là qu’on s’en va ». Une fois par mois, une notification par texto signale aux producteurs qu’un rapport est accessible dans la plateforme. Signe que la question du méthane interpelle les fermes laitières, 30 % des utilisateurs cliquent sur la notification pour découvrir leur « bulletin », révèle Pascal Labranche.

Comment réduire les émissions? En maximisant la production laitière de chaque vache. C’est très mathématique : quand on augmente la production, les émissions par kilogramme de gras ne suivent pas au même rythme. En somme, il faut produire plus de lait avec moins d’estomacs.

« Les premières calories ingérées servent aux besoins d’entretien de l’animal pour vivre, se déplacer, combattre le stress thermique », rappelle Jérome Lamontagne. Il y a donc une logique biologique à compter sur moins d’animaux et sur des animaux plus performants. L’élevage doit donc être fait intelligemment : élever et réformer trop d’animaux augmentent les émissions. Mais attention! Il faut compter sur assez d’animaux pour remplacer les moins productifs.

L’alimentation joue un rôle central, mais pas que. « Tout ce qui augmente la production des vaches diminue les émissions de GES, que ce soit le confort, une meilleure génétique ou une alimentation plus digestible », explique Pascal Labranche. Jérome Lamontagne étaye l’importance de la digestibilité : « Si on donne plus d’aliments digestibles comme les concentrés, on vient modifier le profil de fermentation vers une plus grande proportion de propionate, un acide gras volatil à courte chaîne. Le propionate capte des atomes d’hydrogène dans le rumen, ce qui va réduire les émissions de méthane ».

Les agronomes Jérome Lamontagne et Pascal Labranche
Les agronomes Jérome Lamontagne et Pascal Labranche, qui oeuvrent respectivement en nutrition et en agroéconomie, sont heureux de participer à un projet qui concorde avec leurs valeurs et celles du réseau coopératif.

Deux questions courantes

Le méthane représente-t-il une perte de nutriments, une fuite d’énergie? « Pas nécessairement, dit en substance Jérome Lamontagne. Quand on réussit à diminuer les émissions de méthane, on n’augmente pas proportionnellement la production laitière. » Parallèlement, il existe des additifs alimentaires autorisés au Canada, notamment le 3-nitrooxypropanol (3-NOP) qui inhibe une enzyme dans la chaîne enzymatique de la méthanogénèse. La molécule permet de diminuer significativement les émissions de GES, mais n’offre pas de marché rémunérateur actuellement. Pareillement, le 3-NOP n’augmente pas la production de lait.

Les producteurs en mode biologique ont-ils des émissions plus élevées? « Oui, répond Pascal Labranche. L’obligation d’utiliser des rations plus fourragères, donc moins dégradables, génère plus de méthane. Les chiffres montrent que la production laitière des producteurs bio est légèrement inférieure en moyenne, ce qui fait des émissions par litre plus élevées. »

Réduire est payant

Ce qui plaît à Pascal Labranche, agroéconomiste rompu aux chiffres, c’est que les efforts pour réduire les émissions de méthane sont aussi des efforts pour accroître la rentabilité. « Réduire les émissions n’est pas une menace à la rentabilité. Ce qui améliore le bilan carbone améliore aussi la rentabilité des fermes. Il n’y a donc pas de compromis à faire pour les producteurs. »

Alors, combien vos vaches produisent-elles de méthane? Les fermes les moins émissives relâchent environ 7,5 kg d’équivalent CO2 alors que la moyenne est de 8,24 kg, décortique Pascal Labranche, qui a sous les yeux les données de plus de 1500 fermes de six provinces canadiennes. Et vous, de combien sont vos émissions?

Cet article est paru dans le Coopérateur d'octobre 2025.

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