Garder un œil… de caméra sur la rentabilité

La Ferme Caribou témoigne de son expérience avec les systèmes de surveillance CattleEye et SenseHub.

Publié le
Reportage de ferme
Gestion
Jasmin et Viviane Mathieu de la Ferme Caribou
Dès leur naissance, les veaux de la Ferme Caribou se font poser une médaille du système SenseHub.
L’outil prête main-forte à l’équipe dirigée par Jasmin et Viviane Mathieu. Les eff ets positifs sur l’amélioration
des suivis se font déjà sentir.

Auteurs de contenu

Image de Stéphane Payette

Stéphane Payette

Collaborateur

Membre de l'Ordre des technologues du Québec, Stéphane est expert-conseil en productions végétales à Novago Coopérative. Il est également journaliste à la pige pour le Coopérateur.

L’observation figure parmi les compétences essentielles de la gestion d’un élevage laitier élite. Les dirigeants de la Ferme Caribou, de Terrebonne dans Lanaudière, en ont fait une priorité dans leur organigramme.

Toutes les bêtes sont observées, tant par l’œil des intervenants de l’entreprise que par celui des caméras. Rien ne leur échappe. Depuis quelques mois, Jasmin Mathieu, sa fille Viviane et leurs précieux employés comptent sur deux nouveaux outils pour aller plus loin dans leur désir d’améliorer leurs performances. Ils ont opté pour les systèmes de surveillance CattleEye, distribué par GEA, et SenseHub, de Merck Santé animale.

La fonction première de CattleEye consiste à filmer toutes les vaches afin de détecter tout changement de comportement et de le signaler aux gestionnaires. Pour Jasmin Mathieu, cet outil touche directement à la rentabilité. « Ce qui est un grand attrait pour nous, c’est la mobilité des vaches, un problème majeur dans les stabulations libres. Une vache qui bouge moins, mange moins. On s’éloigne de la rentabilité, indique le copropriétaire de l’entreprise. »

Pour Viviane, l’aspect connecté de l’outil facilite le travail d’observation. « CattleEye est super facile à naviguer. Nous sommes capables de sortir des rapports qui nous donnent des graphiques qui fournissent le pointage de mobilité d’une vache. L’indice va de zéro, aucune boiterie, à 100, le niveau extrême. L’œil humain commencera à observer la boiterie à 75. La caméra, à 50. C’est 25 points de moins », précise Viviane. Les Mathieu ont remarqué la corrélation entre l’augmentation des pointages et la baisse de production des vaches.

Une autre donnée qui a stimulé l’intérêt des producteurs touche le temps de récupération. « Dans les graphiques, nous sommes capables de visualiser l’impact des interventions. La vache boite-t-elle parce qu’elle est en chaleur? À cause d’un changement de groupe? Ou alors une action de régie a-t-elle causé la boiterie? Si nous optons pour un bloc (bois) au sabot, ce sera enregistré. Nous avons observé que le retour à la normale prend environ deux semaines », ajoute Viviane Mathieu.

Le système d'observation de la Ferme Caribou

Prévention essentielle

CattleEye offre un suivi détaillé aux éleveurs lanaudois. Pour retirer le plein potentiel de cet outil, Jasmin Mathieu insiste sur un point majeur : la nécessité d’avoir un tailleur de sabot de premier plan. « Si personne n’est là pour tenir la ponceuse, CattleEye ne servira à rien. Intervenir six mois après la détection de la boiterie, c’est inutile. Tu dois agir dès que tu as l’information. C’est tout de même 1,60 $ par vache, par mois », insiste le producteur. La ferme compte sur un spécialiste en la matière : Marc-Antoine Bédard. Employé de l’entreprise depuis plus de 15 ans, Marc-Antoine possède son atelier où il effectue toutes les actions correctives nécessaires aux sabots. Le nouvel outil lui apporte un soutien de premier plan.

« La première chose que je regarde, c’est le pointage de mobilité, explique celui qui a débuté chez les Mathieu à l’âge de 15 ans. J’en détermine la cause et je procède à l’intervention. Parfois, c’est parce que la vache est en chaleur et qu’elle a couru un peu partout et s’est usé un sabot. Je la passe tout de suite et, s’il le faut, je pose un bloc. Parfois, une vache semble correcte à mon œil. Le pointage m’indique que je dois la vérifier. Il y a déjà eu un point rouge, un début d’abcès. Je l’ai tout de suite corrigé. C’est là que ça devient intéressant. Tu travailles en prévention et non en correctif. Nous gagnons beaucoup de temps, c’est bien plus le fun. Je n’ai eu besoin que de 10 à 12 minutes et la vache était de retour dans le parc. Installer un bloc, c’est beaucoup plus long. »

Les gestionnaires peuvent même générer des statistiques sur les vaches qui commencent une boiterie. « Nous sommes capables de voir si les vaches de quatrième lactation sont plus sujettes aux boiteries. Est-ce le stade des 100 premiers jours? Celui des 150 jours et plus? Nous sommes en train de recueillir ces statistiques », précise Viviane.

« Pour le moment, je continue avec le protocole établi, ajoute Marc-Antoine. J’interviens un mois avant le vêlage et avant le tarissement. Je les passe également dans la cage tous les 150 jours en lait. Quand les premiers veaux arrivent, je leur laisse trois semaines pour s’habituer aux autres vaches et, ensuite, leurs sabots seront systématiquement poncés. »

L’impact d’un bon départ

Lors de l’entretien que l’équipe de Ferme Caribou a accordé au Coopérateur, Jasmin Mathieu avouait avoir un objectif ambitieux : produire 2,5 kg de matière grasse par vache. Pour y arriver, le départ des génisses doit être excellent. Le suivi des jeunes productrices de lait est la priorité des éleveurs. C’est dans cette optique que l’ajout de SenseHub aidera à hausser les kilos de gras. « C’est une médaille que nous installons à l’oreille du veau dès sa naissance, et le système enregistre toutes ses données de comportement, note Viviane. Les buvées, l’activité, le repos. Toute sa routine. S’il change de comportement, ce qui est bizarre, le système va immédiatement comparer les données avec l’algorithme du début. SenseHub a son propre algorithme d’un veau normal, donc il compare les deux. Après sept jours, il nous dit OK, ce veau-là est standard. »

À la Ferme Caribou, la prise de température se fait quotidiennement. « C’est primordial pour nous, car un veau qui fait de la fièvre, c’est signe qu’une maladie se prépare, souligne Viviane. De cette façon-là, nous nous assurons que le veau ne va pas au bout de sa maladie. Nous intervenons avant. Nous sommes capables de voir si nos interventions apportent les résultats escomptés. Jusqu’à maintenant, nous sommes capables de dire que lorsque le SenseHub affiche une alerte santé, le veau fait de la fièvre. C’est important, car nous sommes plusieurs à faire le suivi des veaux et nous sommes ainsi tous capables d’avoir l’information rapidement. »

La rapidité à intervenir permettra à la Ferme Caribou de développer des taures de première lactation encore plus performante, et leurs nouveaux outils, le CattleEye et le SenseHub, sont un pas de plus dans cette direction. L’équipe du Coopérateur a même déjà été invitée à un suivi des premières statistiques sur ces nouvelles aides de gestion. À suivre!

Cet article est paru dans le Coopérateur d'octobre 2025.

Que souhaitez-vous pour 2026?

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture

Reportage de ferme
Relève

Une vie vouée à la production porcine

Roland Morneau a dédié sa vie à la production porcine, et il passe maintenant le relai à son fils, Yvan.