Ferme Maxigrain : Hôtel cinq étoiles pour bovins

François Lampron se garde bien de critiquer qui que ce soit ou toute façon de faire en élevage de bovins de boucherie. Au contraire! « Peu importe la méthode, ce sont les résultats qui comptent », dit-il avec conviction.

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Famille de la Ferme Maxigrain

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

À la Ferme Maxigrain, on a choisi de garder les animaux à l’intérieur, en tout temps. Et avec succès. Voici pourquoi et comment.

L’entreprise de Saint-Thomas-de-Caxton, propriété depuis 1987 de François et de sa conjointe Hélène Vallerand, élève 150 vaches Simmental et leurs veaux. Ils y cultivent aussi 81 ha (200 acres) en maïs, en soja et en céréales, 61 ha (150 acres) de foin et 20 ha (50 acres) de maïs ensilage. Leur fils Étienne prend progressivement la relève de la ferme lanaudoise.

Choisir d’élever leurs animaux à l’intérieur en toute saison a été une décision mûrement réfléchie. Elle ne fait pas l’unanimité dans le milieu. Mais on l’a dit, Hélène et François n’en font pas de cas. Ils réussissent admirablement bien. Et c’est tout ce qui leur importe.

C’était il y a 30 ans

Tout commence en 1994. Le couple Lampron-Vallerand, qui se consacre alors à la grande culture, acquiert 26 vaches de boucherie Simmental, puis érige un bâtiment qu’il réserve aux vêlages.

L’enthousiasme pour cette production grandit au point qu’Hélène et François construisent une vaste étable en 2001 afin d’y loger la moitié de leur troupeau. Ce dernier compte déjà une centaine de têtes. Ils réalisent rapidement que la gestion à l’intérieur du bâtiment leur offre de nombreux avantages, à commencer par le suivant : « peu importe le temps qu’il fait, la gestion animale est la même », déclare François. Le couple décide de ne plus donner accès aux pâturages aux animaux. « Ils sont à la maison en toute saison », ajoute le producteur de 63 ans. Ainsi libérées, les terres, qui valent leur pesant d’or, sont consacrées au foin – la luzerne notamment, résistante à la chaleur, est tout indiquée dans un environnement de plus en plus perturbé par les changements climatiques – au maïs ensilage et à la grande culture. François estime que les revenus qu’il tire des grandes cultures contribuent beaucoup à la santé financière de la ferme.

Aménagement du bâtiment

Tout se passe donc entre quatre murs. Le bâtiment est aménagé de façon à regrouper les vaches et leurs veaux, selon l’âge de ces derniers, et ce, de la naissance au sevrage. En d’autres mots, les groupes se déplacent d’un enclos à l’autre jusqu’au sevrage des veaux, au poids de 340 kg (750 lb), soit à sept ou huit mois d’âge. Les bouvillons passent ensuite dans un bâtiment en attente d’être livrés à l’encan, le principal débouché de la ferme.

De la naissance à l’âge de quatre mois, les veaux consomment, en plus du lait de leur mère, du foin, et de la moulée servie à la dérobée. « Jusqu’à 1,6 kg (3,5 lb) pour les veaux mâles les plus performants, et jamais sous la barre des 1,2 kg (2,7 lb) pour l’ensemble des veaux, le gain de poids moyen quotidien sous la mère est exceptionnel », commente l’agronome Elizabeth Lepage, experte-conseil OptiBœuf chez Sollio Agriculture.

Pour assurer un bon suivi du gain et agir si quelque chose cloche, on pèse les veaux chaque mois, hiver comme été. « L’élevage dans le bâtiment facilite cette tâche », confirme Hélène.

On ne lésine pas sur le temps pris pour observer les animaux ni sur les moyens pour y arriver. Les propriétaires sont allés jusqu’à ériger une passerelle à quelques mètres du sol, au-dessus des enclos. La plupart des vaches la dépassant en stature, la toute menue Hélène n’arrivait pas à bien garder l’œil sur les bêtes lorsqu’elle devait circuler au sol parmi le troupeau. Du haut de cette mezzanine, elle repère facilement vaches et veaux qui pourraient nécessiter de l’aide ou un suivi plus attentionné.

La longévité moyenne des vaches est de six ans. Les doyennes, elles sont deux, ont une quinzaine d’années. On vise l’objectif d’une dizaine de veaux pas vache, déclarent les producteurs qui privilégient les croisements Simmental x Simmental noir. La relève provient en bonne partie du troupeau. Quelques achats à l’extérieur comblent les manques.

Le contrôle de l’alimentation

La gestion de type « à la maison », comme le font François, Hélène et Étienne, offre à leurs yeux un autre avantage non négligeable : le contrôle serré de l’alimentation. La ration totale mélangée (RTM), que l’on voit peu en élevage vache-veau selon Elizabeth Lepage, est d’ailleurs leur système de prédilection. À l’aide d’un mélangeur mobile actionné par un tracteur, on fabrique une RTM composée d’ensilage de maïs, de foin de luzerne et de minéraux. Pratique. Rapide. Le remplacement des blocs de minéraux par le minéral en poudre dans la RTM a favorisé la détection des chaleurs et une meilleure production de lait, ont constaté les propriétaires. La RTM couplée à un espace mangeoire suffisant pour tous et toutes permet de maintenir une belle uniformité dans le troupeau, et d’obtenir un meilleur prix à l’encan pour les bouvillons vendus en lots de 16 sujets.

Une fois les veaux expédiés, les producteurs demeurent soucieux de leurs performances d’élevage. Les rapports de l’organisme Attestra (auparavant Agri-Traçabilité Québec) leur fournissent de précieuses informations en matière sanitaire, notamment.

La Ferme Maxigrain a de solides assises financières. D’excellents revenus, un faible niveau d’endettement et un fonds de roulement excédentaire, sans recours à une marge de crédit. Les prix des veaux d’embouche sont bons, précise le producteur. « Ils sont en bonne posture pour gérer le risque », observe Elizabeth Lepage.

Cela dit, François, Hélène et Étienne s’efforcent de toujours faire mieux et ne tiennent rien pour acquis. « Cette année, avec quelques jumeaux, on a obtenu 150 veaux de nos 150 vaches, informe Étienne. C’est très bon. »

Malgré ce succès évident dans toutes les activités de l’entreprise, ses propriétaires poursuivent leurs réflexions pour faire mieux. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage!

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