L’art de la conservation des fourrages
Je conserve, tu conserves, il conserve… Pour conjuguer production et qualité d’ensilage, on aimerait bien se référer au Bescherelle de la conservation des fourrages. Malheureusement, ce petit bouquin n’existe pas, mais c’est tout comme, car il y a des règles à respecter. L’une d’elles consiste à utiliser un inoculant d’ensilage.
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Voici ce qu’en dit Daniel Drapeau, expert-conseil pour les coopératives Avantis et Agriscar : « En favorisant la production d’acide lactique, les inoculants d’ensilage abaissent le pH des fourrages, ce qui a pour effet de réduire la détérioration des ensilages par les microorganismes nuisibles. »
Détrompez-vous, l’inoculant ne corrige pas les fautes commises aux étapes de production et de récolte. Son but est de favoriser les conditions idéales qui assureront le maintien d’un ensilage de qualité.
À la Ferme Pelletier et Fils, on sait de quoi il en retourne. Produire des fourrages de qualité est, pour ses propriétaires, une seconde nature. On en fait depuis des décennies. Chaque année, avec rigueur et selon les règles de l’art.
Faire plus avec ce qu’on a
« Il faut maximiser le capital en place pour produire le plus possible », fait savoir Réal Pelletier, 72 ans, 10e génération de la famille du même nom à exploiter la terre ancestrale de Saint-Roch-des-Aulnaies. Ce vigoureux septuagénaire est toujours actif et pousse le matériel roulant de la ferme à donner tout ce qu’il a dans le ventre. Un tracteur d’une cinquantaine d’années sert encore. Un autre, âgé de 25 ans, récemment remis en état, cumule les heures. Les mains expertes de Réal font de petits miracles.
Son fils Dany, 11e génération, et sa conjointe, Annie Genest, voient les choses du même œil. Construction, mécanique, plomberie, électricité, les Pelletier savent tout faire. Dany a la calculette au bout des doigts et le verbe facile. Ses explications sont précises, détaillées, réfléchies et appuyées de données.
L’usage d’un inoculant pour traiter les 5000 tonnes d’ensilage de foin (luzerne-brome) et d’ensilage de maïs produites chaque année en est un bon exemple. À 1,40 $ par tonne, ou 3 ¢/vache/jour, et une réduction des pertes qu’il estime à 2 %, Dany est convaincu qu’il fait une bonne affaire. Voyons ses calculs.
À 1400 $ par silo de 1000 tonnes, et un coût de 80 $ par tonne d’ensilage (tel que servi), il doit « sauver » 17,5 tonnes (1400 divisé par 80) pour rentabiliser son investissement. S’il réduit ses pertes de 2 % grâce à l’inoculant, il récupère déjà 20 tonnes d’ensilage (2 % de 1000 tonnes). C’est gagnant! Sans compter l’effet qu’un ensilage de qualité aura sur la productivité et la rentabilité du troupeau.
Un peu de technique
Dany utilise deux types d’inoculant d’ensilage appliqué directement à la fourragère. Le premier, Enersile Gold, est utilisé pour les ensilages de foin et de maïs. Enersile Gold stimule la fermentation grâce aux bactéries qu’il contient : Enterococcus fæcium (aide à stabiliser l’ensilage en sept jours), Lactobacilus plantarum et Lactococcus lactis, toutes trois productrices d’acide lactique. L’inoculant inhibe aussi la fermentation clostridienne. Les ensilages à haut taux d’humidité posent plus de risques de développement de ce genre de fermentation, souligne Daniel Drapeau. Le résultat est une perte de protéine et la formation d’acide butyrique, ce qu’il faut absolument éviter. Les bonnes bactéries de l’inoculant réduisent l’effet des clostridies, conservent le niveau de protéine et favorisent une meilleure consommation volontaire de matière sèche.
Le second inoculant, Enersile Duo, est utilisé particulièrement avec l’ensilage de maïs. Il sert à inhiber les moisissures, tâche attitrée aux bactéries Lactobacillus buchneri. « On le met en tête de silo, précise Dany, là où l’ensilage est moins compacté et plus sujet à chauffer en raison de la présence d’air. »
Meilleurs fourrages, plus de lait
Maximiser la valeur des fourrages abaisse les coûts d’alimentation. L’efficacité alimentaire s’en trouve aussi accrue, particulièrement chez les hautes productrices, qui, avec un aliment frais et savoureux, augmentent leur ingestion d’aliments afin de combler leur appétit vorace. Résultat : plus de lait, de gras et de protéine dans le réservoir. La moyenne au robot du cheptel de 150 vaches en lactation oscille entre 38 et 40 kg de lait/vache/jour « Si tu changes la routine des vaches, ça se répercute automatiquement sur la traite », avertit Dany.
Bref, l’inoculant d’ensilage, c’est l’assurance d’une meilleure appétence, de moins de perte au silo et d’une meilleure conservation.