La passation des pouvoirs à la troisième génération
À la Ferme J.C. Perreault & Fils, à Saint-Alexis, la troisième génération est déjà bien en selle pour assurer la pérennité de l’entreprise.
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Après plus de 45 ans à veiller au développement et à la saine gestion de la Ferme J.C. Perreault & Fils, Thérèse Lapalme et Robert Perreault ont décidé de passer le flambeau à leur relève. Un transfert mûrement réfléchi, minutieusement planifié et harmonieusement réalisé. Tous ensemble, Josiane, Maxime, Thérèse, Robert et Marilyne ont participé aux étapes qui permettront à l’entreprise de Saint-Alexis, dans Lanaudière, de perdurer.
Le projet de transfert a amorcé son parcours il y a quelques années dans la tête de Robert Perreault : « Depuis un certain temps, je commençais à penser à ralentir. Ayant été toujours actif, j’ai procédé à la vente d’un de mes lots de terre. La ferme compte 121 ha (300 acres). Mes filles Josiane et Marilyne m’ont dit : “Papa, tu n’en vends plus d’autres.” C’est à ce moment que ma plus vieille et mon gendre [Josiane et Maxime Légaré] sont venus nous voir, Thérèse et moi, pour nous dire qu’ils souhaitaient prendre la relève », raconte Robert Perreault.
« J’ai pris un an pour mijoter ça dans ma tête, poursuit-il Je me suis rappelé quand mon père [Jean-Charles] et moi avions procédé, il avait le même âge que moi maintenant, au moment de transférer l’entreprise à Josiane et à Maxime, soit 65 ans. De mon père à moi, ça s’est fait de façon harmonieuse, sans difficulté. La communication a toujours été excellente. Je crois que c’est la base de la réussite de la passation des pouvoirs. Mon père a commencé par me céder 39 % des parts, puis 40 % un an plus tard. Quand le transfert a été complété, j’ai cédé 20 % des parts à Thérèse et maintenant, nous procédons nous-même à un roulement d’actions pour le transfert de la ferme. »
Nouvelle génération
L’entreprise de grandes cultures tombe entre les mains de jeunes à l’ambition claire et aux compétences incontestables. Tout d’abord, Maxime Légaré, 35 ans, possédait un solide bagage de connaissances avant de rallier les rangs de la Ferme J.C. Perreault & Fils. « Je travaillais depuis six ans pour la Ferme A.R. Brisson, de Saint-Jacques, dans le village voisin, amorce Maxime. Le propriétaire, Alain Brisson, un chic type, a été un excellent patron. Quand ses fils se sont intégrés à la ferme, j’ai décidé de lancer une entreprise d’excavation. J’ai fait ça quelques années et je suis venu travailler pour Robert à la Ferme J.C. Perreault & Fils. Je faisais les deux boulots en même temps et un jour, j’ai dû prendre la décision de cesser les activités de ma compagnie. »
« Il oublie de te dire son principal intérêt à venir travailler avec moi, taquine Robert avec un air espiègle. Il sortait avec ma fille Josiane. »
Les compétences acquises dans l’entretien de la machinerie agricole et la culture des champs seront des atouts majeurs pour Maxime, qui n’a pas de racines agricoles. C’est lui qui voit aux travaux dans les champs et aux décisions des cultures à venir. De son côté, Josiane se charge de toute la comptabilité et la fiscalité de l’entreprise lanaudoise. Comptable professionnelle agréée (CPA) et titulaire d’une maîtrise en administration des affaires (MBA), la jeune femme de 32 ans épaule son amoureux des 14 dernières années dans le développement de la ferme tout en conservant son emploi chez DCA Comptable professionnel agréé.
Sur cette note, Thérèse Lapalme ajoute un élément important dans le transfert. « Toute la famille a participé. Notre fille Marilyne, CPA et MBA comme Josiane, s’est engagée dans le projet. Nos enfants tenaient à ce que la ferme continue et nous voulions une harmonie. C’était le plus important pour nous. »
Robert Perreault appuie sa compagne en exprimant sa désolation devant des transferts mal ficelés qui se sont conclus par des conflits destructeurs.
Conscients des sommes en jeu, le couple Lapalme-Perreault a investi toute l’énergie nécessaire en plus de s’offrir l’expertise de fiscalistes et de spécialistes en transfert de ferme pour assurer le succès de leur projet. À ne pas oublier, une érablière de quelque 2200 entailles figure également au portfolio de la ferme. Elle pourrait d’ailleurs prendre de l’expansion dans le futur.
Des projets identitaires
La renommée de Robert Perreault dans Lanaudière repose sur un engagement public de longue date. D’abord conseiller municipal pour un mandat de quatre ans et maire de Saint-Alexis pendant 20 ans, Robert se joint au conseil d’administration de la Coop de Montcalm en 1988 pour devenir président de la Coop Profid’Or en 2006 et participer à la création de la Coop Novago en 2018. Tout au long de son cheminement coopératif, Robert Perreault accordera une importance majeure à la relève. « Ça a toujours été primordial pour moi. Tant au conseil d’administration qu’ailleurs. Je me souviens, relate-t-il en riant, que quand je suis arrivé au conseil en 1988, il y avait des administrateurs de 65 ans et je me disais : “Ils sont bien vieux!” Aujourd’hui, c’est moi… » Par ailleurs, ses proches apprécient cette qualité. « Faire de la place à la relève, c’est en lui. Robert est un être fait de cette façon. C’est intrinsèque chez lui », affirme son épouse Thérèse. « C’est tout à fait vrai. Papa nous laisse prendre nos décisions. Il nous appuie et partage avec nous sa grande expérience », ajoute Josiane.
Virage biologique
La Ferme J.C. Perreault & Fils a décidé de prendre le tournant biologique lors de la passation des pouvoirs, une forme de choc des générations, selon les dires de Robert. Son gendre Maxime avait ce rêve en tête. « Quand j’ai commencé à travailler avec lui, je l’agaçais avec ça : “Robert, j’aimerais vraiment ça devenir bio.” Un jour, nous en avons discuté plus sérieusement et nous avons procédé au transfert biologique. Je trouvais ça aberrant tous les intrants que ça prenait. Je voulais essayer. Je me disais que le transfert avec Josiane, c’était le moment parfait pour se lancer. Nous sommes jeunes et si nous ne l’essayons pas, je vais le regretter. Après deux ans, je t’assure que je ne reviendrais pas en arrière. »
Une aide voisine
Les premières ventes biologiques se feront lorsque la Ferme J.C. Perreault & Fils recevra sa certification biologique, probablement en 2027. D’ici là, Maxime et Josiane auront l’aide des autres membres de la famille, de Stéphane Galarneau, expert-conseil spécialiste de la culture biologique chez Novago, des producteurs bios de Lanaudière et, plus étroitement, de la famille Ricard de Bio Œufs. « Un de mes amis d’enfance, Danny Ricard, et moi avions commencé à travailler ensemble. Il est décédé dans un accident en mai dernier et je continue avec sa sœur Mélissa et son frère Sylvain. Nous avons nos entreprises respectives, mais nous cultivons ensemble », précise Maxime Légaré. Les deux entreprises cultivent tout près de 490 ha (1200 acres).
L’avenir est entrevu avec optimisme à la Ferme J.C. Perreault & Fils. Josiane et Maxime pourront compter sur l’expérience de Robert qui n’a pas l’intention d’arrêter de travailler prochainement. Selon Josiane, son père est un excellent mentor qui sait laisser la jeunesse faire ses expériences tout en apportant une touche de sagesse. « Il nous donne beaucoup de latitude et me renvoie à mes devoirs au besoin », conclut Maxime.
De son côté, Robert profite de sa retraite de gestionnaire. « Je suis passé de roi à valet et c’est bien parfait comme ça. Avec toutes ces affaires de GPS et de cartographie, je me sens un peu dépassé. Je suis plutôt du type clef ajustable et Maxime est plus moderne avec une machine à percussion. Je le lui donne à Maxime, il aime ce qu’il fait et il s’est bien entouré. Il a essayé de me montrer comment travailler avec ses écrans GPS et la cartographie pour le nivelage des terres. J’ai fait un tour de champ avec lui et j’ai dit : “Stop!” Ça, c’est pour toi, moi je retourne à mon vibro. J’amène 36 pieds de large et je recoupe de six pouces. C’est parfait pour moi. » L’avenir est bio!
Cet article est paru dans le Coopérateur de janvier-février 2026.